Les enfants ne seront pas sacrifiés s’ils retournent à l’école au début du mois de mai. Mais une telle décision devra tenir compte des risques pour le personnel enseignant et administratif, pour les employés des transports en commun et tous ceux qui contribuent au bon fonctionnement du réseau scolaire.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

La perspective d’une réouverture des écoles le 4 mai, évoquée vendredi dernier par le premier ministre François Legault, a suscité bien des réactions. N’est-ce pas trop tôt ? Mettrait-on les enfants en danger ? Deviendraient-ils des cobayes, pour tester les effets du déconfinement et de la propagation de la COVID-19 ?

Pour mettre les choses en perspective, des épidémiologistes répondent que les jeunes courent peu de risques.

« Pour le moment, les enfants qui sont infectés développent des symptômes très légers. Notre hôpital est vide », souligne Caroline Quach, pédiatre, microbiologiste-infectiologue et épidémiologiste, responsable de l’unité de prévention et contrôle des infections au CHU Sainte-Justine.

Chez les jeunes de 0 à 10 ans, il n’y a aucun mort dans le monde, note-t-elle.

« Il faudra rouvrir les écoles éventuellement, on ne peut pas les laisser fermées deux ans, le temps de trouver un vaccin. Et ce n’est pas complètement farfelu de penser les rouvrir maintenant plutôt qu’en septembre », dit la Dre Quach.

Immunité de groupe

Le but, ce serait que les enfants attrapent la COVID-19 pour acquérir une immunité et être protégés.

En ouvrant les écoles en mai, le virus aurait de trois à quatre semaines pour circuler avant la fin des classes. « Puis, pendant les vacances d’été, les enfants sont dehors, et le virus survit moins bien à la chaleur et à l’humidité. C’est pourquoi on a toujours moins de virus respiratoires en été », explique l’épidémiologiste.

Selon elle, en ouvrant les écoles au printemps, on favoriserait l’immunité de groupe.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Le Dre Caroline Quach, pédiatre, microbiologiste-infectiologue et épidémiologiste

Actuellement, 1 à 2 % de la population est infectée. Il faut atteindre 60 à 70 % pour avoir une bonne immunité de groupe, pour que l’éclosion s’arrête.

Le Dre Caroline Quach, pédiatre, microbiologiste-infectiologue et épidémiologiste

Si, par contre, les écoles n’ouvrent qu’en septembre, la COVID-19 risque de connaître une deuxième vague, en automne et en hiver, des saisons favorables à la propagation virale.

La Dre Quach souligne que l’école est importante pour les enfants, notamment pour des raisons de socialisation et pour réduire leur vulnérabilité aux abus, ce qui doit être pris en compte.

Y a-t-il des contre-indications pour les enfants ayant des problèmes respiratoires, comme de l’asthme ? « Ça ne devrait pas être un problème si l’asthme est bien contrôlé », répond la spécialiste.

Les jeunes ayant un système immunitaire faible pourraient cependant devoir rester à la maison.

Protéger le personnel scolaire

S’il n’y a pas de problème pour la majorité des enfants, il pourrait en être autrement pour les adultes qui les entourent.

« Chez l’enfant, c’est un mal banal. Mais pour ouvrir les écoles, il faut mobiliser des enseignants, du personnel administratif. Ça prend des transports en commun. Ça signifie beaucoup de gens qui vont peut-être développer la maladie, et seront peut-être en contact avec des personnes vulnérables qui vont développer la maladie », fait remarquer Nimâ Machouf, épidémiologiste à la Clinique du Quartier latin et chargée de cours à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Selon elle, les activités scolaires devraient reprendre seulement au moment où on aura un traitement préventif, comme la chloroquine, pour laquelle des études sont menées actuellement. Ce traitement pourrait être offert à ceux qui retournent au travail et aux études, avance la Dre Machouf.

Autre suggestion : ouvrir les écoles à partir de la fin de juin, et poursuivre les cours tout l’été.

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Nimâ Machouf, épidémiologiste à la Clinique du Quartier latin et chargée de cours à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Si on regarde ce qui se passe en Chine, les écoles ont rouvert leurs portes un mois et demi après qu’on a atteint un plateau dans le nombre de cas.

Nimâ Machouf, épidémiologiste

Au Québec, les experts ont prévu que le pic des infections serait atteint vers le 18 avril. « Donc le plateau pourrait être vers le 4 mai. Si on calcule un mois et demi, ça signifie que les écoles devraient donc rouvrir à la fin de juin », calcule Nimâ Machouf.

Il est par contre trop tôt, à ce point-ci, pour savoir si la stratégie adoptée par la Chine aura été la bonne.

Et puis, il n’y a pas de recette miracle, dit Caroline Quach. « Peu importe la décision qu’on prend, il y a toujours une zone d’incertitude. Parce qu’il y a tellement de facteurs impondérables. »