La population a été nombreuse à répondre à l’appel au bénévolat de François Legault dans les derniers jours. Pendant ce temps, la demande alimentaire explose. Mais les petits organismes peinent à trouver la nourriture nécessaire.

Sara Champagne Sara Champagne
La Presse

Mercredi matin, dans un petit local de la rue Hochelaga, dans un coin défavorisé de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve. Fabien Lotte s’est levé de bonne heure pour préparer une quarantaine de boîtes. À midi, il veut être prêt à recevoir une quarantaine de citoyens du quartier qui, tour à tour, sur rendez-vous, en accord avec les mesures d’hygiène et de distanciation pour lutter contre la COVID-19, vont récupérer leur nourriture.

« J’étais content ce matin en arrivant au local. J’ai des baguettes de pain pour tout le monde », lance-t-il dans un soupir de soulagement.

D’une journée à l’autre, le seul et unique employé du petit organisme d’aide alimentaire, Élan pour la vie, ne sait pas s’il aura assez de denrées pour calmer la faim.

Ici, ce n’est pas le nombre de bénévoles, le problème. Ils sont nombreux. Les bénévoles sont des demandeurs d’asile, de nouveaux arrivants, la plupart ayant perdu des emplois précaires à cause de la pandémie, explique-t-on à l’organisme.

Ici, le gros problème, c’est plutôt le manque angoissant de nourriture.

La population ne peut même pas imaginer la panique qui se vit chez nous.

Claire Lebel, directrice de la fondation Élan pour la vie

« Nous grappillons de la nourriture à droite et à gauche, la demande a explosé. En temps normal, je fais environ 150 paniers par semaine. Il m’en faudrait suffisamment pour produire 600 paniers », explique la dirigeante de l’organisme.

Oubliez le papier de toilette, les nouilles, la farine et les œufs ; il n’y en a pour ainsi dire jamais, dit-elle. 

Cette semaine, elle a eu du riz en quantité, des bananes, des oignons, des carottes, des pommes de terre. Du lait, du poulet et du chocolat pour les enfants. Et des plats préparés provenant de deux hôpitaux.

Sans soutien

Chez Moisson Montréal, la direction affirme que « ça va chauffer » dans les prochaines semaines avec une hausse fulgurante de la demande alimentaire. D’ailleurs, l’organisme est déjà en train de négocier du côté de l’Ontario, où le printemps est normalement plus hâtif, pour avoir accès aux premières récoltes.

On explique que près d’une cinquantaine d’organismes demande chaque année de se joindre au grand organisme métropolitain. Le tiers des demandes est décliné.

Le directeur de l’organisme, Richard D. Daneau, explique que les dons provenant des grandes enseignes sont souvent assortis de conditions, avec des définitions différentes des gens dans le besoin. Moisson Montréal doit également s’assurer de ne pas multiplier les points de service dans les quartiers, sur une même rue.

« On a réussi à recenser 715 points d’aide alimentaire d’urgence à Montréal il y a quelques années. Ce n’est pas une petite affaire. Là-dessus, il y a 250 points de service à qui Moisson Montréal donne de la nourriture. Et 465 autres qui ne font pas partie de notre famille. Pour bien faire, il faudrait un organisme régional d’accréditation », estime-t-il.

En temps normal, sans la pandémie, une personne sur six souffre d’insécurité alimentaire à Montréal.

Sans partenariat officiel avec Moisson Montréal ou Centraide, l’organisme Élan pour la vie compte sur une petite subvention d’une fondation et sur la générosité d’établissements de santé, parfois des épiceries, des individus. À la différence de plusieurs banques alimentaires, l’organisme donne gratuitement. Il y a les membres réguliers, et ceux qui se présentent dans l’urgence de la faim. Des gens à qui l’organisme ne demande même pas une carte d’identité.

Eduardo Bosco et sa femme Eva sont arrivés du Nicaragua avec leur fillette Nathalie, il y a environ un an et demi. En ce moment, ils sont bénévoles chez Élan pour la vie. Mais, en temps normal, ils étudient à temps plein. Sans l’aide alimentaire, ils n’y arriveraient pas.

« Nous avons espoir de travailler à la fin de nos cours de francisation, mais ce n’est pas évident en ce moment. Nous avons un statut de demandeurs d’asile. Ce que nous recevons comme argent est à peine suffisant pour assurer notre survie. »

Fonds supplémentaires

Le 24 mars dernier, le gouvernement de François Legault a débloqué 2 millions pour soutenir les banques alimentaires de la province. La Ville de Montréal et les arrondissements ont annoncé le même jour une contribution de 1,1 million au Fonds d’urgence Centraide.

Une version antérieure de ce texte mentionnait que l'organisme se trouve dans l'arrondissement Rosemont-La Petite-Partie. Il se trouve plutôt dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve.