Ce sont nos « anges », ne cesse de répéter le premier ministre François Legault. Chaque jour, ils sont au front dans la guerre à la COVID-19. Pour décrire leur quotidien, La Presse vous présentera de façon régulière le témoignage d’un membre de l’équipe soignante de « l’hôpital dans l’hôpital », une section bâtie pour les patients infectés par le coronavirus à l’hôpital Notre-Dame. Voyage sur la ligne de feu de la pandémie.

Katia Gagnon Katia Gagnon
La Presse

Ces jours-ci, l’atmosphère à l’hôpital Notre-Dame semble irréelle. L’hôpital est déserté. Les urgences semblent sommeiller. Tout le monde attend.

Tout le monde attend la vague.

Et la vague, à Notre-Dame, elle arrivera ici, à la « zone COVID », la section réservée aux patients atteints de la COVID-19 érigée à même les vieux murs de l’hôpital.

« Il y a une fébrilité, un calme anormal dans l’hôpital. C’est la métaphore du tsunami qui décrit le mieux ce qu’on vit actuellement. On est dans le retrait des eaux, avant la vague », résume le docteur Vincent Bouchard, chef d’orchestre de cette zone COVID.

À la porte, une affiche rouge vif établit la situation pour le visiteur : « Zone à haut risque. Équipement de protection obligatoire. » Sur la seconde porte, deuxième affiche, toujours en rouge vif : « Zone COVID. Entrée condamnée. » Pour accéder à l’hôpital COVID, il y a des ascenseurs réservés. Des salles de radiologie, d’endoscopie, un bloc opératoire, tous réservés aux patients atteints de la COVID-19. Et partout, on entend le grondement sourd des pompes à pression négative, qui empêchent le virus de se disperser ailleurs dans l’hôpital.

PHOTO FOURNIE PAR LE DR VINCENT BOUCHARD

La « zone COVID » de l’hôpital Notre-Dame accueille les patients infectés par le coronavirus.

Se tenir prêt

Ce qu’on a décrit comme « l’hôpital dans l’hôpital » a ouvert officiellement ses portes lundi, avec l’admission des deux premiers patients. Deux personnes qui n’ont pas développé de forme grave de la COVID-19, mais qui, néanmoins, « sont assez mal en point pour ne pas être en mesure de retourner chez elles », résume le DBouchard.

L’ouverture de cette section vouée à la lutte contre le coronavirus dans un hôpital communautaire comme Notre-Dame indique que le réseau hospitalier montréalais est passé en phase trois. Ce ne sont plus strictement des hôpitaux spécialisés qui accueillent des patients infectés. Les hôpitaux comme Notre-Dame envoient encore les cas très graves ailleurs, mais lors de la phase ultime, celle qu’on devrait atteindre dans les prochains jours, ils garderont tous leurs patients, y compris les plus atteints.

Et à Notre-Dame, on est prêts. « Autant qu’on puisse l’être dans une situation exceptionnelle qui survient une fois [tous les] 100 ans », dit le Dr Bouchard. Une trentaine de lits sont actuellement ouverts dans la zone COVID, 16 aux soins intensifs. Mais si le tsunami déferle avec force, on pourra en ouvrir plus de 140.

PHOTO FOURNIE PAR LE DR VINCENT BOUCHARD

Soignants revêtus de la tenue de protection

Les deux premiers patients admis ont permis au personnel de s’accoutumer à la tâche inédite de prodiguer des soins aux patients atteints de la COVID-19. Le plus exigeant, dit Vincent Bouchard, ce sont les étapes d’habillage et de déshabillage. Sept ou huit pièces d’équipement doivent être revêtues par quiconque entre dans l’unité. Le résultat est une tenue qui ressemble à un scaphandre d’astronaute.

C’est inconfortable. Il fait chaud. Quand vous avez ça sur le dos, il n’y a pas de pause-café. On ne peut pas se gratter le nez. On ne peut pas aller aux toilettes. On ne peut pas répondre à son cellulaire. Il y a mille habitudes à changer.

Le Dr Vincent Bouchard, à propos de la tenue qu’enfile le personnel soignant

Mais l’étape cruciale, celle à laquelle les soignants devront consacrer chaque once de leur attention, c’est celle du déshabillage. « Il faut tout enlever dans la bonne séquence et de la bonne façon pour ne pas se contaminer. Tout l’équipement est considéré comme contaminé. » Et qu’est-ce qu’on enlève en premier ? « Les gants. C’est le morceau le plus « chaud » de tout cet habillage. » Les mains doivent être désinfectées entre chaque morceau enlevé.

« Contenir les risques de contamination »

Pour être certains que chaque infirmière, chaque préposé se dévêtira correctement, tous les déshabillages se déroulent dans une salle tapissée de miroirs sur trois côtés. Les soignants sont supervisés par un « agent de déshabillage », qui énonce pour chaque personne qui se présente à la station de déshabillage les étapes pour se dévêtir.

« Quand on est fatigués, après un quart de travail prenant, c’est facile de faire des erreurs. En mettant ce système en place, on essaie de contenir les risques de contamination au déshabillage. C’est là que les gens courent le plus grand risque. »

Ont-ils peur, les « anges », de ce tsunami qui s’apprête à déferler sur eux ? « Oui, il y a des craintes, répond franchement Vincent Bouchard. Il y a des gens que ça rend plus nerveux de travailler dans une unité COVID. La crainte qui prédomine, c’est celle d’être contaminé. »

Plusieurs soignants qui ont une famille se sont d’ailleurs placés en isolement, hors de leur domicile, pour éviter tout risque de contaminer leurs proches. Et aussi pour se concentrer sur ce marathon à venir. « Le travail va devenir très exigeant physiquement et émotivement. Il faut parfois se couper du reste du monde pour passer à travers. »