Si vous m’aviez dit il y a quelques mois que je parlerais chaque jour à Gaétan Barrette, je vous aurais demandé si c’est le crystal meth qui a été légalisé, en plus du pot.

Patrick Lagacé Patrick Lagacé
La Presse

Le député de La Pinière et moi avons eu des accrochages pas toujours jolis depuis qu’il a fait le saut en politique en 2012. Twitter, télé, chronique : plusieurs plateformes ont été le théâtre d’échanges de jabs très publics entre nous.

Et pourtant, depuis trois semaines, je parle chaque jour à Gaétan Barrette à l’émission que j’anime au 98,5 FM : le médecin décortique les chiffres et les enjeux de la pandémie de coronavirus avec doigté et rassurance.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Comme les élus de tous les partis de l’Assemblée nationale, Gaétan Barrette a choisi de mettre la patrie au-dessus des partis. Je dis : c’est admirable, écrit notre chroniqueur.

Et sans jamais envoyer de taloches au gouvernement Legault, au contraire : il félicite l’action gouvernementale et apporte des objections avec nuance quand il le faut. Le député de La Pinière a pris un rôle de pédagogue public pour expliquer la science, et il le fait avec brio.

Et parce que Gaétan Barrette n’est pas de l’équipe gouvernementale, il a encore plus de crédibilité quand il parle : les gens savent bien qu’il n’a rien à gagner à relayer et à expliquer le message gouvernemental.

Les gens savent que s’il fait cela, c’est parce que les mesures gouvernementales tombent sous le sens. Gaétan Barrette, ce faisant, contribue à dépolitiser la santé publique en ces temps périlleux.

Gaétan Barrette, politicien capable de lever les coudes dans les coins de la patinoire politique et collectionneur d’ennemis politiques depuis des années, illustre en cela l’admirable retenue de toute la classe politique québécoise ces jours-ci.

Comme les élus de tous les partis de l’Assemblée nationale, Gaétan Barrette a choisi de mettre la patrie au-dessus des partis. Je dis : c’est admirable.

Comme c’est admirable de voir François Legault remercier publiquement les partis de l’opposition – en nommant « Pascal » Bérubé, « Pierre » Arcand et « Manon » Massé – en plus de tenir avec eux des conférences téléphoniques deux fois par semaine.

Sur la Rive-Sud, quatre députés – Ian Lafrenière, Catherine Fournier, Nicole Ménard et Lionel Carmant – ont placé une publicité commune dans le journal Le Courrier du Sud pour lancer un message d’intérêt public en ces temps de COVID, au-delà de leurs affiliations politiques.

Je ne suis pas en train de rêver à un monde où les partis n’existeraient pas, où la collaboration bucolique serait la norme. Qui dit « norme » dit « normal », et les temps actuels sont tout, sauf normaux. Il y aura un temps pour les débats rugueux, il y aura un temps où l’opposition devra s’opposer.

Mais les élus de l’Assemblée nationale ont compris qu’en ces temps anormaux, il n’y a plus de partis, il n’y a que des Québécois. Et il n’y a que l’intérêt national qui compte.

On a remarqué des vocations semblables au Canada anglais, où la politique partisane semble aussi avoir été rangée sur une tablette, le temps de la crise.

Prenez Andrew Scheer, chef en sursis du Parti conservateur : il assure le minimum syndical requis dans le rayon des critiques faites au gouvernement. Les deux principaux prétendants au poste de leader du PCC, Peter MacKay et Erin O’Toole, semblent aussi s’être calmé le pompon, après des tentatives maladroites de faire de la politique sur le dos de cette crise.

