(Montréal) Une demande pour pouvoir intenter une action collective a été déposée contre le CHSLD Herron de Dorval, là où 31 personnes âgées ont tristement perdu la vie en peu de temps durant la pandémie de COVID-19.

Stéphanie Marin
La Presse canadienne

Il lui est notamment réclamé 2 millions en dommages punitifs, pour le traitement inhumain et dégradant des aînés qui y habitaient.

Ils ont été soumis à de mauvais traitements, à des souffrances et à de la négligence, est-il allégué. « On leur a volé leur dignité. »

La demande d’autorisation d’action collective a été déposée jeudi au nom des 130 résidants, pour ce qu’ils ont subi après la déclaration d’urgence sanitaire du 13 mars.

Elle vise la résidence Herron qui est un CHSLD privé non conventionné de Montréal, son principal actionnaire, le Groupe Katasa, et une autre entreprise, Chartwell Quebec Holdings inc. Les résidences pour retraités Chartwell ont toutefois indiqué dans un courriel avoir vendu la résidence Herron en 2015 à Katasa et n’avoir aucun lien avec cette entreprise.

C’est la succession d’une dame qui y a perdu la vie le 10 avril dernier qui souhaite poursuivre au nom de tous les résidants qui n’y ont pas reçu de soins adéquats.

Mary Schneider était âgée de 93 ans lorsqu’elle est morte au CHSLD Herron. Elle a été atteinte de la COVID-19 et son état s’est dégradé très rapidement, est-il rapporté dans la demande en justice dont La Presse canadienne a obtenu copie.

Cette action, si autorisée par un juge, sera aussi faite au nom des proches des résidants et, pour ceux qui sont décédés, au bénéfice de leurs successions.

Il est notamment reproché aux dirigeants de ce CHSLD de ne pas avoir fourni à leurs employés des équipements de protection personnelle adéquats pour éviter de contaminer des résidants et de ne pas s’être assurés que les lieux étaient sanitaires et sécuritaires, alors que la COVID-19 sévissait.

On leur reproche aussi d’avoir abandonné de façon téméraire les résidants du CHSLD Herron et d’avoir montré un mépris total pour leur vie, leur santé et leur dignité en les ayant soumis à des traitements inhumains et dégradants.

« Les conséquences, sans surprise, ont été dramatiques », est-il écrit.

La procédure déposée rapporte que des représentants du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal ont visité le CHSLD Herron le 29 mars et ont décrit que l’endroit avait été complètement déserté, que la vaste majorité du personnel avait abandonné la résidence en raison du manque de ressources, notamment de l’équipement de protection personnel.

Les résidants ont été retrouvés dans des conditions « inhumaines » : certains ne portaient pas de vêtements, d’autres étaient mal nourris, déshydratés, sans leurs médicaments et laissés à eux-mêmes dans leur urine et leurs excréments, est-il écrit.

Ce jour-là, il n’y avait qu’une infirmière et deux préposés pour 130 résidants, peut-on lire.

Certains aînés ont été retrouvés morts.

Le document judiciaire allègue que les responsables du CHSLD n’ont pas coopéré avec les autorités sanitaires : il a fallu deux mises en demeure et un ordre de la Cour pour avoir accès à certaines informations.

En plus des dommages punitifs, il est réclamé divers montants pour les souffrances et l’angoisse vécues par les résidants et leurs proches.

Une action collective doit être autorisée par un juge avant de pouvoir procéder. Si elle reçoit le feu vert, toutes les étapes peuvent alors se mettre en branle, afin de se rendre à procès.

À la fois la police et le bureau du coroner ont déclenché des enquêtes sur ce qui s’est passé au CHSLD Herron.