Vendre du vin ou du gin ou de la vodka est apparemment un service essentiel.

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Ouf.

On a été quelques-uns lundi après-midi à craindre que le premier ministre François Legault n’englobe notre chaîne étatique de vente de vins et spiritueux, notre incontournable Société des alcools, dans sa nouvelle pause nationale.

Mais non. On est OK. Les succursales resteront ouvertes.

Ceux qui s’y sont rués n’avaient pas besoin de le faire.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Certains se sont précipités à la SAQ pour y faire leurs provisions de vins et spiritueux.

Mais juste à voir cette réaction épidermique, je ne peux imaginer la panique s’il fallait que tout ferme d’un bloc.

Parce que je ne sais pas comment c’est chez vous avec votre confinement, mais on est quand même une joyeuse bande à diluer notre ennui et nos angoisses dans le chardonnay et le cabernet. Appelez vos amis en vidéoconférence passé 19 h et vous verrez ce que je vois – et je fais partie du lot, c’est clair : des gens un peu « cocktail » qui réussissent à rigoler quand même. Rien d’idyllique pour une société en crise. Et il serait vraiment affreux qu’on sorte de ce très mauvais moment avec des taux d’alcoolisme à la hausse.

Mais comme me disait lundi matin une amie à qui je confiais mes inquiétudes au sujet de cette automédication anti-anxiété peu idéale : ce n’est pas le temps non plus de la culpabilité, on rediminuera quand ça sera terminé.

Et on n’est certainement pas les seuls à contourner ainsi la réalité. Les ventes d’alcool en ligne sont en explosion un peu partout, de New York à Rome, bien sûr, en passant par Londres et Seattle. Est-ce qu’on boit plus ou on fait simplement boire à la maison ce qu’on buvait dans les bars et restos ? Je n’ai pas trouvé de statistiques.

À la SAQ, ce qu’on sait, m’a dit la porte-parole Linda Bouchard, c’est que depuis le début de la crise, les succursales sont achalandées comme dans le temps des Fêtes et les ventes en ligne sont en permanence comme elles le sont le Vendredi fou. 

Bref, ça cartonne.

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Dans un monde idéal, on devrait faire comme me l’ont hurlé certains lecteurs et fermer les succursales de la SAQ pour minimiser les déplacements, les contacts, protéger les vendeurs et les caissiers. À la place, on ferait tous les achats en ligne, avec livraison à domicile.

C’est d’ailleurs ce que demandent les syndicats des employés de la SAQ et de la Société québécoise du cannabis (SQDC) qui trouvent que l’achalandage dans leurs commerces et l’absence de mesures suffisantes pour protéger les employés – je n’y ai pas vu de plaque en plexi, par exemple, pour protéger les caissiers, comme il y en a dans certains supermarchés – font courir des risques indus aux travailleurs.

Sauf que, soyons réalistes.

Le système de livraison, actuellement, ne fournit pas.

On n’est plus capables de nous dire combien de temps il faut pour recevoir sa commande, que ce soit de vin ou de pot.

En plus, ce n’est pas livré à domicile, mais au mieux dans une succursale ou alors dans un bureau de poste. 

Dans un bureau de poste ?

Oui, dans un bureau de poste. Comme il y en a dans des pharmacies, par exemple, là où il y a plein de gens, peut-être même malades. Directive de Postes Canada, dit la SAQ.

Donc on commande en ligne, mais après, il faut faire l’inverse de ce que François Legault nous dit de faire, soit sortir de la maison plutôt que rester à la maison.

Tant qu’à sortir au bureau de poste, je vais aller chercher mon vin dans une succursale, nous a écrit une lectrice.

Effectivement.

C’est une situation totalement absurde.

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Est-ce qu’on serait coincés dans une situation aussi déplorable si Québec permettait une certaine flexibilité pour la vente de vin et d’autres alcools ? 

Est-ce qu’on serait moins mal pris si on avait d’autres points de vente d’alcool que les succursales de la SAQ et les épiceries, soit de vraies boutiques ?

Je pense que oui.

La SAQ est un paquebot avec une force d’inertie hallucinante. 

Avec ses employés en quarantaine, malades, juste pas convaincus de vouloir travailler dans ce contexte, combien de temps pensez-vous que nous devrions attendre pour que la livraison des commandes se fasse à un rythme qui permette de dire que la vente en ligne remplace de façon réaliste la visite des succursales ? 

Je n’ose imaginer.

En revanche, appelez juste là un restaurant de quartier devenu traiteur depuis le début de la crise et demandez-lui de vous livrer du vin avec votre repas. En fait, demandez-lui plusieurs bouteilles avec votre repas, pour faire l’épicerie de vin en même temps.

Vous aurez vos bouteilles dans les heures qui suivent.

Donc voilà une façon efficace de se faire livrer du vin.

Dès qu’on sort du cadre de la SAQ, on voit de l’initiative, de l’agilité.

Malheureusement, cette option est souvent chère.

Donc je me permets de lancer une idée : les agences qui représentent les vins à la SAQ, presque totalement au chômage actuellement parce que les restaurants qu’elles fournissent sont tous fermés, ne pourraient-elles pas être mises à contribution pour faire de la livraison directe, à domicile, de leurs produits ?

On s’entend : il n’est pas question de ne plus payer toutes les taxes que la société publique impose sur l’alcool et de priver la SAQ de revenus sur tout ce que les Québécois confinés ont l’intention d’ingurgiter.

Il est juste question d’être dynamique.

D’arrêter les tergiversations.

De sauter des étapes inutiles.

Et de permettre à des acteurs de l’écosystème de la SAQ d’être mis efficacement à contribution.

Si les employés de la SAQ, dont on doit souligner le dévouement, ne peuvent malgré tous leurs efforts fournir à la demande, parce que leur entreprise est submergée de commandes, avec une abondance qui fait disjoncter leurs systèmes de livraison en place, le tout dans un contexte sanitaire extrêmement difficile, on ne leur vole pas du boulot.

On les aide.

Les gens des agences connaissent les vins, savent les mettre en valeur et en faire le marketing. C’est leur boulot. 

En tout cas, comme je le disais, c’est juste une idée.

Parce que ça en prend, en ce moment, pour trouver des solutions créatives.

Et je ne pense pas que dire aux Québécois de juste arrêter de boire du vin ou de rester à la maison et d’attendre leur commande pendant deux semaines est une option réaliste, actuellement.