Isolement, angoisse de la maladie et mort d’amis, voilà désormais le quotidien des habitants de la résidence de Lavaltrie. La Presse s’est entretenue avec certains d’entre eux.

Gabrielle Duchaine Gabrielle Duchaine
La Presse

L’éclosion de COVID-19 n’est toujours pas maîtrisée à la résidence EVA de Lavaltrie. Dans la nuit de samedi à dimanche seulement, quatre ambulances ont été dépêchées sur les lieux pour secourir des malades, a appris La Presse. En tout, 30 personnes sont infectées, dont 10 sont à l’hôpital, indique la Santé publique de Lanaudière.

« Ce n’est quand même pas facile. »

Au bout du fil, Lisette Gaboury cherche son air.

« Je ne vous parlerai pas longtemps parce que je veux me remettre », souffle la femme de 75 ans.

La nouvelle est tombée il y a quelques jours. Elle a le coronavirus.

Mme Gaboury craignait depuis plus d’une semaine d’avoir été contaminée.

À la table où elle avait l’habitude de prendre ses repas, à la salle à manger de l’établissement, elles sont au moins deux à être malades. Une troisième est morte.

« C’est quand même assez spécial. Quand je file très mal, je m’inquiète. C’est douloureux », raconte-t-elle, confinée dans son appartement d’une pièce et demie.

Impuissant, son fils Patrick suit son état à distance. Impossible de lui rendre visite. La résidence est bouclée. Ses habitants, dont quatre ont succombé à la COVID, sont isolés dans leurs appartements.

Ma mère est stable. On essaye de lui laisser le plus grand sommeil possible. On attend que le virus disparaisse dans le corps de ma mère. Nous centrons nos énergies sur [elle], ce qui est beaucoup.

Patrick Larrivée, dans un courriel à La Presse

Peur de perdre des amies

Aline Desbois, 78 ans, habite elle aussi à la résidence EVA. Une de ses proches amies est morte la semaine dernière de la COVID-19.

Complices, les deux femmes se réservaient des places pour s’assurer d’être assises l’une à côté de l’autre au bingo et au cours de conditionnement physique.

Cette semaine, Mme Desbois a appris que deux autres amies en étaient atteintes. « J’ai dit c’est pas vrai ! Je perdrai pas deux de mes amies encore », s’exclame la femme au téléphone. Elle prend une pause ; retient ses sanglots. L’isolement, la solitude, l’angoisse. Tout ça finit par peser lourd.

Elle a parlé quelques minutes à une des malades. La conversation ne l’a pas rassurée. « Elle est très faible. »

La situation actuelle plonge la septuagénaire dans un profond désarroi. Avec l’ombre du virus qui rôde dans les couloirs de l’établissement, elle se replonge dans de vieux souvenirs douloureux. Elle pense à la mort. À des proches qu’elle a perdus.

« J’ai peur. J’ai peur certain. Il y en a beaucoup qui sont malades. »

Le spectre de la COVID-19 est dans chaque détail. Elle a même hésité à faire laver ses draps à la buanderie commune, inquiète d’être contaminée. « J’ai demandé conseil à mon infirmière. Elle m’a dit de ne pas m’en faire avec ça. Que tout était désinfecté. »

Aline Desbois s’inquiète aussi pour sa sœur, également locataire de l’endroit.

« Je lui dis : tu ne sors pas avant qu’ils nous le disent. Elle me répond : je fais comme toi. »

Dans sa famille, dit-elle, « on est forts ».