(Ottawa) L'exception américaine n'est plus. Deux jours après avoir annoncé la fermeture de la frontière du Canada à tous les voyageurs étrangers, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé mercredi que la même médecine s'appliquerait aux Américains «dans un délai très bref».

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

La crise de la COVID-19 force la fermeture temporaire la frontière longue de près de 9000 kilomètres entre deux pays dont les économies sont fortement interreliées. Les dirigeants des deux pays l'ont annoncé tour à tour, mercredi.

« Je viens de parler au président Trump, et nous avons convenu que le Canada et les États-Unis vont interdire temporairement tout passage non essentiel à la frontière », a déclaré le premier ministre Justin Trudeau, mercredi.

« Dans les deux pays, nous encourageons les gens de rester à la maison », a-t-il ajouté, précisant que cette mesure n'affectera pas l'approvisionnement en biens essentiels comme les médicaments, le pétrole et des denrées alimentaires.

PHOTO BLAIR GABLE, REUTERS

Justin Trudeau

La frontière demeurera fermée «tant que ce sera nécessaire», a indiqué Justin Trudeau, notant que la valeur quotidienne des biens qui traversent les points d'entrée entre les deux pays atteint 2 milliards de dollars par jour.

La date précise de la fermeture n'a pas été précisée, mais le premier ministre a exprimé le souhait que cela se fasse sans trop tarder. « On est en train de travailler avec les États-Unis pour que ces mesures entrent en vigueur très rapidement », a-t-il offert.

La vice-première ministre, Chrystia Freeland, a précisé par la suite en conférence de presse au parlement que la période initiale de cette fermeture avait été fixée à 30 jours. Et « d'aucune manière » cela n'entravera-t-il le commerce transfrontalier, a-t-elle martelé.

L'interdiction de voyage non essentiel ne vise pas une catégorie de personnes jugées nécessaires comme les travailleurs de la santé ou encore les travailleurs étrangers, a noté à ses côtés le ministre fédéral de la Sécurité publique, Bill Blair.

« En masse » de ressources frontalières

Le premier ministre n'envisage par ailleurs pas d'obstacles à l'application de la mesure aux postes frontaliers.

« Les ressources de l'Agence canadienne frontalière [sont] en masse adéquate[s] pour répondre à ce défi, surtout puisque beaucoup de gens vont choisir de rester chez eux et ne vont même pas essayer de traverser la frontière si on leur dit de ne pas le faire », a argué Justin Trudeau.

Le premier ministre reste en isolement à sa demeure de Rideau Cottage, sa femme Sophie ayant contracté la COVID-19. Lui-même n'a toujours pas de symptômes, tandis que sa partenaire a un mal de tête et « une petite fièvre qui vient et qui part », mais elle se porte « très bien ».

C'est au même lutrin qu'il avait annoncé, lundi dernier, que la frontière serait scellée pour tous les visiteurs étrangers en déplacement non essentiel. « Il est temps de rentrer à la maison », lançait-il à l'intention des Canadiens qui se trouvent à l'étranger.

Depuis midi, mercredi, seuls les citoyens et les résidents permanents canadiens peuvent avoir accès au territoire. Ils leur sera en revanche interdit de monter à bord d'un aéronef s'ils présentent des symptômes de la COVID-19.

Les vols internationaux ne peuvent dorénavant se poser ailleurs qu'à l'un des quatre aéroports désignés: Montréal-Trudeau, Toronto-Pearson, Calgary et Vancouver. Au même moment, l'offre des compagnies aériennes ne cesse de diminuer.

Les snowbirds qui ont pris ou prendront le volant pour rentrer au bercail devront montrer patte blanche en arrivant à la traverse. S'ils ont des symptômes du nouveau coronavirus, ils seront pris en charge par les autorités sanitaires canadiennes et placés en isolement.

«Je veux assurer que tous les Canadiens, citoyens et résidents permanents, ont toujours le droit de rentrer au Canada», a spécifié la vice-première ministre Freeland.

Le chemin Roxham

Invité à faire le point sur la situation des demandeurs d'asile qui atteignent le Canada par le chemin Roxham, Justin Trudeau a voulu se montrer rassurant après la publication d'un article de Radio-Canada dans lequel on rapportait que ces personnes n'étaient pas placées en isolement.

« Par rapport au chemin Roxham, je peux vous rassurer que toutes les mesures sont en prise pour assurer que c'est tout à fait contrôlé et que tout le monde qui traverse par là serait en quarantaine pendant [...] 14 jours », a-t-il soutenu.

Le président du Syndicat des douanes et de l’immigration, Jean-Pierre Fortin, a affirmé à Radio-Canada qu'entre 60 et 80 demandeurs d'asile traversaient quotidiennement le chemin Roxham en provenance des États-Unis à l'heure actuelle.

Selon l'administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, on recense 598 cas confirmés du nouveau coronavirus en sol canadien. Huit personnes sont décédées des suites de la maladie, dont une au Québec. Plus de 50 000 tests de dépistage ont été menés.

« Nous avons constaté une croissance marquée de cas n'ayant pas de lien avec des personnes qui ont voyagé à l'étranger», ce qui porte à croire que la transmission communautaire est installée, a souligné la Dre Tam.

« Alors désolée, plus de fêtes avec les amis, plus de soirées pyjama », a-t-elle lancé, faisant écho au message qu'avait envoyé la veille le premier ministre québécois François Legault à l'intention des plus jeunes qui sont en congé forcé d'école.

Aux États-Unis, le nombre de cas recensés était évalué à 4356 (79 morts) par L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) sur son site web, mercredi. Ce nombre est vraisemblablement plus élevé, des centaines de nouveaux cas ayant été annoncés par les autorités au sud de la frontière.

Loi sur les mesures d'urgence

Alors que certains Canadiens continuent de voyager pour le plaisir, le premier ministre Trudeau n'a pas exclu que des mesures plus coercitives puissent suivre en ce qui concerne les déplacements non essentiels pour lutter contre la propagation de la COVID-19.

Il a évoqué mardi le possible recours à la Loi sur les mesures d'urgence. « Tant qu'on n'en a pas besoin, on n'a pas l'intention de le faire [...] mais un moment donné, ça pourrait être nécessaire », a-t-il déclaré au lutrin, mercredi.

Le premier ministre a également annoncé qu'Ottawa débloquait quelque 27 milliards pour relancer l'économie et venir en aide directement aux citoyens.

Trump vend la mèche

Avant que Justin Trudeau ne fasse son annonce, qui avait fuité dans les médias tard mardi soir, homologue Donald Trump a vendu la mèche, mercredi, par l'entremise du réseau social qu'il affectionne le plus.

« D'un commun accord, nous allons temporairement fermer notre frontière nord avec le Canada pour tous les déplacements non essentiels. Les échanges commerciaux ne seront pas affectés. Détails à suivre! », a écrit sur Twitter le locataire de la Maison-Blanche.

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