La Ligue des droits et libertés, l’Association des avocats et avocates en droit carcéral du Québec et Solidarité sans frontières ont redemandé jeudi de libérer des détenus pour limiter la contagion dans les établissements carcéraux fédéraux et provinciaux du Québec.

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

« Il faut de toute urgence diminuer la population carcérale », a réclamé la porte-parole de Ligue des droits et libertés (LDL), Lucie Lemonde, en conférence de presse jeudi matin. En raison de la difficulté d’appliquer les mesures de distanciation sociale, les personnes incarcérées et les membres du personnel sont plus à risque que l’ensemble de la population, a-t-elle plaidé.

La Ligue des droits et libertés (LDL), l’Association des avocats et avocates en droit carcéral du Québec (AAADCQ) et Solidarité sans frontières (SSF) dénoncent le fait que leurs appels à faciliter les libérations soient restés lettre morte à Ottawa et à Québec.

Les détenus sont déjà plus vulnérables et à risque de souffrir de maladies infectieuses, ont souligné une centaine de professionnels de la santé du Canada, dont des médecins et des infirmières, dans une lettre ouverte cette semaine. Ils appellent les gouvernements « à cesser d’admettre des personnes dans les prisons, sauf en cas d’absolue nécessité ».

L’Ontario, la Colombie-Britannique et les Territoires du Nord-Ouest ont libéré des détenus en raison de la pandémie, a rapporté La Presse canadienne cette semaine.

Au Québec, la seule façon que les autorités ont trouvé pour respecter la distanciation sociale en prison est de « retourner à une époque qui normalement devait être résolue, soit celle de l’isolement », déplore l’avocate Sylvie Bordelais, vice-présidente de l’AAADCQ.

« C’est très difficile psychologiquement », a témoigné un détenu de 65 ans récemment libéré du Centre fédéral de formation (CFC) de Laval. « Je ne veux pas faire pleurer personne, mais ce n’est pas facile d’être enfermé dans une cellule 23 heures sur 24, sept jours par semaine », a indiqué l’homme identifié par le prénom de Mario.

Les prisons provinciales du Québec renfermant beaucoup de détenus en attente de procès ou qui purgent de courtes, plus de 50 % des détenus pourraient être libérés, affirme Mme Lemonde.

Le cas des pénitenciers fédéraux, où les détenus sont condamnés à des peines de plus de deux ans, est plus complexe, reconnu MBordelais. Mais dans les établissements à sécurité minimum, ceux qui ne représentent pas de risque pour la sécurité de la population ni de risque d’évasion pourraient être envoyés à domicile ou, s’ils n’ont pas d’endroit pouvant les accueillir, en maison de transition, estime-t-elle.

Quant aux centres pour immigrants, comme celui de Laval, les détenus sont désormais peu nombreux, affirme SSF. L’organisme appelle donc à leur libération.

Selon Service correctionnel Canada (SCC), au moins 35 détenus fédéraux, dont 17 au Québec, ont été contaminés jusqu’ici. Des employés de plusieurs institutions fédérales aussi été diagnostiqués, notamment à Port-Cartier, Joliette, Donnacona et Laval (Centre fédéral de formation).

Au moins un cas a aussi été confirmé mardi parmi les agents de sécurité du Centre de surveillance de l’immigration (CSI) de Laval, qui sont à l’emploi de Garda.

Jusqu’à la semaine dernière, des délinquants du Centre fédéral de formation de Laval, qui relève de Service correctionnel du Canada, travaillaient à la cuisine et à l’entretien du CSI de Laval, qui relève de l’Agence des services frontaliers du Canada. Ces détenus fédéraux ont été retirés du CSI « par mesure de prévention », a confirmé Service correctionnel du Canada à La Presse.

Contrairement au fédéral, le Québec ne diffuse pas systématiquement le nombre d’employés et de détenus infectés dans ses prisons.