(Ottawa) « Ce serait une erreur » que les États-Unis ferment le robinet sur l’exportation de masques vers le Canada, a réagi Justin Trudeau, vendredi.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Gabriel Béland Gabriel Béland
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« Il y a des produits médicaux qui vont dans les deux sens à travers notre frontière et ce serait une erreur pour nos pays d’en limiter l’accès », a affirmé le premier ministre, évoquant aussi les « milliers d’infirmières qui travaillent à Detroit chaque jour et dont les Américains dépendent ».

« On est en train de travailler avec les États-Unis pour qu’ils comprennent ce que nous, on sait très bien déjà; c’est que les échanges entre le Canada et les États-Unis vont dans les deux sens », a-t-il soutenu lors de sa conférence de presse quotidienne, vendredi.

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

Justin Trudeau

« On est en train de travailler avec les États-Unis pour qu’ils comprennent ce que nous, on sait très bien déjà; c’est que les échanges entre le Canada et les États-Unis vont dans les deux sens, particulièrement pour les biens essentiels et pour le personnel médical », a-t-il soutenu.

Le premier ministre n’a signalé aucune intention de riposter si le locataire de la Maison-Blanche ne faisait pas marche arrière. Il a laissé entendre que cela pourrait se produire, comme l'a fait un peu plus tard sa vice-première ministre, Chrystia Freeland.

« On travaille fort pour les envois de 3M », a-t-elle dit, sans vouloir elle non plus trop hausser le ton à l'endroit de l'administration Trump, même si elle a reconnu que la relation avec le voisin du sud posait des défis encore plus grands en temps de pandémie mondiale.

Puis, elle a ajouté ceci: « Ça ne devrait pas être étonnant que face à une pandémie globale, tous les pays sont dans une situation d'urgence, une situation de crise. Et dans une crise mondiale, c'est normal d'avoir des enjeux entre des pays. »

« Nous avons frappé 3M durement », tweete Trump

L'entreprise américaine 3M a causé la surprise en déclarant par voie de communiqué, vendredi vendredi, que la Maison-Blanche avait exigé qu’elle cesse d’exporter des masques N95 au nord de la frontière.

« L’administration a exigé que 3M cesse d’exporter des respirateurs que nous fabriquons aux États-Unis vers les marchés canadien et latino-américain », a révélé la multinationale en matinée.

« Il y a cependant des implications humanitaires importantes à cesser l’exportation de respirateurs aux travailleurs de la santé au Canada et en Amérique latine, où nous sommes un fournisseur critique de respirateurs », s’inquiète 3M.

À noter que 3M appelle ses masques N95 des « respirateurs ». Il s’agit de la même chose, soit d’un masque qui filtre des particules extrêmement fines et qui est particulièrement utile dans la lutte contre la COVID-19.

La réponse de 3M survient au lendemain d’une sortie du président Donald Trump. Sur Twitter, il s’en est pris à l’entreprise jeudi soir : « Nous avons frappé 3M durement après avoir vu ce qu’ils faisaient avec leur masque », a écrit le président des États-Unis.

Celui-ci indiquait aussi que l’entreprise avait été frappée par le « P Act ». Il s’agit du Defense Production Act (DPA), une loi qui remonte à la Guerre de Corée. Elle permet à l’administration d’imposer certaines choses aux manufacturiers, par exemple le type de produits qu’ils produisent en priorité.

Les États-Unis ont par exemple demandé que 3M importe davantage de masques N95 de ses usines à l’étranger. « Cette semaine, nous avons garanti de la Chine l’exportation vers les États-Unis de 10 millions de respirateurs N95, fabriqués par 3M en Chine », ajoute l’entreprise dans son communiqué.

De plus, selon ce qu’ont rapporté les médias allemands, les États-Unis auraient aussi confisqué à l’aéroport de Bangkok, en Thaïlande, des centaines de milliers de masques produits dans une usine chinoise de 3M qui avaient été commandés par le service de police de Berlin.

Les autorités de la métropole ont qualifié ces actes de « piratage des temps modernes » et exhorté la chancelière Angela Merkel à interpeller les États-Unis, toujours d’après les informations en provenance de journalistes de l’Allemagne.

3M met en garde Washington

Dans son communiqué, 3M se montre très réticente à l’idée de cesser ses livraisons au Canada. Mais l’entreprise peut-elle résister à l’ordre de Washington ?

Un mémo de la Maison-Blanche publié jeudi laisse entendre que l’entreprise a les mains liées. Le secrétaire à la Sécurité intérieure « doit utiliser toute l’autorité prévue sous l’Acte pour acquérir, de tout subsidiaire ou affilié de 3M, le nombre de respirateurs N95 jugé approprié ».

Mais l’entreprise met en garde Washington. Agir de la sorte pourrait engendrer une réplique des autres pays.

« Cesser l’exportation de respirateurs produits aux États-Unis pousserait probablement d’autres pays à répliquer et à faire la même chose, écrit sans détour 3M dans son communiqué. Certains ont déjà commencé à le faire.»

« Si cela se produisait, le nombre de respirateurs disponibles aux États-Unis serait réduit en vérité. C’est l’inverse de ce que nous et l’Administration, pour le compte du peuple américain, recherchons tous les deux. »

L’armée dans le Nord québécois

Le premier ministre a par ailleurs annoncé qu’il avait répondu positivement à une demande de Québec d’envoyer les Forces armées canadiennes afin de prêter main-forte aux communautés nordiques et isolées.

« Je peux donc confirmer que les Forces armées seront là pour les Québécois comme pour tous les Canadiens », a-t-il indiqué en conférence de presse.

Dans une lettre envoyée à son homologue fédéral Bill Blair, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, « demande l’aide des Rangers des Forces armées canadiennes pour soutenir le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) dans la mise en place de zone de dépistage et d’investigation de la COVID-19 dans les communautés nordiques ».

Les Rangers sont déjà présents sur le territoire, car ils ont pour mandat d’assurer une présence militaire dans les régions isolées du Canada comme le Grand Nord.

Ottawa s’entend avec Amazon

Ottawa a conclu une entente avec Amazon Canada pour acheminer du matériel médical aux provinces et aux territoires. « Amazon utilisera son grand réseau de distribution pour assurer la livraison d’équipement médical là où on en a le plus besoin », s’est réjoui le premier ministre en conférence de presse.

- Avec Tommy Chouinard à Québec