Depuis le début du mois, le nombre d’avions au-dessus de nos têtes s’est totalement effondré. Combien d’appareils décollent encore de Montréal ? Où vont-ils ? Qui voyage ? La Presse fait le point.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Les avions sont-ils encore autorisés à décoller de Montréal et à s’y poser ?

La réponse, c’est oui. Le ciel québécois est presque vide en raison de la crise du coronavirus, mais des dizaines d’avions décollent encore de l’aéroport Montréal-Trudeau à destination de Boston, Chicago, Los Angeles, Londres et Paris, pour ne mentionner que ces villes. Air Canada assure le plus grand nombre de vols nationaux et internationaux depuis Montréal, même si elle a réduit sa capacité de 90 % à la fin de mars pour une période de deux mois. Air Transat a totalement suspendu ses activités le 1er avril, mais d’autres compagnies aériennes poursuivent des activités minimales à Montréal, dont WestJet, Delta, Air France et Aeromexico. « Sur la totalité des vols qui opèrent encore, la moitié sont des départs et l’autre moitié sont des arrivées », précise Marie-Claude Desgagnés, porte-parole pour Aéroports de Montréal (ADM).

Combien y a-t-il de vols quotidiens à Montréal ?

Selon Marie-Claude Desgagnés, on compte de 70 à 80 vols par jour à l’aéroport de Montréal, en majorité des vols intérieurs, en plus de 30 vols privés. Cela représente une diminution du trafic aérien de plus de 50 % par rapport à la même période l’an dernier. Depuis le début du mois, Air Canada n’exploite que 61 vols par semaine au départ de Montréal vers des destinations canadiennes et européennes : Québec, Ottawa et Fredericton, Halifax, St. John’s, Charlottetown, Vancouver, Francfort, Londres et Paris. La société prévoit augmenter le nombre de ses vols en mai. Rien n’est encore décidé pour juin et les mois suivants.

Ces horaires peuvent-ils être modifiés sans préavis ?

« Absolument, répond Pascale Déry, d’Air Canada. Les gouvernements imposent de nouvelles restrictions régulièrement. Et chaque fois que cela se produit, il y a des répercussions sur nos vols. »

Qui voyage encore ?

Dans les faits, très peu de personnes. Les avions sont pratiquement vides. « Il y a encore quelques vols de rapatriement, mais ça tire à sa fin », souligne Mme Desgagnés, d’ADM. « Les gens qui voyagent encore sont ceux qui n’ont pas atteint leur destination finale », ajoute Pascale Déry, directrice des relations avec les médias pour Air Canada. « Il y a des gens qui voyagent seuls et qui ont décidé de revenir par leurs propres moyens. On doit maintenir des vols pour leur permettre de rentrer à la maison. » Des Canadiens coincés en Inde, par exemple, doivent être rapatriés sous peu à l’aéroport Heathrow de Londres, d’où ils vont regagner le Canada sur un vol d’Air Canada. « Nous allons opérer le segment à partir de Londres sur nos vols commerciaux réguliers », précise Pascale Déry. Depuis le début d’avril, le réseau du transporteur national est passé de 53 à 13 aéroports aux États-Unis et de 62 à 40 au Canada. Ailleurs dans le monde, il n’est plus que de six aéroports.

Les visiteurs étrangers peuvent-ils entrer au pays ?

Non. Les frontières sont fermées depuis le 18 mars pour les voyages jugés non essentiels. Ottawa exige des transporteurs aériens qu’ils refusent l’embarquement de passagers qui ne sont pas citoyens ou résidents permanents. Cette mesure, en vigueur jusqu’au 30 juin, prévoit toutefois des exceptions pour les membres d’équipage, les diplomates, les voyageurs dont la famille immédiate est canadienne, et ne concerne pas le trafic de marchandises. Seuls quatre aéroports canadiens peuvent encore recevoir des vols d’outre-mer : Montréal, Toronto, Vancouver et Calgary. L’Agence de la santé publique du Canada conseille aux citoyens d’éviter tout voyage non essentiel à l’extérieur du pays depuis le 13 mars.

Quand voyagera-t-on à nouveau ?

Difficile à dire. Tout dépendra de l’évolution de la pandémie. Mais il serait étonnant que les voyages d’agrément reprennent avant l’automne. Cela va prendre un élément fondamental : la confiance. « Il n’y a aucune réservation pour l’été, affirme Nathalie McCarthy, conseillère en voyage chez Equinox Voyage. Une de mes collègues a fait des réservations cette semaine, mais c’est la seule. Et ce sont des gens qui retournent dans leur pays. Des touristes ? Zéro. Il n’y en a pas. » L’hiver canadien étant ce qu’il est, Mme McCarthy s’attend à ce que les Québécois reprennent goût au voyage avec l’arrivée de la saison froide. « Je pense que les gens vont choisir des destinations qui ne sont pas très loin et d’où ils peuvent revenir facilement. » Le vrai retour à la normale devrait prendre au moins un an.