Après la France et les États-Unis, le Canada se lance dans un essai clinique sur le « plasma de convalescents ». Il s’agit de purifier le sang de gens qui ont été infectés par le virus de la COVID-19 et de le donner aux grands malades.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

« Notre contribution consistera à séparer les composantes du sang des donneurs », a expliqué Marc Germain, vice-président des affaires médicales et des innovations à Héma-Québec, vendredi dernier en entrevue.

L’essai clinique sera dirigé par les universités de Montréal, de Toronto et McMaster à Hamilton, et impliquera les banques de sang dans les 10 provinces, dont Héma-Québec, qui ne pouvait toutefois pas commenter l’essai clinique, mercredi, parce que ses modalités n’étaient pas encore totalement arrêtées.

L’objectif est de vérifier si les anticorps générés par le coronavirus chez les patients rétablis peuvent guérir d’autres patients. Environ 1000 patients de 40 hôpitaux seront recrutés au pays et les résultats seront publiés d’ici trois à dix mois.

« Ça n’a jamais été fait au Canada depuis 20 à 30 ans, estime M. Germain. On avait fait des plans, il y a quelques années, au cas où l’Ebola débordait sur le continent nord-américain. »

Études encourageantes

Avec seulement 60 patients, l’essai français, lancé mardi, sera plus modeste, mais devrait donner des résultats d’ici la fin du mois d'avril. Plusieurs essais cliniques de petite taille sont aussi en cours aux États-Unis. Deux études ont été publiées à partir de patients chinois traités avec le plasma de convalescents, dans les revues JAMA et PNAS, avec des résultats généralement positifs.

Vu le peu d’études sur le sujet, la semaine dernière, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux du Québec (INESSS) a conclu que « les données disponibles à ce jour ne permettent pas d’appuyer son utilisation généralisée ». L’un des gros problèmes des études sur le plasma de convalescents est qu’il s’agit d’un traitement de dernier recours, en quelque sorte une manœuvre désespérée (les articles anglophones parlent souvent d’un Hail Mary, comme au football), si bien qu’il n’y a généralement pas de groupe témoin et d’essai randomisé.

Une semaine auparavant, les autorités médicales américaines (FDA) avaient ouvert la porte un peu plus grande, annonçant que tout médecin désirant administrer du plasma de convalescents à un patient gravement malade pourrait avoir une approbation téléphonique en moins de quatre heures.

Pierre Laurin, président de l’entreprise Pharmaceutique Ingenew, est persuadé, malgré la quasi-absence de données publiées dans des revues à comité de lecture (peer review), que la thérapie par plasma de convalescents est l’une des composantes majeures du succès chinois dans la lutte contre la COVID-19. « Il faudrait faire comme la FDA, faciliter le traitement », dit M. Laurin, qui a travaillé longtemps dans le domaine sanguin, notamment avec des partenaires chinois.

Un éditorial accompagnant l’étude chinoise publiée fin mars dans le JAMA, qui portait sur cinq patients gravement malades, proposait que des plans soient dressés dès maintenant au cas où les essais cliniques seraient positifs. Les centres de don de sang devraient établir des procédures pour mettre de côté les dons de sang de patients guéris et les hôpitaux devraient mettre sur pied un programme visant à demander à tous les patients guéris et à ceux qui ont eu un test positif de donner du sang. Une chaîne d’approvisionnement devrait être mise en place. Si ce genre de thérapie ne peut traiter tous les cas, elle pourrait au moins « protéger les populations à haut risque » jusqu’à ce que des antiviraux soient disponibles.

17 % 

Taux de mortalité moyen des patients atteints du SRAS dans une étude à Hong Kong en 2003

12,5 %

Taux de mortalité moyen des patients atteints du SRAS traités par plasma de convalescents dans la même étude

Source : European Journal of Clinical and Infectious Disease