Les Canadiens bloqués à l’étranger doivent désormais jouer du coude pour monter à bord des derniers vols de rapatriement au pays. L’angoisse monte d’un cran depuis lundi. Plusieurs se sentent oubliés, notamment une équipe d’infirmières et infirmiers en soins intensifs coincés à Riyad, capitale d’un plateau désertique de l’Arabie saoudite.

Sara Champagne Sara Champagne
La Presse

« Une fois mes 14 jours de confinement au Canada, je serais apte à aller sur les lignes de front du combat contre le coronavirus. Je suis en pleine forme. En cette période de crise sanitaire, je croyais que mon gouvernement pourrait mieux nous [soutenir] en tant qu’infirmiers », déplore le professionnel en soins, Mark Banyai.

Ses collègues et lui tentent depuis des jours, sans succès, d’avoir des réponses d’Affaires mondiales Canada. Ils ont l’impression que le gouvernement fédéral concentre davantage ses énergies sur le rapatriement des touristes et des gens séjournant dans des destinations soleil.

Lundi, le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, n’était pas au point de presse quotidien des ministres fédéraux. Le 1er avril, le gouvernement fédéral a rappelé que « ce ne sont pas tous les Canadiens » à l’étranger qui pourront être rapatriés.

Des rapatriements en provenance de la Côte d’Ivoire, de l’Éthiopie, du Burkina Faso, du Pérou, de l’Algérie, de la Pologne et du Pakistan sont prévus, a fait savoir le ministre Champagne la semaine dernière. Des vols à partir de l’Inde sont également prévus du 4 avril jusqu’au mardi 7 avril.

Coincés au Népal

Au Népal et en Inde, des touristes demeurent coincés cette semaine. Seulement pour l’Inde, quelque 22 000 ressortissants sont inscrits sur les listes officielles. Rémi Dion est l’un d’eux. Il est près de Chennai, dans la ville de Tada, province d’Andhra Pradesh.

Lundi, le Québécois a reçu un appel lui expliquant qu’il obtiendrait un vol mercredi. Avec les courts délais, il ne voit pas comment il pourra décoller.

« Je suis dans un Airbnb un peu à l’écart de la route dans le village. Je suis dans une situation idéale pour ne pas attirer l’attention en tant que Blanc, mais c’est plus complexe pour me rendre à l’aéroport », a-t-il raconté à La Presse.

Jacqueline Paquin, elle, s’inquiète pour sa fille qui est avec une centaine de personnes en randonnée au Népal. Elle explique que les voyageurs multiplient les démarches en vain pour être rapatriés. La dernière fois qu’elle a pu parler à sa fille, elle lui a expliqué qu’elle voyait des Australiens, des Suisses, des Belges, des Britanniques et des Portugais embarquer dans des avions.

Pérou

Au Pérou, où des touristes ont eu la chance de décrocher des vols, il reste de nombreux ressortissants dans des régions éloignées des grands aéroports. Joint par l’application WhatsApp, Nicolas Welsh, étudiant en anthropologie à l’Université de Montréal, explique que ça fait un mois qu’il attend son rapatriement.

Il raconte qu’il est coincé à Huanta, ville située à une dizaine d’heures de Lima, un séjour d’abord prévu pour terminer sa maîtrise sur la participation citoyenne aux carnavals, aux activités de la semaine sainte. Il croit qu’il fera partie du pourcentage acceptable de gens qui devront rester à l’étranger.

« Je suis en train de réviser mon étude pour y intégrer la COVID-19, dit-il, résigné. Les carnavals ont eu lieu, sauf pour les festivités du Hatun Tinkuy prévues à la mi-mars. »

Depuis quelques jours, au Pérou, seuls les hommes peuvent sortir les lundis, mercredis et vendredis. Les femmes peuvent sortir dans les rues les mardis, jeudis et samedis. Le dimanche, tout le monde doit rester à la maison.

Le Coral Princess

Après un mois d’angoisse en mer, le couple de Québécois coincé sur le bateau de croisière Coral Princess a embarqué dans un avion, lundi après-midi, à San Diego, en direction de Toronto. Le couple, André et Lise Champagne, ne savait toujours pas comment il allait regagner la région de Montréal. Sa fille, Nadia Champagne, a expliqué à La Presse qu’elle venait d’aller leur faire une épicerie pour qu’il puisse respecter le confinement de 14 jours. « Je crois qu’ils vont souffrir d’un choc post-traumatique, a-t-elle dit. Leur voyage a commencé le 2 mars, la compagnie leur avait dit que le virus ne présentait aucun problème. Mais à peine au large, les problèmes ont commencé. » Selon les dernières informations de la compagnie de croisière, au moins 12 personnes étaient contaminées à bord du navire.