Les employés du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) demandent d’avoir accès plus facilement aux tests de dépistage de la COVID-19 et même d’être testés à titre préventif une fois par semaine. Mercredi, Québec a dit être en train de modifier ses politiques de test.

Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

Dans une lettre destinée au directeur national de santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda, et obtenue par La Presse, le Syndicat des employés du CUSM affirme que « le protocole qui détermine qui doit être testé et quand […] nous apparaît beaucoup trop réactif, alors que pour combattre cet ennemi sournois qu’est la COVID-19, il faut être préventif et proactif ».

Le président du syndicat, Robert Lagueux, explique que pour être testé actuellement à Montréal, il faut présenter au moins un des symptômes de la COVID-19 (toux, fièvre, difficultés respiratoires, perte soudaine de l’odorat en l’absence de congestion nasale).

« Mais on peut être contagieux et ne pas présenter de symptômes », rappelle M. Lagueux, qui représente les 4500 préposés aux bénéficiaires et employés de l’entretien ménager, des cuisines et de l’administration du CUSM.

M. Lagueux souligne que plusieurs employés ne peuvent respecter la distanciation de deux mètres sur leur lieu de travail.

On a eu un employé aux cuisines qui a eu un résultat positif à la COVID-19. On a demandé que tous les employés de la cuisine soient testés, mais on s’est fait dire non.

Robert Lagueux, président du Syndicat des employés du CUSM

Selon M. Lagueux, en n’élargissant pas les tests de dépistage, des gens contagieux mais asymptomatiques peuvent contaminer des collègues et des patients pendant plusieurs jours.

« Un protocole de tests plus proactif nous permettrait d’intercepter plus de cas de contagion plus rapidement », écrit le syndicat.

Président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), Jeff Begley appuie cette proposition et a même contacté le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) à ce sujet. Il s’est fait répondre que de tester un patient avant que les symptômes n’apparaissent entraîne trop de faux résultats.

« Je ne suis pas un expert. Mais en France, pour les tests faits préventivement, il y a environ 40 % de faux résultats. Mais pour les employés qui reçoivent un faux positif, le pire qui arrive, c’est qu’ils s’isolent pour rien. Et pour ceux qui reçoivent un faux négatif, ils restent au travail. Mais s’ils n’avaient pas été testés, ils seraient restés de toute façon. Au moins, ça fait 60 % de gens avec de vrais résultats qui peuvent être interceptés très tôt, avant qu’ils ne contaminent plein de gens », raisonne M. Begley.

Critères variables de dépistage

Alors qu’à Montréal, les personnes qui présentent un des symptômes de la COVID-19 peuvent être testées dans les centres de dépistage, dans d’autres régions, dont l’Estrie, il faut avoir voyagé ou avoir été en contact avec un voyageur pour obtenir le test.

Au MSSS, on explique que depuis deux semaines, « les critères de dépistage ont été élargis pour inclure notamment les patients hospitalisés et les professionnels de la santé en contact direct avec les patients. » « Cette priorisation a pour objectif de réaliser les tests plus rapidement pour les patients hospitalisés et les membres du personnel hospitalier et de santé, car ces cas peuvent avoir un grand impact sur l’éclosion, écrit le MSSS. Ces nouvelles orientations seront donc mises en place à court terme ».

En conférence de presse mercredi après-midi, le premier ministre François Legault a dit être « en train de changer un peu les personnes qu’on veut tester ». « On veut se concentrer sur le personnel de la santé, sur les gens qui sont hospitalisés. Donc, on est en train de changer… », a-t-il déclaré.

Le Dr Arruda a expliqué que des priorités de tests avaient été établies au début de la pandémie « en fonction de l’épidémiologie qu’on avait ». « On a beaucoup mis d’emphase sur les voyages au début […] parce que c’était là qu’étaient les cas qu’on risquait d’avoir, a-t-il indiqué. Maintenant, on va mettre des priorités différentes, comme l’a dit le premier ministre, notamment les travailleurs de la santé, etc., parce qu’on veut s’assurer qu’ils ne sont pas infectés et qu’ils aillent infecter des milieux. »

Ces priorités pourront même être ajustées au fur et à mesure que l’épidémie évoluera, a dit le Dr Arruda. Les gens vivant sous le même toit qu’une personne ayant reçu un diagnostic positif à la COVID-19 pourraient par exemple être automatiquement considérés comme des cas confirmés dès qu’elles présentent des symptômes de la maladie. Elles n’auraient plus à passer de test de dépistage. Ces cas seraient donc confirmés « par lien épidémiologique », et non pas par laboratoire, a expliqué le Dr Arruda.

Les modifications des critères d’accès aux tests de dépistage varieront en fonction des différents territoires. « On va avoir ce qu’on appelle maintenant une prescription de test en fonction de l’épidémiologie locale », a résumé le Dr Arruda.

Celui-ci n’a pas écarté l’idée de tester un jour des gens asymptomatiques. Mais « là, on n’est pas là », a dit le Dr Arruda.

Pénurie de réactifs ?

Dans un article publié le 21 mars, La Presse mentionnait qu’une pénurie de réactifs, soit des produits utilisés dans les tests de dépistage de la COVID-19, guettait le Québec.

Hier, le premier ministre François Legault a dit suivre le dossier de près. « Là aussi, c’est serré », a-t-il dit.

En réponse à une question sur la réserve de réactifs en ce moment au Québec pour faire les tests de dépistage de la COVID-19, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a demandé à La Presse de faire une demande d’accès à l’information.

Cette pénurie de réactif qui se profile à l’horizon inquiète M. Begley de la FSSS-CSN. « Si tout était disponible, je pense qu’on devrait tester plus massivement les travailleurs. Mais là, on voit que ce ne sera peut-être pas possible », dit-il.