Doug Ford, premier ministre de l’Ontario, farouche adversaire avoué de Justin Trudeau, qu’il a tenté de faire battre aux dernières élections, a aussi refusé de faire de la politique pendant cette crise. À la législature provinciale, M. Ford a dit : « Présentement, il faut mettre la politique de côté. Nous devons tous être membres de l’Équipe Ontario, de l’Équipe Canada. »

On pourrait penser que tout cela n’est que normal, on pourrait penser que l’écosystème politique oublie naturellement les couleurs partisanes quand un poison mortel menace le bien-être de tous les concitoyens et de faire surchauffer nos hôpitaux dans un scénario catastrophe à l’italienne…

Mais regardez au sud de la frontière. C’est « politics as usual » en cette ère trumpienne où la détestation de l’adversaire n’a pas été mise en quarantaine.

Là où tous les présidents des dernières décennies savaient mettre la patrie au-dessus des partis en temps de crise (guerres, catastrophes naturelles, attaques terroristes), le républicain Trump profite (comme d’habitude) de la crise pour attaquer les gouverneurs démocrates qui veulent de l’aide fédérale.

Et des gouverneurs d’État continuent encore à nier la dangerosité du coronavirus. Jusqu’à tout récemment, au mépris de toutes les sonnettes d’alarme, des gouverneurs refusaient de limiter les interactions sociales.

Bref, au sud de la frontière, la bête partisanerie politique va contribuer à tuer du monde.

Il n’y a rien de cette consternante partisanerie made in USA ici, au Canada, au Québec. Ceux qui, dans la société civile, trouvent que les gouvernements sont dans la paranoïa, qu’ils exagèrent les effets de la pandémie, eh bien ceux-là n’ont pas de relais politiques…

Et cette absence de relais politiques, ça sauve des vies, j’en suis convaincu.

Note de service pour les cyclistes

J’ai été assailli de courriels de cyclistes qui ont détesté ma chronique de mardi sur la mise en garde des orthopédistes voulant que ce ne soit pas le temps de se casser la gueule, avec des hôpitaux qui fonctionnent au ralenti et qui traitent des cas de COVID-19…

Hey, vous nous direz pas quoi faire ! On veut pouvoir se délier les jambes ! Ça va trop loin !

Note de service en trois points : 

1. Vous faites ce que vous voulez, lancez-vous dans l’apprentissage d’un nouveau sport extrême si ça vous chante.

2. Essayez de vous imaginer luttant contre la COVID-19 avec cinq (six, sept) côtes fracturées, essayez d’imaginer ce que c’est que de tousser comme un damné avec des côtes fracturées.

3. Ils commencent à rationner certains antidouleurs, parce que la Chine fonctionne au ralenti et que c’est là qu’on fabrique beaucoup de médicaments…

Ce sera tout, bonne ride et attention à la poussière des bancs de neige qui ont fondu.

Jacynthe René

La semaine passée, j’ai consacré quelques lignes de ma chronique à Jacynthe René, comédienne et propriétaire de Maison Jacynthe, un site de vente de produits naturels.

J’ai relayé un article du magazine L’actualité qui soulevait des questions importantes sur la différence entre ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas en matière de lutte contre la COVID-19. Cet article mettait en lumière des mots utilisés par Jacynthe René qui donnent à penser qu’elle croit que certains produits peuvent aider à se prémunir contre ce terrible virus. En ces temps périlleux, tout le monde doit bien peser ses mots, pour éviter de mettre en valeur des façons inefficaces de se protéger.

Jacynthe René dit que ce n’était pas son intention. Elle a même retiré un article de blogue qui pouvait porter à confusion. C’est une très bonne nouvelle.

Maintenant, j’ai associé Jacynthe René au virus de la connerie, dans cette chronique. Elle en a été offusquée. Chère Jacynthe : je fais amende honorable et je suis désolé pour cette image. J’en profite pour rappeler à tout le monde que le virus de la connerie n’est pas mortel et qu’il peut toucher tout le monde… Même moi ! Il n’y a qu’à relire ma chronique du 3 mars dernier pour s’en convaincre…

Alors on se lave les mains avec du savon et de l’eau chaude (ou un gel hydroalcoolique avec une teneur minimum de 70 % d’alcool), on garde ses distances et on reste le plus possible chez soi.

Pour l’instant, la meilleure défense, c’est ça.