(Québec) La suspension des messes dans les églises catholiques en ces temps de pandémie a donné naissance dans la région de Québec à une expérience singulière, une messe quotidienne en ligne qui rassemble des milliers d’internautes.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Non, les messes présentées par le diocèse de Québec ne sont pas aussi populaires que les points de presse quotidiens de François Legault et d’Horacio Arruda. Mais leur succès est indéniable.

« On a eu 5000 vues sur une messe de semaine. Moi, je capotais ! », raconte le père Dominic LeRouzès, 46 ans.

Vicaire en Beauce, il n’a pas l’habitude de célébrer devant autant de fidèles.

« Je suis plus habitué à un auditoire de dix personnes, disons. »

Il y a une quinzaine de jours, quand il est devenu évident que la célébration de la messe allait être suspendue dans les églises québécoises pour respecter les consgines de distanciation sociale, le père Dominic a eu une idée toute simple.

Pourquoi ne pas présenter la messe dans une église vide, tout en la diffusant sur Facebook ? Il a donc contacté le diocèse de Québec. Le projet a vite pris forme. Le 16 mars, il déménageait de la Beauce à Québec.

Je suis passé de vicaire en paroisse à la programmation d’une webtélé. On m’appelle souvent le petit prêtre techno, j’ai l’habitude des médias sociaux, des cellulaires, des trucs électroniques. Alors là, je suis comme un poisson dans l’eau.

Le père Dominic LeRouzès

« Un tournant »

Celui qui a aussi une chaîne YouTube travaille avec trois autres prêtres sur ce projet. Ils diffusent quatre fois par jour, dont une messe et une période de prières, sur la page Facebook ECDQ.tv.

« On est allés chercher des prêtres de moins de 70 ans. Ça permet aux gens de voir les jeunes prêtres du diocèse. Les jeunes prêtres, c’est comme Dieu, ils existent ! », lance avec un brin d’humour M. LeRouzès.

L’homme juge qu’il est important pour les croyants de communier dans les périodes difficiles. Lors des inondations de 2019 en Beauce, il a assisté à bien des tragédies, bien des déchirements.

« La période actuelle nous fait ressentir notre grande vulnérabilité comme êtres humains, estime le prêtre. Quand tout fonctionne, que l’économie fonctionne, qu’on a une job, de l’argent, etc., on ressent moins notre vulnérabilité. Mais là, on la ressent. Et dans ces moments, je crois, on a besoin de se confier à plus grand que soi. »

Quelques commentaires glanés sur la page Facebook du diocèse de Québec sont à l’avenant. « Les chants me manquaient beaucoup dans ce temps de confinement ! », écrit par exemple Juliana.

La fermeture des lieux de culte est une mesure rarissime. Les églises de la région de Québec avaient été fermées plus de trois semaines lors de la pandémie de grippe espagnole de 1918. Le « cardinal archevêque » de Québec avait même demandé de ne plus sonner le glas, tant le nombre de morts était grand.

Avec la technologie, l’Église peut désormais garder le contact avec ses fidèles. Le diocèse de Québec n’est bien sûr pas le seul à le faire. Depuis le début du confinement, l’archevêque de Montréal présente une capsule vidéo quotidienne, aussi sur Facebook.

Le Vatican a quant à lui diffusé en direct sur YouTube une prière urbi et orbi du pape François vendredi dernier. Le chef spirituel du 1,3 milliard de catholiques s’est adressé aux fidèles devant une place Saint-Pierre anormalement vide.

Dominic LeRouzès pense que le virage numérique pris par l’Église en ces temps de confinement pourrait avoir un impact durable. « Ça va nous transformer profondément, cette expérience-là », lance-t-il.

« On est en train de vivre un tournant, je pense. On doit trouver de nouveaux chemins pour joindre les gens. Je pense que nos yeux s’ouvrent et qu’on voit à quel point le web nous permet de joindre des gens qu’on n’aurait pas pu joindre autrement. »