Le soir du 23 ou du 24 mars dernier, au poste de contrôle routier de l’autoroute 40 à Saint-Sulpice, au nord-est de Montréal, une agente a interpellé un camionneur pour une surcharge de marchandise.

Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

Le chauffeur a baissé sa vitre, s’est mis à tousser en direction de la femme, vraisemblablement de façon intentionnelle.

Même si la contrôleuse portait un masque et les gants réglementaires de nitrile, et se tenait à deux mètres du véhicule, elle a été renvoyée à la maison pour une quarantaine préventive de 14 jours.

Une semaine plus tard, le 31 mars, un contrôleur a intercepté un camion à Vaudreuil, parce que le chauffeur parlait au téléphone cellulaire. Lorsqu’il a demandé son permis de conduire au camionneur, celui-ci a toussé sur son permis, l’a léché, l’a frotté sur son visage et l’a tendu au contrôleur, en toussant à répétition dans sa direction.

Le contrôleur n’a pas pris le permis dans ses mains. Il a poursuivi calmement son travail et remis un constat d’infraction. Le contrôleur a toutefois lui aussi été renvoyé à la maison, en quarantaine préventive.

Ces gestes sont vraisemblablement l’œuvre de camionneurs fâchés de s’être fait prendre ou qui tentent d’éviter une contravention, croient les autorités.

Bien que ces comportements ne soient pas courants – et que la collaboration avec les camionneurs et les associations soit excellente –, Contrôle routier Québec et la Fraternité des constables du contrôle routier, qui représente les quelque 300 contrôleurs de la province, les déplorent et craignent qu’ils prennent de l’ampleur.

Tolérance zéro

Une note interne du vice-président de Contrôle routier Québec, Guy Nadeau, envoyée jeudi à tous les contrôleurs et que La Presse a obtenue, fait notamment état d’un camionneur qui s’en prend aux contrôleurs sur les réseaux sociaux.

« [U]n camionneur […] suggérait, via les réseaux sociaux, de transmettre le virus de la COVID-19 aux contrôleurs routiers, en crachant sur les documents qui pourraient être demandés par ceux-ci. Nous tenons à vous informer qu’un enquêteur a été affecté au dossier, et que le camionneur concerné sera rencontré à cet effet », indique M. Nadeau dans cette note interne.

« C’est de l’intimidation. Le transport est très important actuellement pour les denrées essentielles et les équipements médicaux. Il y a une exemption pour ces transports durant la période de dégel. Nous devons continuer notre travail pour la sécurité des usagers de la route, sinon ce sera l’anarchie. On ne peut pas se permettre que des contrôleurs contractent la COVID-19 ou soient envoyés à la maison pour un isolement préventif », affirme Éric Labonté, président de la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec.

Ce sont des situations que nous ne tolérerons pas. Nos agents sont un service essentiel. Nous sommes tous en première ligne, tout le monde est stressé avec la pandémie. Maintenant, lorsqu’un tel évènement se produira, automatiquement, une plainte sera faite à la Sûreté du Québec.

Jonathan Beauvais, coordonnateur provincial aux communications de Contrôle routier Québec

« C’est préoccupant, mais pour le moment, nous n’avons pas d’évènements du genre qui nous ont été rapportés officiellement. Nous conseillons cependant aux contrôleurs de le faire, car il pourrait y avoir des sanctions », affirme le lieutenant Hugo Fournier, de la Sûreté du Québec

Les contrôleurs routiers relèvent de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ). Ils ont les statuts d’agents de la paix et de constables spéciaux. Ils font respecter une douzaine de lois et un ensemble de règlements. Ils font même appliquer certains articles du Code criminel.

Au cours des derniers jours, différents médias ont rapporté des cas d’individus ailleurs au pays qui ont toussé intentionnellement en direction d’un citoyen ou de policiers – en laissant entendre qu’ils avaient contracté la COVID-19 –, et qui pourraient être accusés de voies de fait envers une personne et des agents de la paix.

Des policiers et avocats consultés par La Presse nous ont dit que si un policier présentait un tel dossier à un procureur, celui-ci l’étudierait sûrement.

Mesures supplémentaires

À la suite des évènements cités plus haut, la Fraternité a imposé des consignes aux contrôleurs : demander au camionneur intercepté de demeurer à bord de son habitacle et de baisser sa vitre de quelques centimètres seulement, au-dessus de son nez et de sa bouche, pour permettre d’entendre sa voix sans recevoir de gouttelettes respiratoires.

Depuis le début de la pandémie, les contrôleurs portent des masques lorsqu’ils interviennent auprès d’un camionneur. Ils ont également des flacons de gel antiseptique et des lingettes désinfectantes dans leurs véhicules et leurs locaux. Enfin, des précautions supplémentaires sont prises en ce qui concerne les gants réglementaires de nitrile, après usage.

En plus de leurs interventions habituelles, les contrôleurs assistent actuellement les policiers de la Sûreté du Québec dans des barrages routiers dans la région de Gatineau, en raison de la pandémie de COVID-19.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, ou écrivez à drenaud@lapresse.ca.