(Ottawa) Le gouvernement Trudeau jongle avec l’idée d’héberger les travailleurs étrangers temporaires dans les hôtels situés à proximité de l’un des quatre aéroports internationaux où peuvent toujours atterrir les vols commerciaux en provenance de l’étranger. Il souhaite ainsi s’assurer que soit respectée la période d’isolement obligatoire de 14 jours dès leur arrivée au pays.

JOËL-DENIS BELLAVANCE JOËL-DENIS BELLAVANCE
La Presse

Selon des informations obtenues par La Presse, cette option fait partie d’une série de mesures envisagées par le Cabinet fédéral afin de répondre aux demandes de certaines provinces, dont la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick, ainsi que de l’Union des producteurs agricoles, qui souhaitent qu’Ottawa s’occupe de la période de confinement obligatoire des travailleurs temporaires dès qu’ils foulent le sol canadien si les entreprises agricoles ne peuvent s’en charger elles-mêmes.

Dimanche, le premier ministre Justin Trudeau a indiqué son intention d’annoncer de nouvelles mesures au cours « des prochains jours et des prochaines semaines » afin de s’assurer que les producteurs agricoles, l’industrie des pêches et le secteur de la transformation alimentaire, entre autres, puissent retrouver la main-d’œuvre étrangère qui revient chaque année pour mener à bien leurs activités.

Bon an, mal an, plus de 40 000 travailleurs étrangers temporaires, originaires du Mexique, du Guatemala et d’autres pays d’Amérique latine, débarquent au Canada afin d’occuper un emploi au sein d’entreprises agricoles. Leur nombre frise les 16 000 au Québec, et 2500 dans les provinces atlantiques.

« Nous reconnaissons que c’est extrêmement important pour nos agriculteurs qui travaillent si fort, mais aussi l’industrie des pêches, par exemple, d’avoir des travailleurs temporaires pour aider pendant la saison de la semence jusqu’à la récolte. Nous avons besoin d’accueillir des travailleurs de l’étranger pour faire ce travail, comme ils le font chaque année, et nous allons nous assurer que ces gens-là [soient] isolés avant de commencer à travailler sur les fermes à travers le pays », a déclaré M. Trudeau dimanche.

Qui paiera la facture ?

Pour l’heure, la question qui demeure entière est de savoir qui, du gouvernement fédéral ou des entreprises elles-mêmes, paiera la facture pour loger les travailleurs temporaires.

Le gouvernement de la Nouvelle-Écosse, par exemple, estime qu’Ottawa doit assumer l’essentiel de cette facture, étant donné qu’il détient une marge de manœuvre financière enviable. Certaines entreprises seraient prêtes à assumer une partie des coûts.

Les entreprises doivent tout de même avoir une responsabilité de payer une partie des coûts.

Une source fédérale bien au fait du dossier

La Presse a accordé l’anonymat à cette source parce qu’elle n’était pas autorisée à parler du dossier publiquement.

Dans les coulisses à Ottawa, l’autre facteur qui alimente les discussions est de savoir dans quelle mesure les Canadiens qui ont perdu leur emploi à cause de la pandémie de COVID-19 accepteront d’effectuer du travail pour l’une des entreprises qui embauchent des travailleurs étrangers pour une période pouvant atteindre six mois.

« Il y a beaucoup de gens, dont beaucoup de jeunes, qui ne savent pas quels emplois ils vont avoir cet été, et qui seraient peut-être intéressés à aider sur une ferme, à aider à nourrir notre pays et à faire le travail qui est si important. Et j’espère qu’on va pouvoir voir des façons ensemble d’aider nos agriculteurs et de continuer à bien nourrir le Canada », a indiqué M. Trudeau dans sa conférence de presse quotidienne de dimanche.

Selon nos informations, un premier vol nolisé transportant des travailleurs temporaires du Guatemala devrait arriver au pays le 13 avril. À compter du 14 avril et jusqu’au 23 avril, un vol quotidien transportant 270 travailleurs mexicains devrait atterrir à Montréal. Pour le moment, il est prévu que ces travailleurs s’isolent pendant 14 jours dans les logements qu’ils occupent dans les fermes où ils travaillent.

« Ce serait l’idéal »

Joint par La Presse lundi, le président de l’Union des producteurs agricoles, Marcel Groleau, se réjouit de voir que le gouvernement Trudeau n’écarte pas l’idée d’exiger que les travailleurs étrangers passent leur quarantaine dans les hôtels près des aéroports, qui sont essentiellement vides en ce moment.

« Si on pouvait loger les travailleurs à l’hôtel, on réglerait beaucoup de problèmes. Ce serait l’idéal. Ce serait plus sécuritaire pour tout le monde », a indiqué M. Groleau, qui a d’ailleurs soumis lui-même cette idée à la ministre fédérale de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau.

Les employeurs commencent à être pas mal inquiets. Normalement, les travailleurs étrangers arrivent au début d’avril. Là, les premiers travailleurs vont arriver à la mi-avril et ils doivent observer une quarantaine et être rémunérés pendant cette période.

Marcel Groleau, président de l’Union des producteurs agricoles

« Nous comprenons que c’est nécessaire, mais c’est une embûche financière supplémentaire. On doit s’attendre à ce que beaucoup de producteurs vont laisser tomber la production cette année », a-t-il ajouté.

Selon la présidente et directrice générale du Conseil de la transformation alimentaire du Québec, Sylvie Cloutier, ce dossier est la priorité des membres de son organisation. Elle a souligné que sans l’apport des travailleurs étrangers temporaires, il sera impossible d’assurer la récolte et la transformation des produits agricoles au Québec.

Ces travailleurs constituent une main-d’œuvre importante parce qu’elle est fiable et dispose de la formation requise. Elle a souligné que l’option d’embaucher des gens qui ont récemment perdu leur emploi peut être intéressante à certains égards, mais elle représente un risque, car ils pourraient quitter leur poste dans un ou deux mois, une fois que la crise sera passée. « Il faudrait que ces gens s’engagent pour un minimum de six mois. Nous avons besoin de ces travailleurs pour la durée des travaux, qui se terminent en septembre ou en octobre pour la transformation. »