Coronavirus ou pas, il faut bien faire son lavage. Mais pour Mario Di Chiaro comme pour les 11 000 locataires âgés des habitations à loyer modique (HLM) de Montréal, ce geste banal peut être une aventure, car il lui faudra sortir de son isolement afin de trouver la petite monnaie nécessaire pour faire une brassée dans la buanderie communautaire de son immeuble. Risque de contamination en prime, dénonce-t-il.

Kathleen Lévesque Kathleen Lévesque
La Presse

« Ce n’est pas parce qu’on est les plus pauvres de la société qu’on doit nous mettre de côté », laisse tomber Mario Di Chiaro, qui réside aux Habitations Boyer, dans le quartier Villeray.

Président de l’association des 95 locataires de son immeuble, M. Di Chiaro se désole que « les HLM [soient] des portes tournantes » pour la COVID-19. « J’ai demandé d’avoir un gardien à la porte comme dans les résidences de personnes âgées et les CHSLD, d’avoir du désinfectant à l’entrée, et j’ai soulevé le problème des laveuses et sécheuses. Mais ça ne bouge pas », dit-il.

Pourtant, au moins cinq tours de HLM pour aînés nécessitent désormais une « intervention rapide » puisqu’il y a « plusieurs cas » de COVID-19, indiquait la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal jeudi dernier. Le nombre exact de cas n’est pas précisé.

Selon la Dre Mylène Drouin, qui dirige la DRSP de Montréal, il est toutefois nécessaire que les résidants d’une tour d’habitation soient tous informés qu’il y a un cas de contamination afin qu’ils soient plus vigilants. À l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM), qui gère les 135 tours de HLM pour personnes âgées, on affirmait lundi ne pas avoir été informé par les autorités sanitaires de l’endroit où se situent les cas d’infection, laissant également les locataires dans l’ignorance.

À travers l’île de Montréal, on comptait dimanche 36 foyers d’éclosion dans des CHSLD et des résidences privées pour aînés. Plus largement, le nombre de cas d’infection continue sa progression avec 3977 personnes ayant reçu un test positif, et ce, dans tous les recoins de l’île.

« Un système à deux vitesses »

Depuis trois semaines, le gouvernement de François Legault martèle l’importance de protéger les personnes âgées pour qui la COVID-19 peut être fatale. Des mesures ont rapidement été prises concernant les CHSLD et les résidences privées, notamment en interdisant l’accès aux visiteurs. Mais les locataires âgés des HLM n’obtiennent pas la même attention, constate Robert Pilon, de la Fédération des locataires d’habitations à loyer modique du Québec (FLHLMQ). « On a un système à deux vitesses, affirme M. Pilon. L’ennemi est dans nos murs. Ce n’est pas de la science-fiction, et ni les propriétaires ni les résidants ne sont informés. »

Depuis la semaine dernière, la Société d’habitation du Québec (SHQ), de qui relèvent les 180 offices municipaux d’habitation du Québec, dont l’OMHM, a diffusé des directives afin de freiner la propagation de la COVID-19 : permettre l’embauche d’agents de sécurité pour assurer l’isolement des personnes âgées, procéder à la désinfection des aires communes et instaurer la gratuité dans les salles de lavage afin d’éviter la manipulation de l’argent.

À Québec, Sherbrooke et Trois-Rivières, par exemple, l’accès gratuit aux laveuses et sécheuses est déjà chose faite. Mais pas dans les 600 buanderies communautaires des HLM montréalais. La gestion des 1800 laveuses et sécheuses est confiée à un sous-traitant, la société américaine Coinamatic.

« Pour permettre la gratuité, il faut que notre fournisseur modifie les machines, et il manque de personnel pour le faire à cause de la pandémie. Il n’y a pas de solution simple. On regarde la possibilité de faire la livraison de 25 cents », explique le directeur des communications de l’OMHM, Mathieu Vachon.

Pour ce qui est de l’absence de surveillance des immeubles, M. Vachon la justifie par le fait que tout le monde s’arrache les agents de sécurité à cause de la crise sanitaire actuelle. Il affirme toutefois que la désinfection des aires communes est faite quotidiennement.

Robert Pilon reconnaît que la surveillance des HLM pour personnes âgées est un défi de taille. Le manque d’agents de sécurité sur le marché s’ajoute aux problèmes de santé physique et mentale que l’on retrouve dans les HLM. « Il y a des personnes âgées qui ont développé un déficit cognitif et qui sont encore là. Il y a parfois des gens qui se promènent nus dans les corridors. La quarantaine n’est pas comprise par tous », souligne M. Pilon.

Pour Mario Di Chiaro, le dénominateur commun de tous les problèmes dans les HLM à Montréal, c’est la lenteur bureaucratique. L’homme de 64 ans surveille tout ce qui se passe dans son immeuble. « Les pitons de l’ascenseur sont propres maintenant, mais il va y en avoir, des gens contagieux, avant que ça réagisse pour le reste. D’ici là, il va falloir que je me trouve des 25 cents pour faire mon lavage », dit-il.