Le président de Groupe Katasa, Samir Chowieri, s’est retrouvé au cœur du débat politique mercredi. Le premier ministre Legault a jugé « inacceptable » qu’il possède des résidences pour personnes âgées malgré ses antécédents criminels, et les libéraux se sont quant à eux empressés de se distancier de celui qui a largement contribué à leur caisse électorale au fil des ans.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

La Presse a révélé mercredi que Samir Chowieri avait été dans la ligne de mire de la police pendant des décennies pour différents crimes. Il a été condamné à deux ans de prison pour complot d’importation de drogue en 1981. L’année suivante, il a écopé d’une peine de six mois de détention pour complot pour fraude.

Il a ensuite été placé sur écoute par la GRC, qui avait reçu des informations de plusieurs sources jugées fiables sur sa participation alléguée au blanchiment d’argent pour le crime organisé. Aucune accusation criminelle n’a été portée à la suite de cette enquête, mais M. Chowieri a plus tard payé une amende de 125 000 $ pour diverses infractions aux lois fiscales impliquant ses entreprises.

PHOTO TIRÉE DE TWITTER

Samir Chowieri, président de Groupe Katasa

Alors que les concierges et préposés aux bénéficiaires qui travaillent auprès des aînés peuvent se voir refuser un emploi s’ils ont des antécédents criminels, le groupe de M. Chowieri a été accrédité pour gérer sept résidences pour personnes âgées, dont le CHSLD Herron, où sont mortes 31 personnes récemment.

« Ce n’est pas acceptable », a martelé le premier ministre François Legault en point de presse.

« On s’assure que les employés n’ont pas de passé criminel, mais on aurait peut-être accepté que des dirigeants, des propriétaires de CHSLD aient un passé criminel. Donc, j’ai demandé qu’on revoie tout ça, mais c’est inacceptable », a-t-il répété.

« On ne pouvait pas se douter »

Par ailleurs, la députée du Parti libéral du Québec Maryse Gaudreault, qui avait rendu hommage à Samir Chowieri à l’Assemblée nationale en 2017, s’est distanciée de l’homme d’affaires mercredi. Elle l’avait qualifié de « grand bâtisseur de chez nous » à l’occasion du 30e anniversaire de la Résidence de l’Île, à Gatineau.

« Aujourd’hui, je tiens donc à souligner cet important anniversaire ainsi que la contribution remarquable de M. Sam Chowieri et du Groupe Katasa, qui s’affairent, depuis 30 ans, à assurer le confort et le bien-être de nos aînés. Leur présence assidue et l’accueil chaleureux qu’ils offrent à nos retraités sont un témoignage indéniable de leur engagement au mieux-être de la population de l’Outaouais », avait-elle déclaré en Chambre.

J’ai fait cette déclaration de bonne foi, avec les faits qui étaient connus à l’époque. Ici, dans la communauté, ce sont des gens qui sont très investis dans toutes sortes d’organisations caritatives. On ne pouvait pas se douter de ce côté sombre de son passé.

La députée libérale Maryse Gaudreault, en entrevue avec La Presse

Mme Gaudreault dit avoir été surprise en prenant connaissance des antécédents criminels de l’homme d’affaires. « Je n’avais jamais été mise au courant du fait qu’il avait un dossier criminel », dit-elle. Elle se souvient qu’il participait à des activités de financement dans sa circonscription pour le PLQ, mais toujours en respectant la Loi électorale.

Samir Chowieri et ses proches ont versé 12 300 $ en contributions politiques au Parti libéral du Québec depuis 2005, selon les chiffres du Directeur général des élections. Ils n’ont pas financé d’autre parti provincial, selon nos recherches.

Au fédéral, ils ont versé 11 400 $ au Parti conservateur du Canada et 16 000 $ au Parti libéral du Canada.

Un pardon en 2014

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a expliqué à La Presse mercredi que selon la loi, une personne qui demande un permis d’exploitation de résidence pour personnes âgées ne doit pas avoir été déclarée coupable, dans les cinq ans précédant sa demande, d’un acte criminel lié à l’exercice des activités pour lesquelles elle demande un permis. « Sinon, il doit y avoir réhabilitation ou pardon », précise le porte-parole du Ministère, Robert Maranda.

Samir Chowieri a déclaré, lorsqu’il a fait sa demande de permis pour le CHSLD Herron en 2015, qu’il n’était pas sous le coup d’une condamnation incompatible avec l’exploitation d’une résidence pour personnes âgées, affirme le Ministère.

Selon nos vérifications, M. Chowieri disait vrai. L’année précédente, en 2014, il avait obtenu un pardon du gouvernement fédéral pour ses crimes passés.

Il n’avait toutefois pas encore obtenu son pardon lorsque son entreprise a inauguré ses deux premières résidences, en 1987 et 2007. Les autres résidences de l’entreprise familiale ont été achetées ou inaugurées en 2016 et 2017.

Pardon ou pas, le Ministère va se mettre le nez dans le dossier.

« Le MSSS est très préoccupé par la situation soulevée aujourd’hui en regard du patron du Groupe Katasa. À la lumière des informations obtenues aujourd’hui, le MSSS n’était pas au courant des antécédents judiciaires de Monsieur », affirme M. Maranda.