Les pharmaciennes enceintes qui voient des clients ont maintenant droit au retrait préventif, mais seulement dans les régions où a été formellement identifiée une transmission communautaire de la COVID-19.

Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

« Vendredi après-midi l’INSPQ a émis des nouvelles recommandations pour la réaffectation de toutes travailleuses enceintes », dit Sophie Châtillon, une pharmacienne enceinte de 18 semaines de Blainville qui travaille dans une grande bannière de la région. « Pour les pharmaciennes enceintes, nous devons être à deux mètres en tout temps des clients et employés. »

Après deux semaines de tentatives infructueuses, Mme Châtillon a donc pu obtenir son retrait préventif. « Donc vendredi la CNESST a conclu une entente avec mon employeur. Je ferai 15 h /semaine de travail dans un bureau fermé et le restant de mes heures seront compensées par la CNESST. J’ai reçu beaucoup de messages de collègues enceintes. Pour la plupart la CNESST semble avoir accepté leur dossier. Par contre j’ai quelques collègues travaillant dans la région de Lanaudière qui me disent que la santé publique ne les considère toujours pas à risque car "il n’y a pas assez de transmission communautaire" dans cette région. »

Nicolas Bégin, responsable des communications à la CNESST, confirme cette information. « La reconnaissance de la transmission communautaire, continue ou non, relève de la santé publique, dit M. Bégin. Pour traiter les demandes de retrait préventif, la CNESST s’en remet aux recommandations de la santé publique. »

La semaine dernière dans la revue JAMA Pediatrics, une étude sur 33 patientes enceintes infectées par la COVID-19 en Chine n’a pas relevé de complications plus fréquentes.

Minh-Tâm Trân, directeur général de l’Association des pharmaciens professionnels salariés, indique que cela pose problème parce qu’il y a parfois un délai de quelques jours entre le début de la transmission communautaire et sa reconnaissance formelle. « En plus, il y a des gens qui sont revenus récemment de voyage et qui ne respectent pas nécessairement les consignes de rester en quarantaine à la maison », dit M. Trân.

Une pharmacienne enceinte de 33 semaines de Rawdon, Judith Richard, a contacté La Presse pour témoigner d’un refus de la CNESST. « L’infirmière de la santé publique, m’a téléphoné ce matin, le 31 mars, pour me dire que je n’étais pas éligible au retrait préventif car il n’y avait pas assez de transmission communautaire dans ma région, dit Mme Richard. Elle me dit que le directeur national de santé publique du Québec n’a pas encore décrété qu’il y avait une transmission communautaire soutenue de la COVID-19 dans la population québécoise ! Elle me dit que pour le moment on doit respecter la distanciation sociale et porter des gants. Je lui réponds que c’est impossible pour nous de respecter le deux mètres entre collègues, car il n’y a pas assez d’espace dans un laboratoire, nous sommes environ une quinzaine d’employés à travailler dans le laboratoire en plus des clients qui comme Mme Châtillon l’a si bien dit nous tousse dessus. »

Mme Châtillon a l’impression que les pharmaciennes enceintes sont « sacrifiées ». « Tout le monde est vague quand il s’agit des travailleuses enceintes, car s’il y a prise de position ferme le réseau perdrait trop de bras. »