La décision de l’Hôpital général juif de Montréal d’exclure l’accompagnateur durant l’accouchement sème l’inquiétude chez de nombreuses femmes qui donneront naissance sous peu. Elles craignent que cette mesure jugée excessive se répande dans d’autres centres hospitaliers.

Mayssa Ferah
Mayssa Ferah La Presse

Les femmes qui accoucheront à l’Hôpital général juif ne pourront plus être accompagnées de leur partenaire ou d’un proche. Les conjoints n’auront plus accès à la salle d’accouchement et à l’unité de soins post-partum.

La décision a été prise vendredi après la visite du conjoint d’une femme venue accoucher. Atteint de la COVID-19, il présentait des symptômes et mettait à risque le personnel.

Audrey Perreault en est à sa 34e semaine de grossesse. Son quotidien, comme celui de milliers de Québécois, a bien changé depuis le début de la crise. Il continuera de changer. Elle et son conjoint, Nicolas Payne, attendent leur premier enfant pour mai. Ce bébé pourrait naître en plein confinement, ce qui compliquera la tâche des nouveaux parents.

Mme Perreault accouchera à la maison de naissance de Côte-des-Neiges. Si des complications surviennent, c’est à l’Hôpital général juif qu’elle sera transférée. Elle a eu vent de la récente décision de l’établissement et une vive inquiétude s’est emparée d’elle. Se retrouver sans son partenaire à ses côtés ? Être privée du soutien de l’être cher dans ce moment unique ? Avoir l’impression qu’elle va accoucher avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, en croisant les doigts pour qu’il n’y ait aucun pépin ? Inacceptable et inhumain, estime-t-elle.

« Je ne peux pas croire qu’on priverait cet enfant-là des premiers moments avec son père et sa mère. » Elle envisage mal de rester sereine face à une équipe médicale qu’elle n’a jamais vue sans la présence familière de son conjoint au jour J.

« C’est hyper insécurisant d’être enceinte en ce moment. Certaines femmes vivent dans la précarité et le stress. » Dans les circonstances actuelles, un stress de plus, c’est un stress de trop, juge-t-elle.

Si tout va bien, Mme Perreault n’aura pas à accoucher dans la solitude. Elle appréhende toutefois que la décision de l’Hôpital général juif inspire de nouvelles directives plus restrictives au sein du réseau de la santé.

Son conjoint est également interpellé par la situation. Il se voit mal attendre des heures au triage de l’hôpital sans avoir de nouvelles pendant l’accouchement et être exclu d’instants précieux qui ne reviendront jamais.

Protéger le personnel

La mesure adoptée par l’hôpital, qui n’a pas répondu aux demandes d’entrevue de La Presse, vise à protéger le personnel de la santé, plus à risque de contracter le virus et de le transmettre. Une pétition la dénonçant circule actuellement sur l’internet. Elle comptait déjà plus de 60 000 signatures samedi soir.

« Je ne souhaite pas mettre le personnel en danger. J’ai beaucoup de respect pour son dévouement en ces temps difficiles », nuance Mme Perreault. La consigne d’exclure l’accompagnateur est légitime s’il est atteint de la COVID-19. Elle juge tout de même la situation injuste pour les parents asymptomatiques, qui écopent.

« On peut comprendre la décision [de l’hôpital] parce qu’il s’agissait d’une situation très, très, très difficile », a dit la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, en point de presse samedi.

L’Hôpital général juif était extrêmement préoccupé par les risques de contamination, a-t-elle ajouté, et c’est pourquoi la décision a été prise.

Cette intervention n’a pas rassuré Mme Perreault. « Ça laisse en fait une porte ouverte à ce que les autres établissements finissent par prendre la même décision, ce qui forcerait les femmes enceintes à accoucher seules et sans soutien. »