Des équipes de nettoyage munies d’habits protecteurs pulvérisant à haute pression une solution désinfectante sur l’asphalte, les trottoirs, les immeubles sont devenues monnaie courante en Chine, en Corée du Sud et en Italie, entre autres.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Au Québec, il n’est pas envisagé de désinfecter les rues et le mobilier urbain pour endiguer la propagation du nouveau coronavirus. La question fait débat en France, où certaines communes ont emboîté le pas et mis en place des programmes de nettoyages réguliers près des hôpitaux, des pharmacies, ou encore des supermarchés.

Alors, est-ce souhaitable de désinfecter les rues pour combattre la COVID-19 ?

« Est-ce que les virus qui sont par terre, qui sont sur les trottoirs, contribuent beaucoup à la transmission de la maladie ? », demande Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Selon lui, rien n’indique que c’est le cas. « Actuellement, on n’a aucune donnée qui nous permet de dire que ça contribue de façon substantielle à la transmission, dit-il. En termes d’impact sur la santé, je crois que personne n’est capable de dire si ça donne des résultats. »

Le DDe Serres note que ce sont les contacts rapprochés prolongés qui sont à l’origine du plus grand nombre de cas d’infections secondaires.

« Une fois qu’on a dit ça, les gens peuvent continuer à mettre de l’eau de Javel, mais je ne suis pas sûr qu’on va régler beaucoup de choses avec ça. »

À la Ville de Montréal, la désinfection des lieux publics « n’est pas envisagée présentement », a indiqué mardi la mairesse Valérie Plante. « Il faut mettre les énergies là où c’est le plus efficace. De ma compréhension des échanges que j’ai avec la direction de la santé publique, la meilleure façon de prévenir la propagation du virus en ce moment, c’est de rester chez soi », a-t-elle ajouté.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Valérie Plante

Du côté de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), on note ne pas avoir envisagé le lavage des rues. « L’UMQ n’a pas documenté la chose et ne s’est pas encore prononcée sur cette question, mais nos municipalités membres déploient tous les efforts nécessaires pour limiter la propagation de la COVID-19 et assurer la santé et la sécurité de leurs citoyennes et citoyens », signale Patrick Lemieux, conseiller aux communications et aux relations médias de l’UMQ.

Cette semaine, le DHoracio Arruda a dit lors de son point de presse quotidien qu’il n’était pas question pour le moment de désinfecter le mobilier urbain, notamment les bancs de parcs.

« D’habitude, on ne liche pas les bancs ! », a-t-il lancé pour illustrer son propos.

Débat en France

En France, ces nettoyages ont commencé à plusieurs endroits. Or, la question de la désinfection des rues ne fait pas l’unanimité, ce qui fait que les différentes villes et communes avancent en ordre dispersé.

Lundi, l’association France urbaine, qui regroupe les grandes villes et les métropoles, a demandé une « position nationale » sur un procédé « de bon sens » pour certains, dangereux pour d’autres.

« La désinfection de l’espace public est-elle efficace d’un point de vue sanitaire ? », a demandé l’association en s’interrogeant sur les « conditions techniques à réunir » et les « risques environnementaux induits ».

Sur la Côte d’Azur, de Cannes à Menton, il n’est plus rare de croiser aux aurores des hommes en combinaison blanche intégrale qui pulvérisent, autour des hôpitaux ou des centres commerciaux, une solution fortement diluée d’eau de Javel, censée éliminer virus et bactéries.

À Colmar, dans une des régions françaises les plus touchées par l’épidémie, on traite les abords de pharmacies, des commerces alimentaires, les parvis, les passages souterrains.

« Ça ne peut pas faire de mal et il y a une vertu pédagogique », assure Michel Chapuis, maire de la commune Puy-en-Velay, en insistant sur le « principe de précaution ».

À Paris, la candidate à la mairie Rachida Dati a également demandé à la Ville de ne pas « se priver d’une mesure simple et de bon sens ». L’équipe en place de la maire Anne Hidalgo, qui attend un « avis éclairé », pointe de son côté les « réserves de la part des scientifiques ».

– Avec la collaboration de Kathleen Lévesque et de l’AFP