Les sociétés de transport collectif de l’ensemble du pays vont perdre un total d’environ 400 millions chaque mois en revenus des passagers en raison de l’effondrement de l’achalandage et des mesures de confinement destinées à limiter la propagation de la COVID-19, d’un océan à l’autre.

Bruno Bisson Bruno Bisson
La Presse

L’Association canadienne du transport urbain (ACTU), qui regroupe plus de 100 sociétés de transport collectif au pays, a lancé mercredi après-midi un appel à l’aide au gouvernement fédéral afin qu’il compense ces pertes de revenus, et que les exploitants puissent continuer à « assurer le transport des travailleurs essentiels et à aider les gens à vaquer à leurs occupations quotidiennes de première nécessité ».

En plus de cette aide fédérale, l’ACTU demande au gouvernement Trudeau de créer un fonds de réserve « immédiat et urgent » de 1,2 milliard afin d’aider les sociétés de transport à parer à des besoins urgents de liquidités, alors que l’achalandage des réseaux de bus, de trains et de métro a fondu partout au pays de 80 à 90 %.

« Les dirigeants de plusieurs sociétés de transport nous disent qu’ils entrevoient des problèmes de liquidités sur un horizon de seulement quelques semaines », affirme le PDG de l’ACTU, Marco D’Angelo, joint par La Presse mercredi.

Du jamais vu

« Il faut bien comprendre qu’on n’a jamais assisté à un phénomène semblable, dit M. D’Angelo. Nos revenus d’exploitation sont simplement disparus, l’achalandage s’est complètement effondré. Et en ce moment, on ne sait pas combien de temps va durer la pandémie, combien de temps les gens vont devoir rester confinés chez eux, ni combien de temps nous allons continuer d’opérer, virtuellement sans revenus ? »

C’est pour cela que l’ACTU demande la création de ce fonds d’aide immédiate de 1,2 milliard, « en attendant que le gouvernement fédéral soit disposé à compenser nos revenus d’exploitation perdus. Ça pourrait prendre un certain temps avant qu’un programme soit développé en ce sens, et c’est pour cela que nous trouvons prudent de prévoir un fonds d’urgence ».

L’ACTU estime que jusqu’à 40 % des réseaux de transports du pays pourraient avoir besoin de financement provisoire pour assurer leurs services dans les prochains mois, à travers le pays.

Dans la métropole

Dans la région de Montréal, ce ne sont plus les sociétés de transport qui encaissent les revenus de vente de leurs titres et billets depuis la réforme de la gouvernance des transports collectifs, en 2017. La totalité des revenus en provenance des usagers de la Société de transport de Montréal (STM), du Réseau de transport de Longueuil (RTL), de la Société de transport de Laval (STL) et du réseau exo, responsable des trains et des autobus de banlieue, sont aujourd’hui redirigés vers une entité qui chapeaute l’ensemble de leurs activités : l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM).

C’est l’ARTM qui détermine ainsi les niveaux de service que doivent offrir chacun de ces transporteurs, et qui finance leurs activités en fonction d’une grille de critères d’une effroyable complexité.

Dans son budget de 2020, rendu public en décembre, l’ARTM prévoyait des revenus totaux de près de 2,7 milliards pour l’année en cours, dont 968 millions (ou 36 %) provenant des usagers. Une moyenne d’un peu plus de 80 millions par mois, qui pourrait représenter le manque-à-gagner prévisible dans les finances de l’Autorité d’ici la fin de la « pause » du 13 avril, ordonnée par le premier ministre Legault.

À l’ARTM, le porte-parole Simon Charbonneau a estimé « qu’il est encore trop tôt pour évaluer précisément l’impact des pertes d’achalandage, qu’on estime entre 70 % et 85 %, semblable à ce qu’on voit partout ailleurs au pays ».

« Au quotidien, dit-il, la priorité de l’ARTM est de soutenir exo, le RTL, la STL et la STM pour qu’ils maintiennent le service opérationnel en minimisant les risques pour la santé des clients, des employés, des partenaires et des fournisseurs. »

« En maintenant un certain niveau de service, poursuit M. Charbonneau, dans le respect des mesures sanitaires exigées par le gouvernement du Québec, l’ensemble des intervenants en transport collectif seront mieux préparés à la reprise de l’activité économique au sortir de l’état d’urgence sanitaire afin d’accompagner les citoyennes et les citoyens de la région métropolitaine de Montréal vers une reprise des activités. »

« Toutefois, admet-il, nous travaillons aussi à un plan de reprise afin d’être prêts à toute éventualité ».

Dès la semaine dernière, l’ARTM faisait savoir qu’elle menait des discussions avec les sociétés de transport relativement à un possible remboursement partiel des titres de transport mensuels de mars, qui sont restés en grande partie inutilisés durant la moitié du mois, qui s’est achevé hier.

Dans l’immédiat, l’ARTM tentera aussi d’évaluer « comment aider les abonnés dont le paiement des titres se fait automatiquement, et a déjà été prélevé pour le mois d’avril », alors qu’une grande partie des usagers ne l’utiliseront pas.

Et le désinfectant ?

Selon l’Association canadienne du transport urbain (ACTU), plus des deux tiers des sociétés de transport du pays consultées relativement aux impacts de la COVID-19 sur leurs activités, ont exprimé un problème préoccupant d’accès à des désinfectants et de l’équipement de protection pour leurs employés.

L’ACTU affirme dans son communiqué que 70 % des transporteurs s’interrogent par rapport à la disponibilité de ces produits, dont la demande risque de grimper de façon significative dans les prochains mois. Avec une facture imprévue, et imprévisible, qui viendra avec, et que les quelques 100 sociétés de transport membres de l’ACTU espèrent voir absorbée par Ottawa.

Dans ses demandes d’aide au gouvernement fédéral, l’ACTU réclame ainsi que les réseaux de transports collectifs « soient ajoutés à la liste prioritaire des secteurs qui reçoivent ces produits » dans l’éventualité où leur approvisionnement serait rationné, en situation d’urgence.