Les ventes en ligne et en succursale des différents produits de la Société québécoise du cannabis (SQDC) ont augmenté au cours des dernières semaines, a confirmé mardi le porte-parole de la société d’État, Fabrice Giguère.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Impossible de savoir exactement dans quelle proportion, toutefois. « On ne partage pas ces chiffres », a-t-il indiqué. M.  Giguère n’a pas voulu non plus quantifier la hausse (faible, modérée ou importante ?), mais il a confirmé à La Presse que « quelques employés avaient été embauchés dans quelques succursales » depuis le début de la pandémie pour répondre à la demande.

Il n’a pas non plus été possible de savoir quels produits avaient été les plus demandés dans les quelque 40 succursales de la SQDC, mais la société d’État affirme qu’elle n’est pas en situation de pénurie. « Il y a des produits qui sont en rupture de stock, comme dans n’importe quelle entreprise, mais il n’y a pas de pénurie dans le réseau », a indiqué Fabrice Giguère.

Quant aux délais de livraison de la SQDC, qui voulait accélérer le rythme avec Postes Canada dans le but de contrer le marché noir, le projet-pilote démarré au mois de novembre dernier a été « mis sur la glace temporairement ». La SQDC souhaitait que ses livraisons se fassent le jour même, et « dans un délai d’une heure » dans certains secteurs.

Or, l’augmentation de la demande des produits de la SQDC depuis la mi-mars semble avoir freiné les ambitions de la société d’État, du moins pour l’instant. Sur son site web, on parle d’un délai de un à trois jours. De plus, un avertissement accompagnant chacun des produits indique qu’« en raison du fort volume, les délais de livraison ne sont pas garantis ».

Cette augmentation de la consommation du cannabis depuis le début de la pandémie n’étonne pas la Dre Marie-Ève Morin, médecin de famille œuvrant en dépendances et en santé mentale, à la tête de la clinique Caméléon, à Montréal.

« C’est ce que je constate auprès de mes patients qui sont tous des personnes dépendantes, et qui consomment plus que d’habitude. Le confinement est un phénomène nouveau, unique, nous dit-elle, personne n’a jamais vécu ça, et c’est extrêmement anxiogène pour beaucoup de gens. Ce n’est pas vrai que tout le monde gère bien la solitude. Et la télévision n’est pas un ami… »

La solitude, l’anxiété, la dépression et la souffrance, qu’elle soit physique ou mentale, seraient à l’origine de cette consommation. « On se soulage avec ce qu’on a sous la main », croit la Dre Morin.

La Dre Marie-Ève Morin croit que les produits à base de cannabidiol (CBD) sont « probablement » les plus populaires en ce moment.

« Le tétrahydrocannabinol (THC), qui est l’ingrédient qui stimule, peut également rendre plus anxieux, donc j’ai l’impression qu’en ce moment, les gens sont à la recherche de l’effet calmant que l’on retrouve dans les produits à base de CBD, même si ma clientèle, elle, aime beaucoup le THC, et continue d’en consommer à fortes doses… »

En général, ce qu’on remarque, c’est qu’il y a beaucoup de compulsions, remarque la médecin de famille.

« Il y a beaucoup de gens qui sont en train de prendre du poids, il y a des gens qui restent collés devant leurs écrans, et qui sont encore plus anxieux. Donc, les gens consomment plus de drogues et d’alcool, mais aussi plus de nourriture, plus d’informations, plus de sexe, les gens sont dans ce mode-là. En ce moment, il n’y a personne qui est indifférent à ce qui se passe. »

Est-ce que le fait de fumer du cannabis augmente le risque de contracter la COVID-19 ?

« Le risque de contracter le virus n’est pas plus grand que si vous ne fumiez pas, à moins que vous fumiez votre joint avec 12 personnes, répond la Dre Morin. Le virus ne court pas après le pot. Fumer seul ou avec votre conjoint n’est pas un facteur de risque. Par contre, si vous fumez beaucoup et que vous contractez le virus, il se peut que vous ayez plus de symptômes pulmonaires. Si vos poumons sont plus fragiles, il se peut vous ayez plus de difficulté à combattre le virus. »