Les entrepreneurs québécois qui tentent d’importer des masques de Chine doivent maintenant composer avec un stress supplémentaire : la crainte que leurs commandes n’arrivent jamais à destination.

Nicolas Bérubé
Nicolas Bérubé La Presse
Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

Les importateurs de masques sont sur leurs gardes depuis que des médias français ont rapporté que du matériel médical fait l’objet de détournement. Les États-Unis auraient par exemple acheté avec de l’argent comptant sur le tarmac d’un aéroport en Chine une cargaison de matériel qui était destiné à la France.

« [Mardi] matin sur le tarmac [de l’aéroport], en Chine, une commande française a été achetée par les Américains cash, et l’avion qui devait venir en France est parti directement aux États-Unis, a dit Renaud Muselier, président de l’Association des régions de France, à la chaine RT France. Devant ces problèmes, je suis en train de sécuriser la marchandise de façon à ce […] qu’elle ne soit pas saisie ou achetée par d’autres. »

Le gouvernement américain a catégoriquement démenti jeudi avoir acheté à la Chine des masques destinés à la France.

« Le gouvernement des États-Unis n’a acheté aucun masque qui devait être livré par la Chine à la France », a indiqué à l’AFP un haut responsable de l’administration américaine.

« Les informations affirmant le contraire sont complètement fausses », a ajouté ce responsable sous couvert d’anonymat.

En point de presse jeudi, le premier ministre du Québec François Legault a dit que la question de l’approvisionnement à l’étranger pour l’équipement de protection pouvait être épineuse en raison de la forte compétition internationale.

« C’est vrai que ça joue dur dans certains pays… On joue nous aussi selon les règles du jeu, ça veut dire que des fois, il faut arriver avec de l’argent comptant, il faut avoir des policiers, des gens qui suivent le transport… On fait tout ce qu’on peut pour que les commandes qu’on passe se rendent jusque dans nos hôpitaux ici au Québec », a dit M. Legault, ajoutant que les équipements actuellement en stock dans les différents centres hospitaliers du Québec dureraient environ sept jours au rythme actuel.

« On touche du bois »

L’entreprise montréalaise PixMob, qui tente de faire venir des milliers de masques N95 au Canada, dit que jusqu’ici, le processus se déroule bien.

« On se croise les doigts, explique Simon St-Germain, directeur du marketing chez PixMob. Avec notre fournisseur en Chine, la communication est bonne. Maintenant, ce qu’on semble comprendre, c’est que dans certains cas ça se complique lorsqu’on approche de l’aéroport. Alors, on touche du bois. »

Le problème que vivent les gens et les entreprises qui veulent faire venir des masques, c’est qu’elles ne sont souvent pas sur le terrain, dit-il.

« Nous, on est tributaires de la chaine d’approvisionnement. On n’est pas là. Est-ce que les gens qui nous approvisionnent vont avoir les mêmes embuches que tout le monde a à l’international en ce moment ? On ne peut pas le prévoir. »

Jeudi, le premier ministre Justin Trudeau a dit que gouvernement canadien a une « grande préoccupation » par rapport aux informations voulant que du matériel médical fasse l’objet de détournements.

« On va faire des suivis » afin que l’« équipement destiné au Canada arrive au Canada », a affirmé le premier ministre lors de sa conférence de presse quotidienne à sa maison de Rideau Cottage.

Se voulant rassurant, le premier ministre a annoncé que plus d’un million de masques étaient arrivés mercredi dans un entrepôt de Hamilton, en Ontario. Des centaines de milliers de protecteurs faciaux ont aussi été commandés à la compagnie Bauer, a-t-il signalé.