(Québec) Qualifiés de « héros au quotidien » par François Legault, les camionneurs demandent au premier ministre de reporter le paiement des droits d’immatriculation normalement dû le 1er avril. Un enjeu majeur pour ce maillon essentiel de la chaîne d’approvisionnement.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

La facture représente 1500 $ par camion. Pour les gros transporteurs, elle se chiffre donc en millions de dollars.

Les droits doivent être acquittés le 1er avril, une date fixe prévue pour l’industrie du camionnage en vertu des règles de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ).

D’autres provinces comme l’Ontario ont déjà annoncé des assouplissements. Elles ont ainsi prolongé la validité des immatriculations, jusqu’au 1er septembre par exemple.

Or Québec a refusé jusqu’ici d’offrir un assouplissement à ses camionneurs.

« On voit ainsi un désavantage pour nos transporteurs québécois face aux transporteurs d’autres provinces », affirme la présidente du conseil d’administration de l’Association du camionnage du Québec, Karine Goyette. Elle est vice-présidente du transporteur C. A. T.

« Un moratoire sur le paiement des immatriculations pour les transporteurs québécois est nécessaire. La chaîne logistique est affectée par les fermetures de certains clients, donc on voit un débalancement de nos lignes en plus d’avoir plusieurs chauffeurs qui craignent d’aller sur la route. On ne s’attend pas à ce que les frais soient annulés, mais plutôt à ce qu’ils soient repoussés de quelques mois », ajoute-t-elle.

Le Groupe Robert demande également au gouvernement de donner un répit à ceux qui « assurent le transport de marchandises essentielles pendant la crise de la COVID-19 ». Pour le président Michel Robert, « il est essentiel de garder nos liquidités pour payer nos dépenses courantes telles que les salaires et le carburant, étant donné les difficultés financières de nos clients, les manufacturiers expéditeurs de biens qui sont lourdement affectés dans la situation actuelle ».

Il faut « donner un peu d’oxygène aux transporteurs », renchérit Éric Gignac, président du Groupe Guilbault. « Nous ne demandons pas un cadeau, mais bien un report de ces paiements, et le temps presse étant donné que la date limite est le 1er avril. En tant que transporteur de marchandises essentielles, plusieurs de mes clients sont inquiets quant à leur capacité de répondre à la demande accrue, et une omission de reporter ces paiements aurait pour effet de réduire le nombre de camions qui peuvent assurer l’approvisionnement de secteurs névralgiques. »

De son côté, l’Association nationale des camionneurs artisans fait valoir que plusieurs de ses membres risquent de « déplaquer » leur poids lourd en raison de l’arrêt des chantiers de construction. Plusieurs font le transport de terre, de sable et de gravier, par exemple. Or ils pourraient apporter leur aide pour préserver les chaînes d’approvisionnement. « On ne demande pas de payer nos plaques, on veut un allègement jusqu’au 1er septembre », affirme le directeur général Gaétan Légaré. De cette façon, les camionneurs artisans « seraient toujours disponibles et prêts pour les situations d’urgence, et on serait là pour donner un coup de main ».

Des acteurs de l’industrie notent qu’une baisse des camions disponibles risque de provoquer une hausse des prix au pire moment qui soit.

Vendredi, lors de son point de presse quotidien, François Legault avait salué le travail des camionneurs qui assurent le transport des aliments et des biens essentiels. « Vous travaillez dans des conditions qui sont difficiles, vous êtes nos héros au quotidien », avait-il déclaré.