Portez un masque non médical à l’épicerie, ont recommandé cette semaine les autorités médicales canadiennes, après avoir donné un avis contre le port du masque pendant plusieurs semaines. Que signifie cet avis concrètement ? La Presse a demandé leur opinion à quatre auteurs d’études sur les masques.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Doit-on mettre un masque non médical en sortant de chez soi quand on va faire ses courses ?

« Le plus important est de rester à deux mètres des gens, dit Marianne van der Sande, de l’Institut de médecine tropicale de Belgique, auteure principale d’une étude sur les masques médicaux et non médicaux publiée en 2008 dans la revue PLOS One. Si ce n’est pas possible, on peut porter un masque. Mais le moins longtemps possible, parce qu’un masque porte à se toucher plus fréquemment le visage, c’est un réflexe. Et avec un masque non médical, les gouttelettes vont moins loin, mais elles traversent le masque. » Vu cette tendance accrue à se toucher le visage sans s’en rendre compte, porter un masque trop longtemps peut être contre-productif, estime Anna Davies, de l’Université de Cambridge, auteure principale d’une étude sur les masques non médicaux publiée en 2013 dans la revue Disaster Medicine.

Que faut-il faire pour réutiliser le même masque ?

Tous sont d’accord : il faut le laver après chaque utilisation. Si on veut en réutiliser un pendant la même journée, il faut le remettre exactement de la même manière. On peut aussi le mettre en « isolement » quelques jours dans un sac. « C’est une habitude très dure à prendre », dit Mme Davies. Mais Benjamin Cowling, de l’Université de Hong Kong, auteur principal d’une étude sur les masques médicaux publiée cette semaine dans Nature Medicine, estime qu’il est possible d’instruire le public pour que les masques n’augmentent pas les risques d’infections. « Ici, tous les gens en portent un quand ils sortent de chez eux. Il suffit d’être très concentré pour ne pas se toucher le visage et de se laver les mains dès qu’on en a l’occasion. On les lave après chaque utilisation. S’il le faut, on en porte un pour aller au bureau et un autre pour revenir. »

Qu’en pensent les spécialistes québécois qui ont récemment pris position en faveur du masque dans les médias ?

Anne Gatignol, de l’Université McGill, Benoit Barbeau, de l’UQAM, et Paul Saba, omnipraticien de Lachine, confirment tous trois qu’il faut réserver les masques non médicaux aux situations où on ne peut maintenir la distance de deux mètres, et les laver après chaque utilisation. On ne doit donc pas nécessairement en mettre un en sortant de chez soi.

Les études sur les masques représentent-elles des situations réalistes ?

L’étude du DCowling portait sur les patients d’une clinique et recueillait les gouttelettes de virus pendant 30 minutes avec un appareil situé à un mètre du patient. Celle de la Dre Davies recueillait la quantité de virus traversant divers types de masques non médicaux quand des volontaires toussaient. La Dre van der Sande étudiait en laboratoire des volontaires qui portaient des masques pendant 30 minutes et 3 heures, et des masques installés sur un appareil « respirant » avec une force équivalente à un souffle puissant. Enfin, une étude australienne publiée en 2009 dans la revue Emerging Infectious Disease évaluait le risque d’infection grippale chez des parents d’un enfant grippé portant ou non des masques médicaux à la maison. Seule cette dernière étude était réaliste, en ce sens qu’elle a constaté que seulement la moitié des cobayes portaient leur masque une bonne partie du temps. « En laboratoire, on surveille les gens pour qu’ils ne se touchent pas le visage, dit la Dre van der Sande. Il y a aussi une question de force d’exhalation, qui n’est pas la même selon qu’on tousse, qu’on parle ou qu’on se tait. »

Et les experts, eux, le portent-ils ?

Les habitudes diffèrent. Si la Dre Davies et la Dre van der Sande n’en portent pas, le Dr Cowling en met un lorsqu’il sort de chez lui. « Je n’en porte pas pour nos promenades familiales, et je n’en ai pas porté lors de ma dernière visite au Metro, mais j’en ai porté un au Costco parce qu’il y avait beaucoup de gens », dit Paul Saba. « Je me mets deux épaisseurs de foulard sur le trottoir parce que parfois des coureurs arrivent par-derrière, et je mets un masque dans les magasins », répond, quant à elle, Anne Gatignol.