Afin d’aider les ressortissants à protéger la santé de leurs proches, Ottawa vient de publier une liste de 265 vols à bord desquels des passagers infectés à la COVID-19 ont voyagé. Dans 35 cas, les avions se sont posés au Québec.

Daphné Cameron
Daphné Cameron La Presse
Sara Champagne
Sara Champagne La Presse

Publiée discrètement sur une page web du site de l’Agence de la santé publique du Canada, cette recension indique même dans certains cas les « rangées affectées ».

Mise à jour quotidiennement, elle risque de s’allonger au cours des prochains jours au fur et à mesure que des ressortissants canadiens recevront des résultats positifs à la COVID-19.

Les 265 vols répertoriés par Ottawa s’étendent du 15 au 27 mars. Dans 177 cas, ils provenaient de l’étranger, surtout de l’Europe et des destinations soleil.

Au Québec, 20 vols internationaux transportant au moins un passager infecté, provenant de diverses destinations, se sont posés sur le tarmac de l’aéroport Montréal-Trudeau durant cette période. Un vol de Fort Lauderdale a atterri à Québec.

Par ailleurs, 14 vols intérieurs en provenance ou à destination d’une ville du Québec ont transporté des passagers infectés.

Sur cette même page, le gouvernement du Canada nomme aussi 10 bateaux de croisière, sur lesquels des Canadiens ont séjourné, où des cas de COVID-19 ont été recensés.

Cinq voyages en train de la société VIA Rail, dont un trajet Toronto-Montréal effectué les 14 et 15 mars, complètent l’inventaire des déplacements au cours desquels le virus aurait pu se propager.

Les voyageurs qui présentent des symptômes de la COVID-19 n’ont plus le droit de monter à bord des avions à destination du Canada ou de prendre des vols intérieurs. Malgré cela, certaines personnes ont pu voyager alors qu’elles étaient asymptomatiques. D’autres ont pu sciemment cacher leurs symptômes lorsqu’elles ont été interrogées par leur compagnie aérienne par peur d’être coincées à l’étranger.

Québec ne fait plus le suivi

Dans les premières semaines de la pandémie, la Direction générale de santé publique du Québec effectuait des enquêtes dites épidémiologiques afin de suivre les éclosions futures chez les personnes assises dans un rayon de 2 mètres environ d’un cas confirmé ou probable. Dans un vol ordinaire, cette distance correspond aux trois rangées de sièges situées à l’avant et à l’arrière de la rangée où s’est manifesté le cas.

Rapidement, Québec a abandonné cette façon de faire. Les personnes qui ont voyagé près d’une personne infectée ne sont donc plus systématiquement averties. La liste publiée par le gouvernement fédéral devient donc la principale manière pour les passagers d’avoir l’heure juste.

« Depuis le 12 mars, plus aucun suivi n’est fait pour les contacts avant et arrière des sièges où se situaient les cas. Ceci est aussi attaché avec le fédéral », a précisé Laura Fitzback, porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, dans un courriel.

Cette décision a été prise en fonction de l’expérience de la recherche des contacts qui seraient devenus des cas confirmés de COVID-19 qui ont été effectués antérieurement à cette date et qui n’a pas démontré de cas chez ces contacts d’avion.

Extrait du courriel du Ministère

Le Ministère n’a pas été en mesure de nous indiquer combien d’enquêtes épidémiologiques de la sorte avaient été menées. À ce moment, il y avait seulement 17 cas confirmés au Québec, le jeudi 12 mars, dont 7 ce jour-là. « Dans un avion, il n’y a pas nécessairement que des personnes résidentes du Québec. Certaines personnes arrivent pour Québec pour prendre une connexion par exemple », a précisé une autre porte-parole du Ministère, Marie-Hélène Émond, dans un courriel de suivi.

« Après le 12 mars, la recherche des contacts sur les vols d’avion internationaux a été cessée, car les mesures recommandées pour ces contacts (soit la surveillance de leurs symptômes et un isolement volontaire de 14 jours suivant le contact à risque) étaient dorénavant la marche à suivre recommandée à tous les voyageurs dans le cadre des mesures gouvernementales mises en place par le Québec. Il n’y avait donc plus lieu de tenter de retracer les contacts avant et arrière des sièges où se situaient les cas », a-t-elle ajouté.

Vol de rapatriement du Pérou

Selon la liste révélée par Ottawa, le 26 mars dernier, des passagers atteints de la COVID-19 ont pris place dans les rangées 2 à 8 du vol d’Air Canada AC2012, assurant le rapatriement de Canadiens coincés au Pérou à cause de la pandémie. Ils ont atterri à Toronto.

Mariana Morin, qui est en isolement volontaire depuis son retour au Québec, croit qu’elle était à bord de cet avion. Elle explique qu’elle n’a pas ressenti de symptômes liés à la COVID-19, mais que sa mère a eu des frissons au retour, un petit rhume, mais qu’elle se sent mieux maintenant.

« Dans l’avion, je n’ai pas eu l’impression que nous étions entourées de personnes présentant des symptômes ; pas de toux, éternuements, etc. Les personnes âgées, plus à risque, semblaient être dans les sièges avant. Je ne peux pas vous dire si c’était voulu. Il y avait une certaine désorganisation dans l’attribution des sièges », a-t-elle affirmé, jointe par courriel.

Pas d’arrêt à l’épicerie

Lors d’un point de presse par vidéoconférence, jeudi, le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a indiqué que la « plus importante » opération de rapatriement au pays se poursuit, dans 30 pays, avec une quarantaine de vols prévus, notamment du Pérou, de la Colombie, du Pakistan, de Trinité-et-Tobago, et de pays d’Afrique. Il a rappelé fermement que les voyageurs ont une obligation d’« auto-isolement » de 14 jours.

« Même pas d’arrêt à l’épicerie », a-t-il prévenu.

Mercredi, Affaires mondiales Canada a confirmé que des plans sont en cours pour rapatrier des voyageurs de l’Inde, à partir du 4 avril, et pour les quatre jours suivants, jusqu’au 7 avril.