(Québec) Québec place cinq des 40 CHSLD privés non conventionnés comme le CHSLD Herron « sous surveillance » à la suite de ses inspections. Toutes les résidences publiques et privées pour aînés seront également inspectées « pour voir si la situation est sous contrôle ».

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Dans une trentaine d’entre elles, plus de 15 % des résidants sont infectées par le coronavirus.

Le premier ministre François Legault en a fait l’annonce lundi, reconnaissant que « la situation est difficile dans les CHSLD » mais soulignant que « la situation en général se stabilise ».

Il y a maintenant 13 557 cas confirmés de COVID-19 (+711) ; 879 personnes sont hospitalisées (+55), dont 226 se trouvent aux soins intensifs (+9). Trente-deux Québécois ont succombé à la COVID-19 en 24 heures, pour un total de 360 morts jusqu’ici.

Les inspections faites dans les cinq CHSLD privés sous surveillance, qui n’ont pas été identifiés, ont montré des lacunes diverses. Le premier ministre a évoqué la possibilité que ce soit un problème de gestion, une mauvaise application des directives ou encore une pénurie de personnel.

Il a tenu à dire qu’« il y a des excellents CHSLD privés non conventionnés » et qu’« il y a des CHSLD publics où ce n’est pas parfait ».

La « grande majorité » des 40 CHSLD privés non conventionnées sont « très bien gérés » et leur « personnel soigne bien les patients » selon lui.

De son côté, la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, a « avisé tous les PDG des CISSS et des CIUSSS qu’on doit mettre en place les recommandations qui sont faites ». « Je pense que ce qui se passe actuellement, le gouvernement a tout mis en place. Même les urgentologues disaient que, ce qu’on devait faire en premier, c’était de libérer des lits dans les hôpitaux pour être en mesure de faire face à une grande crise. Et là, maintenant, ça attaque certaines résidences pour personnes qui sont plus vulnérables. On le savait que c’était pour toucher les personnes vulnérables. La critique, je suis capable de la prendre. Rendue à mon âge, si je fais de la politique, c’est pour être capable d’accepter la critique. Mais si je suis devant vous aujourd’hui, c’est pour vous dire qu’on veut prendre soin de nos aînés, on prend soin de nos aînés et qu’on va tout faire pour mettre en oeuvre des changements au niveau de la culture organisationnelle de nos milieux de vie. »

Environ 1100 travailleurs et 450 médecins sont redéployés pour prêter main-forte aux CHSLD, a rappelé le premier ministre.

François Legault a fait valoir que la pénurie de personnel ne date pas d’hier. « Avant même que la crise commence, la crise de la COVID-19, on avait un problème de pénurie de personnel dans nos résidences de personnes âgées. Et là la situation s’est empirée. D’abord, il y a du personnel qui a été infecté, soit dans les résidences, soit parce qu’ils avaient voyagé ou pour toutes sortes de raisons, comme simples citoyens. Donc, on a une partie du personnel qui est infectée. Puis, on me dit aussi qu’il y a une partie du personnel, puis je peux les comprendre, qui ont des inquiétudes puis qu’ils ne veulent pas aller travailler dans des milieux où il y a des patients qui ont la COVID-19 », a-t-il affirmé.

À l’origine de la pénurie, « le problème le plus important, c’est un problème de salaire » selon lui. « On n’arrive pas, même si on a affiché beaucoup de postes, à combler les postes. C’est encore plus difficile dans certaines résidences au privé qui paient moins cher, mais même dans le secteur public, très difficile d’aller attirer tout le personnel qu’on a besoin », a-t-il expliqué. Il y a « une espèce d’effet domino ». « Parce qu’on a une pénurie de personnel, bien, les personnes qui travaillent là ont comme une surcharge de travail, donc c’est encore moins attrayant parce que les personnes qui acceptent de venir travailler travaillent dans un contexte où il manque de personnel, donc qui ont beaucoup de choses, plus que normalement, à faire. »

Il a rappelé les « primes COVID-19 » mises en place pour le personnel du privé et du public et sa volonté d’augmenter le salaire des préposés de façon plus importante que pour le reste des employés de l’État.

Par ailleurs, « on n’a pas assez d’inscriptions entre autres en formation professionnelle pour des gens qui voudraient devenir préposés aux bénéficiaires. Donc, on a un défi d’attirer des jeunes mais aussi des moins jeunes à devenir préposés aux bénéficiaires. Il faut que ça soit plus valorisé », a-t-il soutenu. « Je pense que dans le contexte actuel, il y a quelque chose qui est encourageant, c’est qu’il y a beaucoup de métiers, je pense, entre autres, magasins de détail, peut-être autour du tourisme, de la restauration, des gens qui peut-être pourraient se réorienter pour devenir préposés aux bénéficiaires. Mais tout commence par une meilleure augmentation des salaires. »