(Ottawa) Alors que de nombreux pays se livrent une vive concurrence pour obtenir du matériel médical pour protéger les travailleurs du milieu hospitalier durant la crise de la COVID-19, deux provinces – l’Alberta et le Manitoba – ont offert au gouvernement fédéral de remettre le stock qui leur revenait cette semaine aux provinces qui enregistrent une hausse marquée du nombre de personnes infectées par le virus.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Le gouvernement Trudeau entend donc redistribuer l’équipement de protection personnel fabriqué en Chine sur lequel le Canada a pu mettre la main et qui est attendu au cours des prochaines heures aux provinces qui en ont le plus besoin cette semaine, soit le Québec et l’Ontario, a appris La Presse.

« L’Alberta et le Manitoba font preuve d’une grande générosité. Elles nous ont informés qu’elles ont suffisamment de matériel en stock en ce moment et elles sont capables de gérer le nombre de cas d’infection sur leur territoire respectif. Elles ont accepté de reporter les livraisons auxquelles elles ont droit afin de permettre à des provinces comme l’Ontario et le Québec d’avoir le stock dont elles auront besoin cette semaine », a indiqué une source gouvernementale digne de foi.

La Presse accorde l’anonymat à cette source car elle n’avait pas l’autorisation de s’exprimer publiquement sur ce dossier.

Le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, et son homologue du Manitoba, Brian Pallister, ont confirmé l’intention de leur province respective de rediriger l’équipement de protection personnel vers d’autres provinces dont les besoins sont plus criants durant la conférence téléphonique des premiers ministres organisée par Justin Trudeau jeudi dernier.

Publiquement, les deux dirigeants ont décidé de faire preuve de discrétion quant à la générosité de leur province afin de ne pas susciter la colère des Albertains ou des Manitobains, selon nos informations. Tout au plus, Jason Kenney s’est félicité de l’esprit de collaboration qui prévaut entre Ottawa et l’ensemble des provinces.

« J’ai passé beaucoup de temps à travailler avec les premiers ministres des provinces et le premier ministre du Canada sur le plan de la COVID-19. Je suis impressionné par la concertation pour combattre cet ennemi invisible. Je suis aussi touché par la solidarité envers l’Alberta qui encaisse deux coups : la récession causée par la COVID et l’effondrement des prix de l’énergie », a écrit M. Kenney sur son compte Twitter.

Des masques remis au Québec

Il y a une dizaine de jours, le premier ministre de l’Ontario Doug Ford a été la cible de vives critiques dans sa province après que le premier ministre du Québec François Legault l’eut remercié d’avoir expédié 400 000 masques au Québec qui étaient entreposés dans un bâtiment dans la grande région de Toronto.

Or, il se trouve que ces 400 000 masques appartenaient au ministère des Affaires étrangères et devaient être expédiés dans les ambassades du Canada à l’étranger. Selon nos informations, le ministre des Affaires étrangères François-Philippe Champagne est intervenu pour que ces masques soient plutôt envoyés au Québec.

« On voit bien ici que c’est un effort de Team Canada », a souligné une source gouvernementale.

Samedi, M. Trudeau a fait savoir qu’un avion-cargo nolisé avec à bord « des millions de masques » doit arriver au pays d’ici lundi.

M. Trudeau a aussi précisé qu’Ottawa compte à l’avenir noliser des vols de Cargo Jet et d’Air Canada pour ramener le matériel directement au Canada, sans que ces appareils fassent escale dans quelque pays que ce soit.

L’équipement médical qui doit arriver d’ici 24 heures doit être inspecté par les autorités canadiennes avant d’être redistribué. La ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu, a indiqué vendredi dernier qu’un comité consultatif spécial mené par l’administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, et composé des sous-ministres de la Santé des provinces, avait le mandat de veiller à la distribution de l’équipement.

Trudeau veut parler à Trump

Dimanche, le premier ministre Justin Trudeau a indiqué que les pourparlers se poursuivaient entre Ottawa et la Maison-Blanche afin de convaincre le président américain Donald Trump de revenir sur sa décision d’interdire à la société 3M d’exporter vers le Canada et d’autres pays les masques N95.

