La pandémie s’accélère sur l’île de Montréal, qui a annoncé jeudi sa plus forte augmentation en 24 heures de cas de COVID-19. Et une deuxième hausse importante est attendue ce vendredi, ont prévenu les autorités sanitaires.

Kathleen Lévesque
Kathleen Lévesque La Presse

« Nous considérons que nous sommes rendus à un moment où il y a le plus de personnes infectées circulant dans la communauté. C’est important à savoir. C’est pour ça que chaque geste compte », a déclaré jeudi la Dre Mylène Drouin, tête dirigeante de la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal.

Le 1er avril, on comptait 2642 cas d’infection au coronavirus dans l’île de Montréal, soit 480 cas de plus que la veille. Le bilan de la DRSP de Montréal fait état de 149 personnes hospitalisées. De ce nombre, 29 nécessitent des soins intensifs. De plus, 3 décès se sont ajoutés pour un total de 17 à Montréal, soit près de la moitié de toutes les victimes de la COVID-19 au Québec.

Les principaux foyers d’éclosion se situent dans la ville de Côte-Saint-Luc et dans l’arrondissement d’Outremont en proportion du nombre de personnes qui y habitent. On retrouve dans ces deux secteurs de l’île de Montréal une importante communauté juive. « On a déjà fait plusieurs approches auprès de la communauté juive pour s’assurer que les consignes sont bien respectées et s’assurer d’une bonne collaboration. Ce sont des contacts quasi quotidiens », a expliqué la Dre Drouin.

À ses côtés, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a rappelé que « les règles s’appliquent pour tout le monde de la même façon ». 

Il y a une pandémie et il faut protéger l’ensemble de la population.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

Pour ce qui est du personnel soignant, on dénombre 148 travailleurs déclarés positifs à Montréal. C’est presque cinq fois plus qu’il y a une semaine. C’est la raison pour laquelle le personnel soignant fait partie des gens priorisés pour le dépistage.

Les tours de HLM

À Montréal, des tests sont aussi effectués auprès des groupes ou dans des lieux jugés à haut risque de propagation de la COVID-19. C’est notamment le cas des établissements pour personnes âgées. Vingt d’entre eux connaissent actuellement une éclosion de COVID-19.

Jusqu’à maintenant, il a surtout été question des CHSLD et des résidences privées pour aînés. Or, des « interventions rapides » sont maintenant devenues nécessaires dans les tours de HLM pour personnes âgées, dans lesquelles il n’y a aucun contrôle des allées et venues. La Dre Drouin a expliqué que cinq de ces tours appartenant à l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) sont visées. Plusieurs cas d’infection y ont été détectés.

L’OMHM gère 135 tours logeant quelque 11 000 personnes âgées de plus de 60 ans. Selon le directeur des communications de l’OMHM, Mathieu Vachon, l’organisme n’avait pas été informé de cas de contamination. Il affirme que les aires communes sont désinfectées tous les jours, que les salles communautaires ont été fermées et que les consignes de la Santé publique ont été affichées dans les immeubles.

M. Vachon précise toutefois que chacun des 6700 résidants de plus de 70 ans a été appelé pour s’assurer de son bien-être. « Des gens nous sont apparus fragiles. On fait un suivi pour éviter la détresse que la situation provoque », a-t-il indiqué.

Situation maîtrisée

Malgré les ravages de la pandémie, la Dre Drouin soutient que la situation est maîtrisée. Et il n’est toujours pas question de mettre Montréal en quarantaine.

Les statistiques actuelles correspondent aux estimations faites par l’équipe d’experts de la DRSP. « Le virus est probablement à son plein potentiel en circulation dans la communauté », affirme Mylène Drouin.

Selon elle, le retard dans l’analyse en laboratoire des tests effectués au cours des derniers jours explique, en partie du moins, la hausse importante du nombre de cas. Un manque de produit réactif a ralenti le processus, ce qui devrait maintenant être réglé, a-t-elle précisé.

Dès qu’on aura davantage de capacité de dépistage, soyez sûrs qu’on va l’élargir à l’ensemble de la population.

La Dre Mylène Drouin,  directrice régionale de santé publique de Montréal

Par ailleurs, les Montréalais présentant des symptômes de COVID-19 seront invités à faire une autodéclaration à compter de vendredi par l’entremise d’un site web qui sera mis en ligne par la DRSP. Cela va également permettre aux équipes qui font les enquêtes épidémiologiques de suivre la propagation du virus.

Après la sensibilisation, les sanctions

Chose certaine, Montréal se trouve sur la pente ascendante de la pandémie, ce qui nécessite un changement de ton. Jeudi, la Dre Drouin était accompagnée de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, et de Line Carbonneau, directrice adjointe du Service de police de la Ville de Montréal.

Les forces policières seront plus présentes dans au moins six grands parcs, tous au cœur de l’île, parmi les quartiers les plus densément peuplés. Des constats d’infraction seront remis (amendes de 1000 $ à 6000 $). Six amendes ont déjà été données, a indiqué Mme Carbonneau. Après la sensibilisation et les avertissements, l’heure est aux sanctions, a-t-elle affirmé.