(Ottawa) Le gouvernement Trudeau craint comme la peste que la grave crise économique provoquée par la pandémie de la COVID-19 laisse des cicatrices permanentes sur le tissu social canadien. Et cette crainte explique sa décision d’investir massivement et rapidement dans un plan d’aide sans précédent pour soutenir les familles, les travailleurs et les entreprises durement touchés par la crise, affirme le président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Économiste pendant près de 25 ans avant de faire le saut en politique en 2015, M. Duclos joue un rôle de premier plan dans la conception et la mise en œuvre de la réponse du gouvernement fédéral à la crise. Le ministre, qui représente la circonscription de Québec à la Chambre des communes, copréside le comité du cabinet sur la COVID-19 mis sur pied par Justin Trudeau. Il partage la tâche avec la vice-première ministre Chrystia Freeland.

Dans une entrevue accordée à La Presse, le ministre Duclos a soutenu que sans l’intervention musclée du gouvernement fédéral, il y aurait eu des conséquences néfastes qui auraient mis à mal la cohésion de la société canadienne.

« Sans intervention soutenue, il y aurait eu des conséquences économiques majeures. Notre tissu industriel, notre chaîne d’approvisionnement, la compétitivité de nos entreprises auraient été gravement affectés à court et à long terme. Mais il y aurait eu aussi des conséquences sociales », a affirmé M. Duclos.

Car les premières victimes d’une crise d’une telle ampleur, a-t-il pris soin d’ajouter, sont toujours les familles moins bien nanties ainsi que les travailleurs qui ont des emplois précaires et qui ont de la difficulté à joindre les deux bouts chaque mois, a souligné le ministre.

Protéger le contrat social au pays a donc été « un gros facteur » qui a guidé le gouvernement Trudeau dans les prises de décision, a affirmé M. Duclos.

En arrivant au pouvoir en 2015, les libéraux de Justin Trudeau ont bonifié de façon marquée l’allocation canadienne pour enfants et l’ont rendue non imposable. La mesure, mise en œuvre par Jean-Yves-Duclos alors qu’il était ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, a permis d’extirper de la pauvreté près de 1 million de Canadiens, dont 300 000 enfants.

Au passage, cela a permis de réduire les inégalités sociales au pays, tandis qu’elles s’accentuaient encore davantage aux États-Unis, par exemple. Et en temps de crise, les inégalités sociales ont des répercussions « beaucoup plus sérieuses » qu’en situation normale.

Au-delà de la gestion de crise quotidienne, notre défi consiste à préserver le contrat social, l’esprit de corps de la société. Derrière les statistiques économiques et le cours des marchés financiers, il y a des humains, des femmes, des hommes et des familles qui ont droit à la dignité.

Jean-Yves Duclos, président du Conseil du Trésor

« La crise actuelle exacerbe les inégalités sociales et nous avons le devoir de les amoindrir autant que faire se peut, pour le bien-être de tous et de chacun. Parce qu’une fois que nous aurons gagné la bataille, c’est ensemble que nous allons devoir nous relever », a ajouté M. Duclos.

Crise plus grave qu’attendu

En entrevue, le ministre a indiqué que la crise actuelle est nettement plus grave que ce à quoi s’attendait le gouvernement Trudeau au début de l’année. « Au départ, c’était une crise sanitaire qui paraissait éloignée parce que tout a commencé sur un autre continent. On pensait que c’était non seulement éloigné, mais aussi circonscrit », a-t-il dit.

M. Duclos a illustré que la présente crise rassemble les ingrédients de deux autres événements marquants du dernier siècle : la Grande Dépression de 1929 à 1933 et le choc pétrolier de 1973 à 1974.

La Grande Dépression a été causée par une réduction de la demande. Le choc pétrolier a été causé par une réduction de l’offre des pays producteurs de l’or noir. La pandémie de la COVID-19 cause à la fois une réduction de l’offre en raison de la fermeture des entreprises décrétées par les gouvernements et une réduction de la demande en raison du confinement de la population ici et dans de nombreux pays de la planète.

Nous n’avons jamais eu de circonstances semblables dans l’histoire du pays. C’est la première fois que nous avons une combinaison de crises d’urgence sanitaire, d’urgence économique et d’urgence sociale.

Jean-Yves-Duclos, président du Conseil du Trésor

Le ministre a répété le message d’autres ministres depuis le début de la crise : le gouvernement fédéral a la marge de manœuvre financière pour investir massivement et pour atténuer le choc.

« Nous savons que nous avons les moyens d’agir. Mais plus important encore, nous savons que nous n’avons pas les moyens de ne pas agir. Nous sommes en récession, c’est sûr. Ça va être confirmé au cours des prochaines semaines. Mais nous voulons éviter de tomber en dépression. Une récession peut être courte, quelques semaines ou quelques mois. Mais une dépression, ça peut durer des années. »