(Winnipeg) De l’extérieur, on dirait un banal édifice de bureaux. Mais derrière les murs du Laboratoire national de microbiologie, à Winnipeg, ils sont quelque 560 à se battre contre un ennemi unique. Bienvenue dans l’épicentre de la lutte contre la COVID-19 au Canada.

Gabrielle Duchaine Gabrielle Duchaine
La Presse

Ebola, Zika, SRAS. Les scientifiques d’ici ont croisé le fer avec les virus et les bactéries les plus dangereux de la planète. L’endroit abrite le seul laboratoire de virologie de niveau 4 du pays, où sont manipulés les agents pathogènes les plus dangereux. Le nouveau coronavirus, SRAS-CoV-2, est manipulé dans un laboratoire à moindre sécurité, dit de niveau 3.

Depuis janvier, c’est ce nouvel adversaire qui retient toute l’attention. Dépistage, diagnostic, prévention, vaccin. On travaille sur tous les fronts. « La COVID est le but commun. Tous les départements du Laboratoire [apportent leur contribution]. On a à peu près 560 employés, et à un moment donné ou un autre, ils vont tous être appelés [à y travailler] », explique le Dr Guillaume Poliquin, infectiologue et pédiatre, conseiller médical du Laboratoire et Montréalais d’origine.

Signe du rôle capital de l’équipe dans la guerre au virus, c’est à deux mètres de distance de notre interlocuteur et des autres employés que nous avons dû réaliser notre entrevue, afin d’éviter toute contamination. La visite de La Presse, qui devait initialement comprendre celle du Centre des opérations d’urgence du laboratoire, chargé de coordonner le travail et le lien avec les partenaires dans tout le pays, a été réduite à la toute dernière minute afin de « minimiser les risques pour nos scientifiques », a expliqué Anna Maddison, responsable des communications.

« La situation évolue d’heure en heure », a plus d’une fois répété le Dr Poliquin.

Beaucoup de questions

Tout reste à découvrir concernant le nouveau virus. Et le temps presse. « À chaque question qu’on règle, trois nouvelles questions se présentent », illustre l’infectiologue.

Dans les bureaux du Laboratoire, c’est l’équipe spécialisée dans le virus Ebola qui planche sur le développement d’un vaccin. Le Dr Poliquin croit que les estimations américaines, qui parlent d’un délai de 12 à 18 mois, sont réalistes. « Tout le Canada et le monde travaillent là-dessus. Il y a une certaine solidarité en science en ce moment. La science est souvent compétitive. Mais là, tout le monde contribue à l’effort et il y a plus d’échanges d’information et d’idées. »

Selon lui, le Canada est un acteur important.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Le DGuillaume Poliquin, infectiologue et pédiatre, conseiller médical du Laboratoire national de microbiologie, à Winnipeg

On a démontré qu’on avait beaucoup de savoir-faire au Canada dans le développement d’un vaccin – qu’on pense à celui de l’Ebola [développé dans ce même laboratoire], par exemple. Je pense donc que le Canada a un rôle à jouer là-dedans.

Le Dr Guillaume Poliquin, infectiologue et pédiatre, conseiller médical du Laboratoire national de microbiologie

Dépistage, recherche et prévention

Une autre équipe cherche à raffiner les tests de dépistage, mis au point ici même il y a quelques semaines.

« Dès qu’on a reçu la séquence génétique du virus de la Chine en janvier, on s’est mis au travail. […] On a développé un test qui fonctionnait en à peu près une semaine. »

Fortes de cette découverte, certaines provinces, dont le Québec, ont depuis commencé à tester elles-mêmes leurs patients, délestant un peu le personnel de Winnipeg. « On soutient les provinces qui n’ont pas encore cette capacité et on est ici pour faire les examens dans les cas difficiles [à trancher]. Si un résultat n’est pas tout à fait clair, ces échantillons sont envoyés chez nous pour qu’on puisse régler la question. »

Le travail demeure titanesque. Les questions, multiples.

Par exemple, quel animal sera le meilleur hôte pour faire avancer la recherche sur le coronavirus ? Pour tester de nouveaux antiviraux ou des vaccins avant de les injecter à l’humain ? C’est ce qu’on tente de savoir. « C’est un nouveau virus et on ne sait pas quel animal [une fois infecté, nous fournira des renseignements utiles]. Est-ce que c’est une souris ? Un hamster ? Quelque chose de complètement différent ? »

Un autre enjeu retient l’attention. Comment prévenir les infections ? « On a un groupe ici qui fait des études sur la stabilité du virus sur les surfaces qu’on trouve dans les hôpitaux. Qui étudie quel désinfectant fonctionne. Toute cette information est générée ici et ensuite soutient d’autres instances à émettre des recommandations. »

Combien de temps durera l’épidémie ? Il est trop tôt pour le savoir, répond le Dr Poliquin. « Le gouvernement prend ça très au sérieux et nos efforts servent à réduire l’impact. »

« Ce n’est pas notre première épidémie. On a eu à répondre au Zika. On a aidé à la réponse à l’Ebola. On a eu le H1N1. Les épidémies viennent et on est ici pour y répondre. C’est une de nos raisons d’être. »