(Montréal) Des chercheurs québécois placent beaucoup d’espoir dans une molécule appelée colchicine pour réduire les complications graves provoquées par la COVID-19. Et pendant que les premiers tests sur les patients sont en train d’être réalisés, l’entreprise québécoise Pharmascience se prépare déjà à en produire de grandes quantités.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

« Dans l’éventualité où l’efficacité du médicament serait reconnue, il faut être prêts. On commence à mobiliser nos équipes, on passe à vitesse grand V », dit Jean-Guy Goulet, chef de l’exploitation chez Pharmascience.

L’Institut de cardiologie de Montréal a lancé il y a deux semaines une étude visant à étudier le potentiel de la colchicine pour calmer la réponse inflammatoire excessive déclenchée par le système immunitaire face au virus de la COVID-19. L’objectif est de recruter 6000 patients infectés par la COVID-19 et risquant de développer des complications. La moitié prendront de la colchicine et l’autre, un placebo. On veut voir si le groupe qui prend la colchicine développera moins de complications graves que l’autre.

L’Institut de cardiologie de Montréal a annoncé cette semaine que des centres hospitaliers de New York et de Vancouver se joignaient à l’étude. Le nombre de patients recrutés jusqu’à maintenant est gardé confidentiel.

« La vitesse à laquelle se fait cette étude est incroyable et il faut, de notre côté, suivre le rythme », dit M. Goulet. L’entreprise ne part pas de zéro. La colchicine est déjà commercialisée contre quelques maladies, dont la goutte, et Pharmascience en fabrique de petits lots. Elle a aussi fourni les 200 000 comprimés nécessaires à l’étude de l’Institut de cardiologie de Montréal.

« Il faut savoir que c’est un produit qui a une certaine forme de toxicité, alors ce sont généralement des usines à petits volumes qui traitent ce genre de produits. Si ça grandit, ça peut créer une complexité opérationnelle. Ce n’est pas insurmontable, mais c’est complexe », précise Jean-Guy Goulet.

Pharmascience a déjà décidé que c’est son usine de Candiac, sur la Rive-Sud de Montréal, qui fabriquera la colchicine si le médicament s’avère efficace au terme de l’étude. Elle dit être déjà en contact avec deux fournisseurs européens d’ingrédients actifs entrant dans la formulation du médicament. « Quand on ajoute des fournisseurs de matières premières à un dossier, il y a normalement une kyrielle de choses réglementaires à faire, avec un délai assez long. On va avoir besoin de la collaboration de Santé Canada », dit M. Goulet. Notons que la colchicine n’est protégée par aucun brevet.

Chez Pharmascience, ce branle-bas de combat survient alors que, comme partout ailleurs, on travaille avec les mesures de confinement en tête. Des 1500 employés de l’entreprise, 1200 sont au Québec. Du lot, la moitié sont en télétravail. Le reste assure la production de médicaments dans les usines de Montréal et de Candiac dans un contexte bien particulier.

« En zone de production primaire, on travaille déjà avec des masques et des gants. C’est lorsqu’on sort de ces zones qu’il faut s’assurer de respecter la distanciation sociale. On a des protocoles très serrés. Les quarts de production sont séparés et les équipes ne se croisent pas. Il faut demeurer vigilant. Il faut protéger la santé et la sécurité de nos employés, mais aussi notre capacité de production parce que les médicaments sont des biens essentiels », dit Jean-Guy Goulet.

Le DJean-Claude Tardif, qui pilote l’étude clinique sur la colchicine, estimait au mois de mars qu’on pourrait avoir des réponses sur l’efficacité du médicament environ trois mois après le lancement de l’étude. Si la molécule parvient bel et bien à réduire les complications de la COVID-19, il souligne que cela pourrait « transformer le portait mondial instantanément », puisque la maladie deviendrait somme toute banale et ne risquerait pas d’entraîner des morts et de surcharger les unités de soins intensifs.