(Montréal) En cette période de pandémie de coronavirus, il est plus important que jamais de bien contrôler l’asthme des enfants, prévient une experte.

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne

Cela permettra non seulement de veiller à leur santé, mais évitera aussi de surcharger inutilement le système de santé, a dit la docteure Francine Ducharme, qui dirige la clinique de l’asthme du CHU Sainte-Justine.

« En ce moment, il faut se fier à notre bon jugement, a-t-elle dit. On sait que les enfants qui sont asthmatiques et qui attrapent la grippe sont beaucoup plus malades que les enfants non asthmatiques qui attrapent la grippe, ils ont plus de problèmes pulmonaires parce qu’ils ont une susceptibilité au niveau des poumons, donc ça fait vraiment du sens de penser que s’ils attrapent la COVID, ils vont aussi avoir plus de problèmes pulmonaires. »

Le virus est tellement nouveau qu’on ne dispose pas pour le moment des preuves scientifiques qui permettraient de savoir vraiment à quoi s’en tenir à son sujet.

« C’est pour ça que le message qu’on donne à tout le monde, et c’est le message qu’on donnait avant même que la COVID arrive, c’est qu’on veut que les enfants aient un asthme bien contrôlé avant que les virus arrivent », a ajouté la docteure Ducharme.

Plusieurs parents inquiets ont communiqué avec la clinique que dirige la docteure Ducharme. Des appels ont notamment été reçus de parents qui travaillent dans le domaine de la santé et qui craignent de ramener à la maison un virus qui pourrait menacer leurs enfants.

D’autant plus que le coronavirus arrive à une période de l’année qui est toujours plus difficile pour les asthmatiques, quand le printemps amène son lot de pollen et de moisissures.

« Si un enfant commence un rhume en ce moment, les parents vont tous penser que c’est la COVID […], mais probablement qu’en ce moment, la plus grande chance, c’est que c’est juste un virus habituel, puis de pas s’inquiéter », a assuré la docteure Ducharme.

La recommandation pour les enfants qui souffrent d’asthme, même si le problème est épisodique, est d’avoir un corticostéroïde inhalé tous les jours « pour s’assurer que les poumons sont normaux quand le virus arrive », a-t-elle dit.

Prévention

La prévention reste toutefois le nerf de la guerre.

« Les précautions sont les mêmes que pour tout le monde, a dit la docteure Ducharme. Le plus important c’est qu’on évite que les enfants l’attrapent, donc c’est essentiellement de rester à la maison, de ne pas être en contact avec des gens qui sont venus de l’extérieur, ou qui ont une COVID ou qui sont suspectés de la COVID.

« Si on est capables de prévenir la maladie, on n’aura pas de conséquences, et la deuxième recommandation c’est vraiment qu’ils prennent leurs médicaments. »

Cette dernière recommandation semble avoir été bien entendue, puisque certains parents ont rapporté que leur pharmacie du coin n’avait plus les médicaments dont ils avaient besoin pour leur enfant.

Une vérification auprès des compagnies pharmaceutiques a permis de constater qu’il ne s’agissait que d’un petit « creux » temporaire et qu’aucune pénurie n’était à craindre, a assuré la docteure Ducharme.

« L’Ordre des pharmaciens a [aussi] émis l’ordre à ses membres de ne pas donner pour plus qu’un mois de médicaments pour s’assurer que tout le monde y ait accès, a-t-elle ajouté. Ça fait pas de sens que quelqu’un parte avec douze mois de médicaments et que l’autre n’en ait pas du tout. Il y a vraiment une approche communautaire. »

La prévention pourra aussi permettre d’éviter de surcharger encore davantage le système de santé avec des visites à l’urgence qui auraient pu autrement être évitées.

« Maintenant, ça ne veut pas dire qu’on ne veut pas que les parents l’amènent à l’urgence si l’enfant est en crise, a rappelé la docteure Ducharme. Si l’enfant a de la misère à respirer, qu’il ne répond pas aux traitements, on fait comme d’habitude. On se présente à l’urgence et il sera bien traité, bien pris en charge. »