La crise de la COVID-19 donne une nouvelle vie à l’hôpital Royal Victoria, désaffecté depuis 2015 : deux étages de l’un des plus anciens hôpitaux de la métropole ont été transformés en refuge pour les sans-abri infectés par le coronavirus.

Katia Gagnon
Katia Gagnon La Presse

« Lorsque tu es infecté, qu’est-ce qui se passe si ta vie, c’est de dormir dans une bouche de métro ? Il y avait un risque sanitaire majeur à renvoyer ce type de clientèle dans la rue », explique la docteure Marie-Ève Goyer, spécialiste en dépendances, qui rappelle qu’un millier de sans-abri dorment dans les refuges montréalais chaque soir. Il fallait leur trouver, le temps d’une guérison, un « domicile » temporaire.

Au cours du dernier mois, une équipe médicale a donc imaginé de reconvertir temporairement le vieil hôpital. Deux étages ont été réquisitionnés. On y a aménagé des chambres individuelles avec salle de bains. On y compte actuellement 35 lits, et un premier usager y a fait son entrée cette semaine. Puisque l’unité n’hébergera que des patients atteints, le personnel travaille avec des équipements de protection.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Dre Marie-Eve Goyer et Elaine Polflit de la direction santé mentale et dépendance du CIUSSS Centre-Sud-de-l’île-de-Montréal

C’est une offre totalement nouvelle en matière de soins.

La Dre Marie-Ève Goyer

Tout y a été pensé pour faciliter la vie de cette clientèle souvent réfractaire aux règles. On a sur place une équipe spécialisée dans les dépendances, qui sera en mesure de gérer d’éventuels sevrages. Les chèques d’aide sociale de ceux qui sont prestataires seront acheminés sur place. On est en discussion avec la SPCA pour une garde temporaire des animaux des clients. Ces derniers pourront aller fumer dehors, sous la supervision d’un membre du personnel. Une navette peut aller les chercher dans l’établissement hospitalier où ils se trouvent.

« Il fallait prévoir ce qui arrive si tu isoles quelqu’un qui vit dans la rue et tu l’obliges à rester là. Il fallait gérer les sevrages, les habitudes de consommation, les gens qui n’ont pas de linge, pas de cartes, pas de bouffe, explique la Dre Goyer. Nos usagers ont peur d’être contraints. On essaie de calmer leurs craintes. »