Neuf jours après être tombé malade en revenant de voyage, un médecin montréalais attend encore ses résultats de non pas un, mais bien deux tests de dépistage de la COVID-19. Avant l’apparition des premiers symptômes, il a examiné une quarantaine de patients. « Ça fait une semaine. S’il y en a un ou deux qui sont infectés, ils ont pu infecter beaucoup d’autres personnes », s’inquiète-t-il.

Gabrielle Duchaine Gabrielle Duchaine
La Presse

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Nous l’appellerons le DX. Il est médecin spécialiste dans un grand hôpital montréalais. Il a souhaité raconter son histoire, mais sans que l’on publie son nom ou celui de l’établissement où il travaille.

D’abord, pour ne pas alarmer ses patients avant de savoir s’il est positif au coronavirus. Ensuite, « je ne veux pas que la loupe soit mise sur un service en particulier ou sur un hôpital en particulier. Je veux montrer que le système actuel fait tout son possible, mais que ses limites sont déjà mises à l’épreuve et elles vont malheureusement l’être davantage », explique-t-il.

Notre histoire commence le dimanche 8 mars. En cette fin de la semaine de relâche, comme bien des parents québécois, le DX et sa famille rentrent de voyage. Le lundi, il retourne travailler. Précisons qu’à cette date, seuls les voyageurs qui rentrent de certains pays bien précis, comme l’Iran, doivent se placer en quarantaine. Notre spécialiste ne revient pas d’une telle zone, donc rien ne l’empêche de pratiquer.

En pleine forme, il voit une quarantaine de patients. « J’ai fait des examens durant lesquels on a une certaine intimité avec ces patients », précise-t-il.

Apparition de symptômes

Le jeudi 12 mars, alors que Québec demande à tous les voyageurs revenant de l’étranger de s’isoler 14 jours, quelle que soit leur destination, le DX voit apparaître des symptômes, dont « une espèce de toux sèche inhabituelle ». Il se place en quarantaine et communique avec le 811 pour passer un test de dépistage.

Au téléphone, il précise qu’il est médecin et qu’il a vu de nombreux patients. Le lendemain, il n’a pas de nouvelles. Précisons ici que le 811 ne l’a rappelé que le jeudi 19 mars pour fixer un rendez-vous.

Entre-temps, son hôpital ouvre une clinique de dépistage pour les travailleurs. Il y est vu le samedi 14 mars. C’était il y a une semaine.

L’échantillon est envoyé au Laboratoire de santé publique du Québec. Les jours passent. Le DX et sa famille restent à la maison. Autour de lui, d’autres reçoivent leur résultat. « De nombreux collègues ont passé l’examen, certains des jours après moi, et ils ont reçu des résultats négatifs », dit-il.

De plus en plus, le médecin s’inquiète pour ses patients. S’il s’avère positif, avec le temps qui file, il deviendra particulièrement compliqué de retrouver leurs allées et venues.

Échantillon perdu ?

Le mercredi 18 mars, il joint donc le microbiologiste responsable du dépistage à son hôpital.

« Il était plutôt inquiet que mon résultat ne soit pas encore sorti. Il y a des possibilités que mon échantillon soit perdu, entre guillemets. Je ne sais pas s’il est vraiment perdu ou s’il traîne dans le fond d’un tiroir et que les gens ne l’ont pas analysé encore. »

Quelle que soit la réponse, il n’a toujours pas la confirmation de son état de santé.

Le jour même, le DX retourne à la clinique de l’hôpital pour qu’on lui prélève un deuxième échantillon, dont il espère avoir le résultat plus rapidement. Au moment d’écrire ces lignes, il était toujours en attente.

Ce qui m’inquiète, c’est que les patients avec qui j’ai eu des contacts, ça fait maintenant plus d’une semaine de ça. Si je suis positif et que j’ai contaminé certains patients, l’enquête de santé publique va être extrêmement ardue à faire.

Le DX

« C’est facile pour moi de retrouver les patients. Mais ces patients-là depuis une semaine, s’il y en a un ou deux qui sont infectés, ils ont pu infecter beaucoup d’autres personnes sans être au courant », explique le médecin.

Dans le contexte actuel, le médecin souhaite aussi retourner travailler le plus vite possible, si son état de santé le permet, bien sûr.

« À mon hôpital, on se met tous sur un pied de guerre parce qu’on ne veut pas que la situation de l’Italie se répète. »

Difficile de se préparer à la guerre quand on est confiné dans son salon.

Région de Montréal : au moins quatre cas parmi le personnel soignant

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE 

Au Québec, quelques cas d’infection à la COVID-19 ont été observés parmi le personnel soignant. 

En première ligne, le personnel du réseau de la santé n’est pas épargné par la COVID-19. Tour d’horizon des cas d’infection dans la région de Montréal.

Pneumologue du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM)

La semaine dernière, le CHUM a confirmé qu’un de ses pneumologues était infecté et qu’il avait vu des patients avant de recevoir le diagnostic. L’équipe du CHUM suit de près le développement de symptômes chez les patients et les membres de son personnel qui ont été en contact avec lui. Depuis le début de l’éclosion du nouveau coronavirus, le CHUM a mis sur pied une cellule de crise pour se préparer à toutes les éventualités.

Médecin résident au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine

Un médecin en formation au département d’obstétrique-gynécologie du CHU Sainte-Justine est atteint de la COVID-19. « Une investigation interne a été rapidement effectuée afin de retracer les patients, le personnel et les médecins ayant été en contact direct avec l’employé affecté », a écrit Florence Meney des communications. Elle a ajouté que toutes ces personnes sont « en isolement à la maison ».

Médecin du Centre hospitalier Kateri-Memorial de Kahnawake

Une médecin du Centre hospitalier Kateri-Memorial de Kahnawake, qui a voyagé aux États-Unis au début de mars, est atteinte de la COVID-19. Elle aurait été en contact avec des patients à son retour, avant de commencer à présenter des symptômes, a annoncé la direction de l’hôpital cette semaine.

Chef des urgences de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont

Depuis jeudi, le chef des urgences de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont est en isolement, après avoir reçu un diagnostic positif de COVID-19, a appris Le Devoir. Le conseiller en communication du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, Christian Merciari, ne peut « confirmer ou infirmer » cette information, mais reconnaît qu’un membre de l’équipe a contracté la COVID-19. « Il s’agit d’un premier cas parmi les équipes de notre établissement. Toutefois, sachant que nous offrons maintenant le service de dépistage aux membres du personnel, il faut s’attendre à ce que de nouveaux cas soient confirmés dans les prochains jours », a-t-il répondu par courriel.