(Québec et Montréal) Le gouvernement Legault lance une opération d’appels pour joindre les dizaines de milliers de personnes âgées vivant dans des HLM afin de leur fournir de l’aide si elles ne sont plus en mesure de répondre à leurs besoins en raison de la pandémie de COVID-19.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Kathleen Lévesque Kathleen Lévesque
La Presse

En entrevue avec La Presse, la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, confirme qu’elle a mandaté 75 employés de la Société d’habitation du Québec (SHQ) pour qu’ils communiquent avec les quelque 37 000 aînés du Programme de logement sans but lucratif (ou programme HLM). Les baux des locataires seront également renouvelés, sans indexation, afin d’éviter qu’ils sortent de leur logement pour fournir les documents requis, dit-elle. Montréal compte à lui seul 132 tours HLM pour personnes âgées sur son territoire.

« Certains locataires, quand on les appelle, ça les dérange, mais notre but, c’est de ne perdre personne », affirme Mme Laforest.

Ces nouvelles mesures visent à renforcer la sécurité des HLM, alors que de nombreux résidants sont inquiets que leur milieu de vie se transforme en foyer de contamination, selon la Fédération des locataires des habitations à loyer modique du Québec (FLHLMQ).

« C’est la même clientèle à risque [que dans les résidences pour personnes âgées]. On a peur pour nos gens. Ce qui s’est passé dans les CHSLD, on ne veut pas que ça se passe dans nos HLM. On a le même monde, le même âge, les mêmes maladies, mais on n’a pas la même protection », plaide Robert Pilon, coordonnateur de la FLHLMQ.

Le Parti libéral du Québec presse aussi le gouvernement Legault pour qu’il protège mieux les aînés qui vivent dans des HLM.

« On a complètement oublié les HLM et les OBNL d’habitation, alors qu’on a envoyé des gens vérifier [l’état de la situation] dans les résidences pour personnes âgées », dénonce la députée libérale Lise Thériault à La Presse.

Quand il y a des vagues de chaleur l’été à Montréal, on s’occupe de nos aînés et on va faire des tours. Là, on a un tueur silencieux qui peut être n’importe où et on n’y va pas.

La députée libérale Lise Thériault

Communiquer certaines informations

Dans le contexte de la crise du coronavirus, les CHSLD et les résidences privées pour personnes aînées (RPA) sont assujettis à la déclaration obligatoire des cas de COVID-19, contrairement aux HLM pour personnes âgées, où le nombre de cas de contamination n’est pas rendu public. Le Regroupement des offices d’habitation du Québec (ROHQ), qui représente les 180 offices d’habitation de la province, demande aussi à Québec qu’on les informe quand un résidant est infecté au coronavirus.

« Les HLM pour aînés sont des milieux de vie à risque. […] On ne veut pas savoir les noms des personnes qui sont atteintes de la COVID-19, on veut juste savoir s’il y a des cas dans l’un ou l’autre des immeubles pour que les gestionnaires puissent prendre des mesures [de sécurité] supplémentaires à ce qu’ils font déjà », plaide la directrice générale du ROHQ, Anne Demers.

La ministre Andrée Laforest affirme que cette information ne peut être transmise pour des raisons de confidentialité. « Mais s’il y a des éclosions [de COVID-19 dans des HLM], ne soyez pas inquiets que […] les offices d’habitation seront contactés », affirme-t-elle.

Contrairement aux CHSLD ou aux RPA, les HLM pour aînés n’offrent pas de services ni de soins aux locataires. Ces derniers sont jugés autonomes. Mais au-delà de la théorie, beaucoup d’entre eux reçoivent des soins de l’extérieur prodigués par le CLSC du quartier ou des organismes communautaires (aide alimentaire, prise de médicaments, maintien à domicile, aide psychosociale, par exemple). Selon une vérification auprès de quelques comités de locataires, de 15 à 25 % des locataires âgés environ recevraient des soins ou des services externes.

En 2011, la Société d’habitation du Québec (SHQ) a produit une évaluation du programme de HLM. On y mentionne que près d’un locataire de plus de 65 ans sur deux estime sa santé fragile au point que cela limite ses activités. Depuis le début de la pandémie, il est clairement établi que la COVID-19 peut être fatale pour les personnes âgées de plus de 70 ans qui contractent la maladie. À ce jour, plus de 90 % des 630 victimes de la COVID-19 étaient des personnes de cette tranche d’âge.

Des locataires récalcitrants

La porte d’entrée du HLM pour aînés est surveillée, la porte du garage est bloquée, mais qu’à cela ne tienne, pourquoi ne pas sortir par le balcon du deuxième étage ? C’est ce que s’est récemment dit un locataire d’un HLM de l’ouest de Laval qui, coronavirus ou pas, a décidé de contourner les mesures de distanciation physique grâce à une échelle appuyée au garde-fou de son balcon.

La directrice générale de l’Office municipal d’habitation de Laval (OMHL), Isabelle Pépin, raconte l’anecdote qui s’est produite au cours des derniers jours pour illustrer à quel point il peut être difficile de convaincre les personnes âgées de rester isolées, même lorsque leur sécurité est en jeu. « Cela fait partie des défis que nous avons pour protéger notre monde », dit-elle.