Le Québec n’est pas le seul à être aux prises avec des éclosions particulièrement importantes de COVID-19 dans les foyers pour personnes âgées. En Europe, plus de la moitié des cas fatals du coronavirus auraient été hébergés en maisons de retraite. Des militaires espagnols ont pour leur part découvert des cadavres dans des centres pour aînés. Les images de brancards sortant d’une maison d’hébergement new-yorkaise ont, de leur côté, ébranlé les Américains. 

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

France

Des résidants laissés dans leur couche. D’autres assoiffés ou incapables de se nourrir. Du personnel surmené, déjà en manque d’effectifs avant la crise sanitaire. Et un lourd bilan de morts de la COVID-19. Cela s’est passé dans un Ehpad – un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes – de Valdoie, dans l’est de la France, maintenant placé sous « administration provisoire ». À travers les quelques centaines d’Ehpad du pays, les journaux français font état d’« hécatombe », de « tragédie », de « cauchemar ». Les soignants revendiquent plus de masques et de matériel de protection, des tests, de l’aide. Selon la Direction générale de la santé, plus de 5300 morts de la COVID-19 ont été répertoriés dans les maisons de retraite du pays. Le ministre de la Santé a annoncé la semaine dernière le début d’un dépistage massif du coronavirus, « dans les prochains jours », dans les Ehpad du pays. Selon un rapport d’experts de la London School of Economics, cité par The Guardian, en Italie, en Espagne, en France, en Irlande et en Belgique, les morts dans les résidences pour aînés représenteraient entre 42 et 57 % des morts.

Espagne

PHOTO OSCAR DEL POZO, AGENCE FRANCE-PRESSE

En Espagne, l’armée a été appelée à intervenir dans les maisons de retraite, notamment pour procéder à la désinfection, après plusieurs dizaines de morts rapportés.

Il y a 30 ans, les maisons d’hébergement étaient rares en Espagne, note François Béland, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. « Il y a eu un changement très important de la responsabilité familiale, explique-t-il. Elle reste plus forte qu’ici, mais elle est réduite. » Les établissements, et notamment les résidences privées, ont ainsi pris de l’expansion. L’Espagne, l’un des pays les plus touchés par la COVID-19, n’a donc pas échappé à la crise dans les résidences pour personnes âgées, où les cas se sont multipliés. À la fin du mois de mars, l’armée a été appelée à intervenir dans les maisons de retraite, notamment pour procéder à la désinfection, après plusieurs dizaines de morts rapportées. La ministre de la Défense a fait état de scènes difficiles, avec des personnes âgées « abandonnées, parfois même mortes dans leur lit ». Des enquêtes ont été ouvertes sur certaines résidences après la découverte des corps sans vie. Comme ailleurs, l’Espagne manque de matériel de protection, mais a indiqué que celui-ci serait envoyé en priorité dans les maisons de retraite.

New York

PHOTO KATHY WILLENS, ASSOCIATED PRESS

Une personne âgée est transportée par ambulance à Brooklyn.

Comme un « feu qui s’étend sur de la pelouse sèche » : c’est ainsi que le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, décrivait, le mois dernier, les risques de propagation du virus dans les maisons de retraite. Dans la grande région de New York, épicentre de la COVID-19 aux États-Unis, les aînés en maisons de soins ont été particulièrement touchés. Un centre de Brooklyn a dû convertir une pièce en morgue de fortune ; dans l’État voisin du New Jersey, des médecins de combat de la Garde nationale ont été appelés en renfort. Des administrateurs ont été accusés de négligence par des représentants des droits des résidants. Selon les chiffres officiels, près de 2000 résidants de maisons d’hébergement de la région new-yorkaise sont morts depuis le début de la crise, soit le quart des décès liés à la COVID-19 dans la région. La température des employés est maintenant contrôlée avant chaque quart de travail. Du côté du New Jersey, les autorités tentent de déménager les résidants d’un centre à un autre lorsque des cas sont détectés, pour créer des zones chaudes et des zones froides.

Royaume-Uni

PHOTO JOHN SIBLEY, REUTERS

Au Royaume-Uni, des centaines de morts ont été répertoriées chez les résidants de centres pour personnes âgées.

Des centaines de morts ont été répertoriées chez les résidants de centres pour personnes âgées. Pourtant, ces chiffres cachent une réalité plus sombre, dénoncent les représentants des maisons de retraite et d’organismes britanniques. Les morts comptabilisées dans le bilan quotidien ne comprennent que les décès en milieu hospitalier. Or, ces statistiques oublient de nombreuses « morts silencieuses », à l’extérieur des murs des hôpitaux, disent ces représentants. Le gouvernement rapporte aussi des éclosions de COVID-19 dans une résidence sur huit, un chiffre également remis en question compte tenu de la vulnérabilité des résidants au virus, du manque d’équipement de protection et du manque d’effectifs. Environ 400 000 personnes vivent dans des centres pour aînés. Selon le Financial Times, les deux tiers des établissements ont signalé des cas d’infection à la COVID-19. Devant les nombreuses critiques concernant sa gestion de la crise, le gouvernement britannique a accéléré les tests de dépistage, notamment pour le personnel de la santé, mais aussi pour celui des maisons de retraite.

Danemark

PHOTO LISELOTTE SABROE, ASSOCIATED PRESS

Le Danemark est l’un des premiers pays européens à avoir annoncé l’assouplissement des règles en place pour un retour progressif à la normale, avec la rentrée, notamment, des enfants en classes.

Le Danemark est l’un des premiers pays européens à avoir annoncé l’assouplissement des règles en place pour un retour progressif à la normale, avec la rentrée, notamment, des enfants en classe – avec des mesures de distanciation. Les nouvelles mesures entraient en vigueur mardi, après un peu plus d’un mois de confinement. Le taux de mortalité est resté relativement bas dans ce pays jouissant d’un bon système de santé. Impossible pour l’instant d’en déterminer la raison. Les statistiques concernant les aînés restent difficiles à trouver. Une chose est sûre, selon Renée Lamontagne, professeure associée à l’École nationale d’administration publique (ENAP) : le Québec devrait réfléchir aux soins aux aînés et le modèle danois, davantage axé sur les services à domicile, pourrait être adapté à la réalité québécoise. « Ici, l’offre de services est modulée selon le lieu de résidence. Au Danemark, c’est basé sur la personne et ses besoins, qui peuvent être variables avec le temps », note celle qui a été sous-ministre adjointe au ministre de la Santé, notamment sous François Legault, au début des années 2000. Au Danemark, des services donnés permettent aux personnes âgées de rester plus longtemps à la maison.

— Avec The Guardian, The New York Times, l’Agence France-Presse, l’Associated Press et le Financial Times