(Ottawa) Le gouvernement Trudeau compte donner un coup de pouce financier aux producteurs agricoles et aux entreprises agroalimentaires qui doivent veiller à ce que les travailleurs étrangers temporaires qui arrivent au pays respectent une période d’isolement obligatoire de 14 jours dans un endroit adéquat avant d’entreprendre leur travail dans les fermes.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Selon des informations obtenues par La Presse dimanche, la ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Marie-Claude Bibeau, devrait en faire l’annonce cette semaine alors que les premiers travailleurs étrangers temporaires ont commencé à arriver en sol canadien en provenance du Mexique.

Le détail entourant l’ampleur de l’aide financière ainsi que les conditions générales d’admissibilité n’est pas encore définitif, a-t-on indiqué dimanche. Mais cette aide pourrait être offerte aux producteurs et aux entreprises qui doivent héberger les travailleurs étrangers temporaires ailleurs que dans les habitations se trouvant sur les fermes ou les lieux des entreprises.

En moyenne, environ 16 000 travailleurs temporaires étrangers sont à pied d’œuvre dans de nombreuses fermes et entreprises agroalimentaires au Québec chaque année. Pour l’ensemble du pays, le nombre de ces travailleurs venant du Mexique, du Guatemala et d’autres pays de l’Amérique latine frise les 60 000.

« Certains des logements ne sont pas adéquats pour respecter les règles d’isolement. […] On va aider les producteurs à s’acquitter d’une partie des coûts liés à cette situation exceptionnelle », a indiqué une source gouvernementale à laquelle La Presse a accordé l’anonymat parce qu’elle n’avait pas l’autorisation de parler publiquement de ce dossier.

Des travailleurs étrangers temporaires devront donc être hébergés à l’hôtel ou encore dans des résidences étudiantes durant la période d’isolement de 14 jours.

« Les entrepreneurs, les producteurs et les entreprises agroalimentaires doivent offrir un logement répondant à toutes les exigences. [….] Le protocole d’isolement est très strict. Les employeurs et les travailleurs doivent le suivre à la lettre. La Loi sur la quarantaine s’applique, et les amendes et les peines sont extrêmement sévères », a ajouté cette source.

Selon nos informations, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail s’assurera de faire le suivi sur l’état de santé des travailleurs étrangers.

Un premier avion en provenance de la ville de Mexico et transportant 165 travailleurs temporaires a atterri samedi à l’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal. Neuf autres vols nolisés sont attendus au cours des sept prochains jours en provenance du Mexique et du Guatemala. Trois vols de plus sont prévus à compter de la semaine prochaine.

Les ouvriers agricoles sont ensuite transportés à bord d’autocars vers les différentes entreprises où ils ont été embauchés. Avant de quitter leur pays d’origine, les travailleurs ne sont pas testés pour la COVID-19, ni à leur arrivée au Canada, situation qu’a dénoncée le Bloc québécois la fin de semaine dernière.

Des garanties au Mexique

L’arrivée de ces premiers travailleurs étrangers du Mexique est l’aboutissement de plusieurs semaines de pourparlers entre Ottawa et Mexico. Car le gouvernement mexicain a exigé et obtenu des garanties quant à la sécurité de ces travailleurs avant de leur donner l’autorisation de partir en cette période où les voyages à l’étranger sont limités en raison de la pandémie de COVID-19.

Dans une entrevue accordée à La Presse, l’ambassadeur du Mexique au Canada, Juan José Gómez Camacho, a indiqué que le gouvernement mexicain était conscient du rôle essentiel que jouent les travailleurs temporaires étrangers dans les activités des entreprises agricoles au Québec et ailleurs. Il a précisé qu’entre 8000 et 9000 travailleurs mexicains devaient arriver au Canada au cours des quatre prochaines semaines.

Nous avons entendu l’appel des producteurs et des entreprises agricoles. Nous savons bien qu’ils sont au cœur de la chaîne alimentaire du Canada. Le Mexique veut vraiment être un partenaire du Canada dans ce dossier. Mais il fallait le faire correctement et s’assurer que les bonnes conditions étaient réunies pour que les travailleurs du Mexique puissent venir en toute sécurité.

Juan José Gómez Camacho, ambassadeur du Mexique au Canada

Les autorités fédérales et provinciales se sont entre autres engagées à fournir les services de soins de santé adéquats aux travailleurs étrangers qui pourraient contracter le virus durant leur séjour au Canada. En outre, les employeurs se sont engagés à payer les travailleurs durant leur période d’isolement de 14 jours. Ils ont aussi pris l’engagement de les payer s’ils tombaient malades.

« Il était très important pour nous que l’on ajuste les conditions de travail à la situation exceptionnelle que l’on vit en ce moment. Le gouvernement canadien a travaillé très fort de concert avec les provinces et les employeurs pour créer de nouvelles lignes directrices. Sans ces garanties, il aurait été peu probable que nos travailleurs viennent ici en raison des risques pour leur santé », a ajouté l’ambassadeur.