L’hécatombe des victimes de la COVID-19 se poursuit sur l’île de Montréal. Depuis le premier décès annoncé le 25 mars, les autorités sanitaires dénombrent maintenant 162 personnes pour qui la maladie a été fatale.

Kathleen Lévesque Kathleen Lévesque
La Presse

Une semaine après avoir annoncé que le coronavirus avait tué un Montréalais, la direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal a fait état de 16 autres décès. Cinq jours plus tard, soit le 6 avril, le nombre de morts a bondi à 99. Depuis, ce sont 63 personnes qui se sont ajoutées à ce triste bilan, pour un total de 162 morts.

Ainsi, 45 % des 360 décès provoqués par une contamination au coronavirus au Québec sont survenus dans la métropole. Comparativement à l’ensemble du Canada, 22 % des victimes de la pandémie sont montréalaises.

Les personnes âgées de 70 ans et plus demeurent les principales victimes. Elles représentent presque 90 % de tous les décès survenus dans la province, selon les données du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec.

Le nombre de cas confirmés de COVID-19 continue également à croître. Le 12 avril, on comptait 6393 cas sur l’île de Montréal.

Pas de déclaration obligatoire dans les HLM 

Depuis le début de l’actuelle crise sanitaire, le premier ministre du Québec, François Legault, martèle que les personnes âgées sont les plus vulnérables. En dépit des mesures de confinement, les cas dans les CHSLD et les résidences privées pour aînés ont explosé au cours des dernières semaines.

Ces établissements sont assujettis à la déclaration obligatoire des cas de COVID-19, contrairement aux HLM pour personnes âgées, où le nombre de cas de contamination n’est pas rendu public. Cette situation met en danger 30 000 personnes, dont près de 15 000 personnes âgées de 75 ans et plus à l’échelle de la province, selon la Fédération des locataires d’habitations à loyer modique du Québec (FLHLMQ).

Dans un message diffusé à tous ses membres vendredi dernier, la Fédération affirme que, sans information sur les cas de contamination, le risque est bien réel dans les HLM. 

Il est aberrant que les HLM ne soient pas considérées au même titre que les CHSLD ou les résidences privées pour aînés.

Robert Pilon, secrétaire général de la FLHLMQ

En entretien téléphonique avec La Presse la semaine dernière, M. Pilon a réclamé que les autorités sanitaires soient obligées de prévenir les gestionnaires de HLM pour protéger leur clientèle, parmi les plus vulnérables de la société. Les règles de confidentialité devraient être modifiées, croit-il. Une demande pour une intervention urgente a été adressée au gouvernement Legault mardi dernier.

« Le problème, c’est que la Direction de santé publique n’avise pas les propriétaires, c’est-à-dire les offices municipaux d’habitation, de la présence de personnes contagieuses dans les habitations et qui sont censées être en quarantaine. La COVID-19 est une maladie à déclaration obligatoire, mais pas pour les HLM », a critiqué M. Pilon.

Du côté des 180 offices municipaux d’habitation qui gèrent les HLM pour personnes âgées, la situation représente aussi un casse-tête. À Sept-Îles, par exemple, on note le système de deux poids, deux mesures qui règne face aux règles de confidentialité dans les CHSLD et les HLM. 

On souligne également qu’aucune dépense pour protéger les locataires à risque ne peut être faite sans l’approbation de la Société d’habitation du Québec, dont la « lourdeur bureaucratique » se fait sentir même en période de pandémie.

Et c’est sans compter sur la résistance de beaucoup de personnes âgées aux mesures de confinement. Il y a quelques jours, des locataires ont décidé de se réunir dans la buanderie commune pour faire des casse-têtes puisqu’ils n’avaient plus accès à la salle communautaire de l’immeuble, fermée pour éviter la propagation de la COVID-19.

Besoins plus grands 

À Montréal, où l’on compte 135 tours de HLM pour personnes âgées, le comité consultatif des résidants s’est réuni d’urgence vendredi dernier pour prendre position dans le dossier. Une demande formelle à l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) a été envoyée pour obtenir une surveillance jour et nuit dans les immeubles, l’installation de distributeurs de désinfectant dans les halls d’entrée et la gratuité des laveuses et des sécheuses pour ne plus manipuler de monnaie. 

Des vies sont en jeu et le temps presse.

Richard Gagné, président du comité consultatif des résidants

En entretien avec La Presse lundi, le responsable du dossier de l’habitation au comité exécutif, Robert Beaudry, a donné l’assurance que la Ville de Montréal contribuait financièrement à satisfaire les besoins des HLM. Une somme de 100 000 $ a été attribuée pour l’achat de distributeurs et de désinfectant destinés aux tours de HLM.

Pour ce qui est de la surveillance des immeubles, la Ville a fourni 42 personnes, dont 12 régisseurs, pour assurer la coordination du personnel. Il y a toutefois une pénurie criante d’agents de sécurité, que « tout le monde s’arrache » à cause de la pandémie.

« On a aussi mis notre banque d’employés qui ne peuvent pas faire de télétravail à la disposition [de l’OMHM] », explique M. Beaudry, qui précise que la tâche n’est pas simple, mais qu’« il faut être préoccupé par les plus vulnérables ».

Il reconnaît toutefois que « les besoins sont encore plus grands ». « On agit en fonction de ce qu’on peut faire », souligne Robert Beaudry. Selon lui, la Société d’habitation du Québec, de qui relèvent l’OMHM et tous les autres offices municipaux, devra davantage soutenir financièrement ses mandataires.