(Québec) Les trois partis d’opposition piaffent d’impatience de reprendre les travaux parlementaires, un mois après la fermeture de l’Assemblée nationale en raison de la crise de la COVID-19.

Caroline Plante
La Presse canadienne

Mardi, les leaders parlementaires du Parti libéral du Québec (PLQ), de Québec solidaire (QS) et du Parti québécois (PQ) ont accentué la pression sur le gouvernement pour qu’il tienne quatre périodes d’échanges virtuels et publics dès la semaine prochaine, en attendant la reprise officielle des travaux prévue le 5 mai.

Jusque-là, le travail des partis d’opposition s’était fait en sourdine. Présents sur le terrain, ils avaient cependant limité leurs interventions publiques en évitant surtout de critiquer le travail du gouvernement Legault afin de ne pas embrouiller le message visant à informer et à rassurer les Québécois.

« On entre dans une nouvelle phase, souligne à présent le leader parlementaire de QS, Gabriel Nadeau-Dubois. La situation épidémiologique est en voie d’être maîtrisée, il y a des débats de société super importants qui sont en train d’apparaître, je pense qu’il est temps de relancer le débat démocratique.

« On est en train de rouvrir des secteurs de l’économie, tant mieux. Il faut aussi déconfiner la démocratie », a-t-il ajouté.

Les leaders parlementaires ont tous les trois signifié à La Presse canadienne vouloir exercer pleinement leur rôle de législateur, en soulignant qu’ensemble, ils représentaient 58 % des électeurs québécois.

« C’est une question d’équilibre, c’est une question de gros bon sens, a ajouté le libéral Marc Tanguay. C’est une question d’avoir cette ouverture d’esprit-là. […] Notre Assemblée nationale peut s’adapter. »

Selon lui, « les gens (à la maison) aimeraient ça » qu’il y ait une discussion constructive sur des enjeux de santé et d’économie.

Les leaders piqués au vif

Cette série d’entrevues fait suite à la lettre conjointe que les partis ont publiée lundi soir, dans laquelle ils soulignent que les prochaines semaines nécessiteront la prise de « décisions cruciales » qui détermineront l’avenir du Québec. Ils citent notamment les soins et les conditions d’hébergement des aînés ; les renforts pour appuyer le personnel de la santé ; comment redémarrer l’économie et comment affronter la récession.

Le leader parlementaire du PQ, Martin Ouellet, affirme par ailleurs avoir mal réagi aux propos du premier ministre François Legault, selon lesquels le gouvernement est trop occupé à gérer la crise sanitaire pour répondre aux questions des oppositions.

M. Legault avait également déclaré lundi en conférence de presse que si les partis d’opposition avaient des questions pour lui, ils pouvaient passer par les journalistes qui les poseraient à leur place.

Ces propos « hasardeux » ont « activé » la production de la lettre conjointe, raconte Martin Ouellet. « On a trouvé ça un peu abrutissant pour votre travail d’une part, et surtout pas respectueux du travail des oppositions et du travail de reddition de comptes qui est notre rôle comme législateurs », a-t-il déclaré.

Quant aux ministres trop occupés, le député péquiste souligne que le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, s’est récemment présenté sur trois plateaux d’émissions de variétés. « C’est Tout le monde en parle, Bonsoir, bonsoir, La soirée est encore jeune. S’ils ont le temps de faire des variétés, […] comment se fait-il qu’ils ne peuvent pas nous consacrer du temps pour discuter ? »

M. Legault est « égal à lui-même », clame-t-il, dans la mesure où il a « sa propre vision du rôle du parlementarisme ». « Oui, il a une majorité de députés, mais il n’a pas eu la majorité du suffrage, alors je pense que ce serait faux de penser que lorsque M. Legault s’exprime, il s’exprime au nom de tous les Québécois. »

« Ce n’est pas une attitude qui est nouvelle », renchérit M. Nadeau-Dubois, qui rappelle que la démocratie, « ce n’est pas juste une conférence de presse par jour ». À l’Assemblée nationale, « qui dit débat d’idées ne dit pas nécessairement partisanerie débridée et lançage de bouette ».

Legault se fait plus conciliant

Invité à commenter mardi, le premier ministre a semblé faire un pas de côté. « On discute de comment on pourrait faire ça après le 21 avril », a-t-il dit.

« Ça dépend aussi des personnes qui seraient interrogées. Je pense que je n’ai pas besoin d’expliquer que (la ministre de la Santé) Danielle McCann à moins de temps à donner. Mais je comprends en même temps, entre autres avec la situation dans les CHSLD, que les oppositions ont des questions à poser. »

Selon lui, les partis sont en train de « trouver des solutions ». Il a rappelé qu’il s’entretient également deux fois par semaine avec les chefs d’opposition. « Moi, j’ai bon espoir qu’on va s’entendre », a-t-il conclu.