PHOTO NATHAN DENETTE, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Masque N95 produit par la société américaine 3M

« C’est important de donner le matériel essentiel à nos travailleurs de première ligne, nos travailleurs du système de la santé. C’est pour ça que nous travaillons avec des fournisseurs partout dans le monde pour avoir l’équipement nécessaire et on a confiance qu’on va continuer à recevoir l’équipement nécessaire de partout dans le monde. En même temps, nous travaillons spécifiquement avec le gouvernement des États-Unis pour régler ce petit enjeu », a dit M. Trudeau durant sa conférence de presse quotidienne.

Il a de nouveau écarté l’idée d’imposer des mesures de représailles pour forcer la main à Washington. « Nous savons que c’est dans l’intérêt de nos deux pays de continuer d’assurer que les biens et les services essentiels continuent à traverser notre frontière parce qu’ils traversent dans les deux sens, et ce serait dommage et ça serait pénible pour nos deux pays si on devait interrompre cela. Alors on continue de travailler de façon très constructive avec l’administration américaine et j’ai bien hâte de parler avec le président Trump au bon moment dans les jours à venir. »

Si M. Trudeau opte pour la diplomatie pour régler ce dossier – le réseau CBC a rapporté en fin de semaine que la chef de cabinet du premier ministre, Katie Telford, s’est entretenue avec le gendre du président Trump, Jared Kushner, à ce sujet –, les premiers ministres des provinces ne ratent pas une occasion de fustiger le président.

« En tant que Canadien, je suis insulté de voir l’administration Trump tenter de stopper du matériel médical vital d’être acheminé au Canada. Ce n’est pas dans l’intérêt de qui que ce soit et ce n’est pas une manière de traiter des amis et des voisins quand les choses deviennent difficiles », a laissé tomber le premier ministre albertain Jason Kenney.

Ses collègues de l’Ontario, Doug Ford, et de Terre-Neuve-et-Labrador, Dwight Ball, ont aussi dénoncé la décision de l’administration Trump.

Lancement de la PCU

Les travailleurs qui n’ont plus de revenus à cause de la pandémie pourront commencer à soumettre une demande à l’Agence du revenu du Canada à compter de lundi pour obtenir la prestation canadienne d’urgence (PCU) de 2000 $ par mois. « À partir de demain, vous pourrez vous inscrire au canada.ca. Si vous optez pour le dépôt direct, ça va prendre de trois à cinq jours pour recevoir un premier paiement. Si vous choisissez de recevoir votre prestation par la poste, ça peut prendre jusqu’à dix jours », a souligné le premier ministre Justin Trudeau durant sa conférence de presse quotidienne.

Consultez le site du gouvernement du Canada pour vous inscrire

Appel à la mobilisation

Le gouvernement Trudeau veut mobiliser les bénévoles qui disposent d’une certaine expertise dans le domaine de la santé à travers le pays afin de prêter main-forte aux travailleurs du milieu hospitalier qui sont sur les premières lignes durant la crise de la COVID-19. Le ministère fédéral de la Santé est en train d’établir un inventaire de ces bénévoles spécialisés. Cet inventaire sera fourni aux provinces et aux territoires pour appuyer les médecins et les infirmiers et infirmières, a annoncé le premier ministre Justin Trudeau dimanche. Les personnes intéressées pourront s’inscrire auprès du ministère fédéral jusqu’au 24 avril.

Consultez le site du gouvernement du Canada pour vous inscrire

Les réservistes mieux payés

Les réservistes qui seront rappelés par les Forces armées canadiennes dans le cadre de la crise de la COVID-19 obtiendront le même traitement salarial et les mêmes avantages sociaux que les membres réguliers des Forces armées, a annoncé dimanche le premier ministre Justin Trudeau. Déjà, quelque 24 000 membres des forces régulières et des réservistes sont en état d’alerte pour répondre à une demande des provinces. Des soldats et des véhicules militaires du 33 Groupe Brigade du Canada ont d’ailleurs commencé à se mobiliser en prévision d’une éventuelle intervention en Ontario. Lundi, ils doivent se rendre à la base des Forces canadiennes de Borden.