Un oubli s’est glissé dans une publicité gouvernementale diffusée la semaine dernière. Elle visait à informer les victimes de violence conjugale des ressources offertes, mais omettait de mentionner l’organisme SOS violence conjugale. On proposait plutôt la ligne Info-Social 811 et les CLSC. Rapidement retirée des écrans, elle a semé la confusion chez des victimes et surpris les organismes et maisons d’hébergement pour femmes violentées.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Devant son téléviseur, Khaoula Grissa était plutôt sceptique de voir sur son écran un message du gouvernement mettant en scène la comédienne Ingrid Falaise, qui suggérait aux femmes prises dans un ménage violent d’appeler le 811 ou un CLSC. Mme Grissa, ex-victime de violence conjugale, souhaite que toutes les femmes aient l’heure juste.

« J’étais sous le choc. Je me suis dit : comment ça, appelle le 811 ? Être mise en attente ? Quand une femme décide d’appeler pour de l’aide et de briser le cycle de la violence, c’est une urgence. Elle prend tout son courage pour appeler. »

« Tout comme un chirurgien qui n’a pas le droit à l’erreur parce qu’il sauve des vies, il y a aussi cette responsabilité des porte-parole et du gouvernement envers les victimes de violence conjugale de donner la bonne information », dit-elle.

Le service SOS violence conjugale n’est pas mentionné dans la première version de la publicité, retirée des écrans peu après sa diffusion.

« Dans le cas de la diffusion de la capsule vidéo de Mme Falaise, SOS violence conjugale, un partenaire privilégié du gouvernement, aurait dû être mentionné », indique Marie-Louise Harvey, porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Le message sera remplacé par un autre plus spécifique, où seule la ligne SOS violence conjugale sera suggérée.

La publicité ne comportait pas d’informations erronées, explique toutefois le MSSS. Plusieurs ressources gouvernementales, comme les CLSC et la ligne Info-Social 811 peuvent répondre à diverses situations et diriger les personnes vers des ressources spécialisées.

Il n’y a aucun service spécialisé en violence conjugale sur ligne Info-Social du 811, où des professionnels prodiguent des conseils et répondent aux questions d’ordre psychosocial. Au besoin, ils peuvent diriger un demandeur vers une ressource appropriée dans le réseau de la santé ou une ressource communautaire.

On s’assure d’un suivi plus rapide en contactant SOS violence conjugale. Des intervenants spécialisés répondent aux appels sans délai, 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, affirme Jocelyne Jolin, directrice du service. Quelqu’un qui n’est pas formé pour cette tâche spécifique aurait plus de difficulté à aiguiller les victimes et leurs proches vers les diverses ressources offertes.

L’absence de mention dans la publicité a beaucoup surpris l’organisme. « On existe depuis 30 ans. Nous sommes la porte d’entrée rapide vers toutes les ressources pour appuyer les personnes touchées par la violence conjugale », explique Claudine Thibaudeau, responsable du soutien clinique à SOS violence conjugale. Les CLSC peuvent faire partie de l’intervention, mais ne donnent pas accès aux ressources d’hébergement comme le fait l’organisme. Il est préférable « d’éviter les détours où on pourrait perdre du monde en chemin ».

L’erreur est humaine, affirme Ingrid Falaise, tête d’affiche du message gouvernemental et ancienne porte-parole de SOS violence conjugale. Et dans ce cas, on l’a corrigée avec une extrême rapidité, plaide-t-elle. Elle croyait qu’il s’agissait bel et bien de la bonne information. La nouvelle version a déjà été tournée et sera diffusée dès mardi, a rapporté la comédienne, autrice et conférencière.

« Je me suis rendue disponible immédiatement pour filmer la deuxième version. »

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Dès le début de la pandémie, SOS violence conjugale a vu venir les répercussions possibles d’un isolement accru. « Le confinement peut devenir un prétexte à la séquestration », explique Mme Thibaudeau. Les quelques espaces — l’école pour les enfants, le lieu de travail pour la personne prise avec un partenaire violent — où les appels à l’aide se font plus discrètement sont restreints. L’année dernière, la ligne a reçu 33 000 demandes de personnes dans des situations de violence conjugale. Il peut s’agir de femmes prises dans un foyer violent, mais aussi d’enfants ou de proches affectés par la situation. Si une victime désire l’intervention des policiers, elle peut contacter le 911.