(Montréal) La Croix-Rouge vient prêter main-forte dans la formation des renforts qui doivent être déployés dans certains établissements pour aînés à Montréal, aux prises avec des pénuries de personnel sans précédent face à la pandémie de COVID-19.

Roxanne Ocampo et Helen Moka
La Presse canadienne

La directrice en matière de prévention et de sécurité de la Croix-Rouge canadienne au Québec, Michèle Mercier, rapporte que le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal a sollicité son soutien il y a environ une semaine.

Depuis samedi, la Croix-Rouge se charge de dispenser une formation accélérée d’une demi-journée afin de préparer des volontaires à la réalité des centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) et d’autres résidences privées pour aînés. Ces volontaires sont des préposés aux bénéficiaires issus du milieu hospitalier, mais aussi des bénévoles sans expérience clinique, comme des proches aidants ou même des employés administratifs du CIUSSS qui souhaitent s’impliquer sur le terrain.

« C’est vraiment touchant juste de voir le volume de gens qui lèvent la main », souligne Geneviève Dumont, une représentante du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

« Ce sont des gens qui peuvent avoir vu à la télévision tout ce qui se passe et qui disent qu’ils aimeraient bien aider, rapporte Mme Mercier. La première chose qu’on leur montre, c’est comment eux, se protéger, donc comment mettre un masque, des gants, les enlever, à quoi sert une visière, etc. » On leur transmet des notions de base sur l’approche à adopter auprès des résidants et comment ils peuvent se rendre utiles auprès du personnel. La formation doit ensuite se poursuivre au sein même des établissements, en jumelage avec des employés expérimentés.

Une première cohorte doit être initiée à ces rudiments dès samedi dans un hôtel de Pointe-Claire, dans le respect des directives de distanciation physique. Les formations doivent se poursuivre sept jours sur sept, à raison de jusqu’à 40 volontaires par jour, divisés en petits groupes, jusqu’à ce que les besoins d’effectifs soient comblés.

Le CIUSSS évite ainsi d’avoir à se priver des précieux services de ses propres experts pour assurer les formations, bien que ceux-ci se chargent toujours de la préparation du troisième profil de volontaires, soit le personnel infirmier qui est transféré des hôpitaux vers les CHSLD.

Le CIUSSS a préparé le contenu du programme et le laisse maintenant entre les mains des formateurs de la Croix-Rouge, notamment des premiers répondants qui sont de grands habitués des cours de secourisme.

« Habituellement, on fait ça à l’extérieur du pays, que ce soit lorsqu’il y a eu l’épidémie d’Ebola ou de choléra, mais de ramener ça dans notre communauté, ça nous rend très fiers », affirme Michèle Mercier.

Elle approche ce partenariat comme un « projet-pilote » qui pourrait être reproduit dans d’autres regroupements d’établissements de soins de santé et de services sociaux, dont certains ont déjà signalé leur intérêt. En annonçant la mobilisation de membres des Forces armées canadiennes dans les CHSLD du Québec, vendredi, le premier ministre Justin Trudeau avait également évoqué la possibilité de mettre la Croix-Rouge à contribution.

Entre-temps, le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal continue d’encourager des citoyens de tous horizons à se porter volontaires, notamment par le biais du site jecontribuecovid19.gouv.qc.ca.

Geneviève Dumont insiste qu’il y aura une place pour chacun d’entre eux, même s’ils ne peuvent pas s’exposer à des zones chaudes : « Le réseau de la santé est énorme, donc même si ce n’est pas directement auprès des résidants, on a des tâches administratives, en informatique, pour tous les profils. »

« Si vous aviez un doute, si vous y pensiez, appliquez ! N’hésitez pas une seconde, lance-t-elle. On a la capacité de bien vous préparer pour aller travailler dans nos équipes qui en ont le plus besoin. »

Le manque criant de personnel dans bon nombre de résidences pour aînés de la province s’est d’abord retrouvé au centre de l’attention en raison de la situation troublante dans un CHSLD privé non conventionné, mis sous tutelle par le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

Une situation préoccupante

La situation demeure préoccupante au CHSLD Herron, à Dorval.

Selon le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, ce sont 61 des 99 résidants qui ont été déclarés positifs à la COVID-19. D’autres résultats de test sont attendus.

Certains résidants ont dû être hospitalisés « à cause de leur état », a fait savoir un porte-parole du CIUSSS, Guillaume Bérubé.

Ces données ne tiennent pas compte des 31 décès qui ont déjà été rapportés à cet établissement, aujourd’hui placé sous tutelle.

« Il y a une enquête à cause de ces 31 décès. Je peux confirmer que cinq d’entre eux sont liés au virus », a-t-il déclaré samedi lors d’une entrevue téléphonique.

Des dizaines de centres pour aînés sont dorénavant sous étroite surveillance en raison du haut taux d’infections à la COVID-19 parmi leurs résidants, particulièrement vulnérables à ce virus.