(Boisbriand) Alors qu’une quinzaine de leurs membres ont été déclarés positifs à la COVID-19, les Kiryas Tosh de Boisbriand collaborent avec la direction de la santé publique des Laurentides et la municipalité pour faire respecter la mise en quarantaine de leur communauté.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Les deux points d’entrée du secteur où réside cette communauté juive orthodoxe sont désormais contrôlés pour éviter la propagation du virus.

La décision de restreindre les déplacements s’est prise avec les leaders de la communauté, pour s’assurer de la santé de tous, affirme le Dr Éric Goyer, directeur de la santé publique des Laurentides. Lundi matin, on comptait 15 personnes atteintes du coronavirus dans la communauté. « On a une collaboration hors pair avec la communauté […], les policiers et la municipalité sont là pour les appuyer et non pour les surveiller », a-t-il dit en point de presse.

Il y a un mois, la direction de la santé publique a présenté aux leaders de la communauté Tosh les directives mises en place par le gouvernement et les risques liés au coronavirus. « On leur a expliqué l’importance de rester isolés lorsqu’ils sont de retour de l'étranger, car beaucoup voyagent dans l’état de New York », a expliqué le Dr Goyer.

La communauté a demandé dimanche l’aide de la Santé publique des Laurentides et du service de police de la municipalité de Boisbriand afin de faire respecter la mise en quarantaine. Beaucoup de membres auraient visité l’État de New York pendant la fête juive de Pourim, le 9 et 10 mars dernier.

Une dizaine de personnes atteintes étaient de retour des États-Unis, a confirmé le Dr Éric Goyer. « Ils doivent demeurer le plus possible à l’intérieur de leur communauté, on est en train de voir comment on peut les aider avec l’approvisionnement en nourriture et en médicament […] C’est une communauté où il y a beaucoup de jeunes, moins de personnes âgées, mais on reste attentif. »

Les écoles et les synagogues avaient déjà fermé leurs portes dès que le gouvernement l’a requis, assure la mairesse de Boisbriand, Marlene Cordato.

Lundi matin, trois volontaires issus de la communauté Kiryas Tosh faisaient le pied de grue au coin de la rue Beth-Halevy et du chemin de la Rivière-Cachée. Un camion posté derrière eux, ils s’occupaient de bloquer l’accès à tous ceux qui voudraient entrer ou sortir. Des policiers de la Régie de police Thérèse-De Blainville sont présents pour les appuyer.

Seuls les va-et-vient liés à des besoins essentiels sont tolérés. Quelques membres de la communauté demeurent dans des rues avoisinantes, à l’extérieur du secteur désigné. Il leur est permis d’y accéder, pour aller faire l’épicerie.

En avant-midi, quelques membres de Kiryas Tosh se sont adonnés à des chants religieux devant leurs maisons, tous à bonne distance les uns des autres.

Quand un conducteur d’une voiture noire s’est arrêté pour passer, on lui a murmuré de courtes phrases en yiddish avant de le laisser pénétrer dans ce secteur formé d’une dizaine de rues.

Ces dizaines de pâtés de maisons composés de petits duplex abritent près de 4000 personnes. La présence de familles nombreuses dans cette communauté rend la distanciation sociale compliquée. La communauté et ses leaders sont toutefois loin d’être réfractaires aux recommandations gouvernementales, confirment d’une même voix la municipalité de Boisbriand et la direction de la santé publique.

Peu de gens comprennent l’anglais ou le français parmi les juifs hassidiques de Boisbriand. Les communiqués émis par la santé publique sont traduits par les responsables de la communauté, pour s’assurer que la population demeure informée.

« On a un peu d’expérience, car on avait vécu avec eux l’éclosion de rougeole », précise le Dr Goyer. En été 2019, la communauté avait été touchée de plein fouet par de nombreux cas de rougeole. À l’époque, la direction de la santé publique régionale avait affirmé que leur apparition était liée au séjour d’une ou plusieurs familles dans le quartier new-yorkais de Brooklyn.