Conscient de « l’effet dévastateur » de la COVID-19 sur le milieu des arts et du sport amateur, le gouvernement Trudeau lance un programme d’aide d’urgence de 500 millions de dollars pour aider les artistes, les sportifs amateurs et leurs organisations à passer à travers la crise.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

« Nous le faisons pour assurer votre survie, pour avoir accès à du contenu culturel et à un milieu sportif parmi les meilleurs au monde », a dit vendredi le ministre fédéral du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault.

Ottawa dévoilera au plus tôt la semaine prochaine les détails des différents programmes qui totaliseront cette aide d’urgence de 500 millions, qui sera dépensée en l’espace de quelques mois. Ottawa tentera d’utiliser le plus possible des programmes déjà existants de Patrimoine Canada.

Si le fédéral crée cette aide d’urgence de 500 millions, c’est parce que plusieurs organismes du milieu culturel et sportif ne sont pas admissibles aux autres programmes d’urgence du fédéral liés à la COVID-19. À titre d’exemple, la subvention salariale fédérale de 75 % s’applique seulement à des employés, et 70 % des travailleurs dans le milieu de la culture sont des travailleurs autonomes (ils n’y sont pas admissibles). Avec une partie du 500 millions, Ottawa veut notamment créer un programme équivalent à la subvention salariale pour les travailleurs autonomes dans le milieu des arts.

« On veut identifier les besoins les plus criants [du milieu des arts et du sport] et pallier aux programmes existants qui ne sont pas adaptés au secteur [des arts et du sport]. On sentait le besoin d’avoir des mesures plus spécifiques pour le secteur », dit le ministre Guilbeault.

Dans le milieu des arts, il y aura vraisemblablement une aide directe à la fois aux artistes et aux organisations culturelles touchés par la crise. En sport, l’essentiel de l’aide pourrait plutôt passer par les fédérations sportives, qui pourraient ensuite redistribuer une partie de l’aide aux athlètes. L’aide d’Ottawa permettra notamment de donner un coup de main aux fédérations sportives, qui voient leurs sources de revenus se tarir alors que le sport amateur est arrêté au pays.

En sport, l’aide d’urgence visera seulement le sport amateur. Les équipes de sport professionnel (ex. : les équipes de la Ligue nationale de hockey ou de la Major League Soccer) sont exclues de cette aide fédérale d’urgence de 500 millions, a indiqué vendredi le ministre Guilbeault. Dans ses programmes réguliers, le gouvernement du Canada ne finance pas le sport professionnel, seulement le sport amateur.

La majorité du 500 millions sera dépensée dans le milieu culturel, qui compte davantage de travailleurs (480 000 personnes, environ 3 % du PIB) que le milieu sportif.

Chaque année, le ministère fédéral du Patrimoine canadien dépense environ 3,6 milliards de dollars en soutien aux arts, à la culture et en sport amateur. En 2018-19, le ministère du Patrimoine canadien a dépensé 1,2 milliard en crédits parlementaires pour CBC/Radio-Canada et 1,7 milliard pour ses autres programmes. Sur cette somme de 1,7 milliard, environ 230 millions étaient destinés au sport amateur et 1,5 milliard était destiné au milieu culturel.

Ottawa compte utiliser le plus possible des programmes de soutien financier déjà existants, quitte à élargir les critères pour aider davantage d’organismes culturels durant la crise de la COVID-19.

Ottawa n’a toutefois pas voulu s’avancer à savoir si les grands événements touristiques comme le Festival international de jazz de Montréal, les Francos de Montréal et le Festival d’été de Québec seront admissibles à l’aide d’urgence de 500 millions. Les détails des programmes d’urgence pour le milieu de la culture et du sport seront connus plus tard.

L’annonce d’Ottawa a été bien accueillie par plusieurs intervenants du milieu culturel, sportif et économique.

« Aujourd’hui plus que jamais, les arts et la culture jouent un rôle essentiel dans notre quotidien. Dans cette optique, nous poursuivrons nos discussions avec Patrimoine canadien afin de voir comment Téléfilm peut soutenir davantage l’industrie audiovisuelle ainsi que ses créateurs », a indiqué Christa Dickenson, directrice générale de Téléfilm Canada, par voie de communiqué.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Christa Dickenson

« Plusieurs fédérations [sportives] ont des problèmes de trésorerie » a souligné le directeur général de Water-polo Canada, Martin Goulet, s’estimant chanceux que son organisation soit épargnée pour le moment. Des fédérations sont fragilisées par l’annulation d’événements et de programmes qui généraient des revenus d’affiliation. Un homologue de Goulet lui a indiqué jeudi qu’il ne disposait de liquidités que pour une prochaine paie. « Des sports ont déjà des manques à gagner important par rapport à la COVID-19 », a ajouté Goulet, soulignant qu’une « avance plus rapide » des paiements normaux de Sport Canada réglerait déjà une bonne partie des problèmes en ce début d’année fiscale.

« Avec l’interdiction de la tenue de rassemblements et les restrictions sanitaires en vigueur, les secteurs artistique, culturel et sportif ont été durement touchés par la crise, a indiqué Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce de Montréal, par voie de communiqué. Ces secteurs seront sans doute parmi les derniers à retrouver un semblant de normalité. Il s’agit de secteurs névralgiques pour Montréal, qui est reconnue pour la vitalité de ses événements culturels et la force de son cœur créatif, autant ici qu’à l’international. L’enveloppe de 500 millions de dollars prévue pour fournir une aide directe aux individus et des liquidités aux organismes du secteur pourra compenser en partie les pertes financières causées par l’arrêt presque complet de leurs activités. Il faudra continuer d’appuyer et d’encourager ces secteurs au cours des prochains mois. »

– Avec Simon Drouin, La Presse