Pourquoi des gens prêts à contribuer pour aller donner des soins dans les CHSLD n’ont-ils pas encore été appelés à s’y rendre ?

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Selon le premier ministre François Legault, le système, mis en place à la mi-mars grâce au site « Je contribue », fonctionne bien. « La majorité des gens qui répondent à nos besoins sont déjà dans le réseau », a-t-il déclaré.

« Je vois comme vous sur Twitter et ailleurs des personnes qui disent : "J’ai déposé mon CV et je n’ai pas eu de nouvelles". Déjà, on a demandé à des milliers de personnes de venir nous aider quand ces personnes-là avaient les qualifications dont on a besoin dans les régions où on en a besoin. »

« Ça se peut qu’il y ait eu quelques cas qui sont tombés entre deux chaises, entre le ministère qui a reçu des CV et qui les a envoyés aux établissements, a reconnu M. Legault. Mais on ne fait pas exprès pour refuser des gens qualifiés, on en a besoin plus que jamais. »

Au total, plus de 40 000 personnes se sont inscrites sur le site « Je contribue », mais seulement 3000 candidatures ont été retenues pour prêter main forte au personnel des CHSLD.

La ministre de la Santé, Danielle McCann a donné l’exemple de CISSS de la Montérégie-Est, où les autorités ont contacté 1668 personnes s’étant manifestées.

« On a fait des entrevues avec 538 personnes, qui ont mené à 256 confirmations d’embauches, il y a 80 personnes qui se sont désistées, et on a embauché 176 personnes », a-t-elle détaillé.

« C’est un processus complet qui a été fait partout au Québec et spécialement dans les régions où on avait le plus de besoins. Il doit y avoir une équivalence entre ce qu’on peut offrir et les besoins sur le terrain », a souligné la ministre.

Pour Laval, les embauches ont été plus nombreuses, selon un compte-rendu du CISSS de cette région : 1472 personnes se sont inscrites et 613 ont été embauchées temporairement par contrat, tandis que 109 bénévoles ont aussi été assignés à l'accueil des établissements et dans les CHSLD comme aide de service.

Longue attente

Pourtant, un peu partout, des personnes ayant des compétences pour offrir des soins de santé attendent toujours un appel.

Infirmière retraitée depuis sept ans, Carole Pronovost a donné son nom pour aller donner un coup de main dans les CHSLD. Elle a débuté sa carrière comme infirmière en salle d’opération, mais l’a terminée en pratiquant dans un centre de soins de longue durée. Elle estime donc que son aide pourrait être la bienvenue en CHSLD. « Les règles ont peut-être changé. Je ne dis pas que je voudrais être infirmière. Mais je pourrais facilement aider à nourrir les résidents, par exemple », dit-elle.

Mme Pronovost n’a jamais eu de réponse à son offre. Elle a aussi appelé à deux reprises dans un CHSLD de la Mauricie, région où elle habite, pour offrir son aide. « Mais on n’a jamais retourné mon appel. Où doit-on aller si on veut aider ? À qui demander ? », demande-t-elle.

Son mari, le DRené Laliberté, est gynécologue et fait du dépannage dans certaines régions à raison d’une semaine par mois. Il a lui aussi voulu aider le réseau pour la pandémie de COVID-19. La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) avait établi une liste de médecins prêts à être redéployés. Il en faisait partie. « Mais on ne nous a jamais contacté pour nous dire quoi faire », déplore-t-il.

Le DLaliberté s’est même rendu directement à un CHSLD de sa région et a cogné à la porte pour offrir son aide. L’offre a été refusée. Le DLaliberté n’a pas compris la sortie du premier ministre mercredi. « On veut aider. Mais on ne rappelle pas ceux qui donnent leurs noms », dit-il.

Le DLaliberté estime aussi que la sortie de François Legault était « insultante » pour les infirmières et les préposés aux bénéficiaires. « C’est comme si les médecins avaient automatiquement la compétence des infirmières et des préposés. C’est insultant pour eux ! Moi, je ne prétends pas avoir leurs compétences. Si je vais travailler en CHSLD, on va devoir m’enseigner certaines choses », indique-t-il.

Le DLaliberté estime qu’avant d’avoir recours à l’armée pour aller en CHSLD, Québec devrait utiliser pleinement les nombreux médecins et professionnels ayant offert leur aide depuis des semaines.