Vingt résidants atteints d’alzheimer d’un CHSLD du nord de Montréal ont été déménagés d’urgence à l’hôtel jeudi dernier pour céder leur place à des patients sortant de l’hôpital. Mais le transfert a été si chaotique que deux résidantes en ont profité pour prendre la poudre d’escampette avant d’être retrouvées par des policiers un kilomètre plus loin, a appris La Presse.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Émilie Bilodeau Émilie Bilodeau
La Presse

La porte-parole du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Nord-de-l’Île-de-Montréal, Séléna Champagne, confirme que deux résidants « ont fugué la journée du déménagement et ont été ramenés dans la même journée ».

Mme Champagne explique que la pandémie de COVID-19 a obligé le CIUSSS à « augmenter d’urgence » son nombre de lits « pour des patients provenant des centres hospitaliers ou autres établissements ». « Cela est très rapide en raison du caractère d’urgence lié à la pandémie », dit-elle.

Une vingtaine de patients du Pavillon des bâtisseurs dans Ahuntsic-Cartierville ont donc été envoyés à l’hôtel Courtyard Marriott Aéroport de Montréal, situé non loin de l’autoroute 40, jeudi dernier. « La condition de santé des résidants du Pavillon des bâtisseurs fait qu’ils nécessitent moins de soins et moins d’équipements que nos autres résidants. Les résidants et les familles de ce CHSLD ont été avisés dès que possible », explique Mme Champagne.

Fugue entre amies

La mère de Nicolas Dionne, âgée de 75 ans, avait emménagé au Pavillon des bâtisseurs le 18 février dernier. Elle souffre d’alzheimer. M. Dionne n’a que de bons mots pour les travailleurs assurant les soins du Pavillon des bâtisseurs. « Le personnel a été incroyable depuis le début. Très patient », dit-il.

Le lundi 6 avril, M. Dionne a été informé du déménagement à l’hôtel de sa mère. On l’a informé qu’un étage serait réservé aux résidants et que les ascenseurs et les portes des étages seraient verrouillés. M. Dionne n’a pas été choqué par la demande.

« Je me suis dit que le réseau de la santé avait besoin d’espace. Que c’était pour la bonne cause », dit l’homme, qui n’est pas du tout en colère contre les autorités de santé puisqu’il reconnaît que la situation est « exceptionnelle ». « Je me dis que tout le monde doit faire sa part. »

Mais lors du déménagement, la mère de M. Dionne a profité de la confusion pour se sauver avec une amie. « Il paraît qu’elle a trouvé l’une des rares portes pas verrouillées pour se sauver », dit le fils. Elles ont été retrouvées sur un trottoir à un kilomètre de l’hôtel et ramenées à bon port. « Heureusement, rien de grave ne s’est passé. Une chambre d’hôtel, c’est quand même confortable. Je comprends la décision. Mais il s’est passé un petit pépin », note M. Dionne.

Des transferts risqués

Une préposée aux bénéficiaires, croisée alors qu’elle s’apprêtait à rentrer dans l’hôtel Marriott de l’aéroport mardi après-midi, était absente lors du déménagement des résidants, la semaine dernière. Quelques collègues lui ont toutefois dit que cette journée avait été un « calvaire » tant pour les personnes âgées que pour le personnel. « Les résidants ont perdu leurs repères. Certains d’entre eux habitaient le pavillon depuis plusieurs années. Ils sont vraiment perdus en ce moment », note-t-elle.

Professeur à la faculté des sciences infirmières de l’Université Laval, Philippe Voyer mène des recherches sur les soins de longue durée depuis 1993. Il explique que l’impact des transferts sur les patients vulnérables et en perte d’autonomie est « très important ». Selon lui, différentes études ont montré que tout transfert chez cette clientèle entraîne une perte de repères, une augmentation de l’anxiété, des problèmes de sommeil, une hausse des risques de délirium et une hausse de l’utilisation de médicaments antipsychotiques.

Séléna Champagne, du CIUSSS, assure quant à elle que les aînés sont en sécurité et que les soins sont assurés. « Chaque résidant bénéficie d’une chambre individuelle confortable avec télévision et WiFi et de la même offre de services qu’au Pavillon des bâtisseurs. Ce déménagement ne change donc rien aux soins et services qui seront offerts par le même personnel habituel, qu’il s’agisse des infirmières, des préposés aux bénéficiaires ou des médecins. Les médicaments seront encore gérés par notre service de pharmacie comme d’habitude, dit-elle. Les mesures de prévention contre la COVID-19 seront maintenues pour la sécurité de tous. »

Un gardien de sécurité est présent en tout temps à l’hôtel, des verrous ont été installés sur les sorties des étages occupés par des patients et les ascenseurs bloqués. « Nous avons bon espoir qu’aucun autre incident de ce genre n’aura lieu », affirme Mme Champagne.

D’autres hôtels prêteront main-forte

Québec avait déjà annoncé que des lieux non traditionnels comme des hôtels pourraient être appelés à jouer un rôle dans la prise en charge de la pandémie de COVID-19. Mercredi, le CIUSSS de la Capitale-Nationale a annoncé que trois étages de l’hôtel Le Concorde seraient convertis en centre désigné de convalescence pour les patients atteints de la COVID-19 ou soupçonnés de l’être. Ces personnes « présentent des symptômes légers à modérés et ne peuvent être maintenues dans leur milieu de vie actuel », a écrit le CIUSSS de la Capitale-Nationale dans un communiqué. 

« Le centre désigné de convalescence sera un milieu sécuritaire où les cas [de COVID-19] positifs seront rassemblés, permettant ainsi d’assurer des soins optimaux, de protéger le personnel et de faire un usage efficient des équipements de protection individuelle (ÉPI) », est-il écrit.

Des adultes à l’Hôpital de Montréal pour enfants

En quelques semaines, l’Hôpital de Montréal pour enfants a modifié ses pratiques et peut maintenant soigner des patients adultes dans son unité des soins intensifs et aux étages. Pédiatre hospitaliste et chef du service des hospitalisations médicales de l’Hôpital de Montréal pour enfants, la Dre Mylène Dandavino explique que les équipes de médecins, d’infirmières et d’inhalothérapeutes, entre autres, travaillent depuis des semaines afin que des transferts de patients puissent se faire. « On a fait de la formation et de la préparation pour être utiles dans un nouveau contexte », dit la Dre Dandavino.

Au cours des derniers jours, deux patients adultes de l’hôpital Royal Victoria ont ainsi été soignés aux soins intensifs de l’Hôpital de Montréal pour enfants. « On aide à délester le côté adulte en prenant les patients plus stables pour qu’ils puissent se concentrer sur les patients plus complexes », résume la Dre Dandavino, qui assure toutefois que la priorité de l’Hôpital de Montréal pour enfants est d’offrir des soins tertiaires et sécuritaires aux enfants malades. La Dre Dandavino rappelle que les enfants sont très peu touchés par la COVID-19, d’où l’idée de prêter main-forte aux collègues travaillant auprès des adultes.