Un périple pas comme les autres pour la cinquantaine d’élèves du secondaire. Après avoir passé deux ans à organiser des soupers-spaghetti et diverses activités pour financer leur voyage humanitaire au Guatemala, ils ont dû revenir au Québec à la hâte, pandémie oblige.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Avec la propagation de la COVID-19, nombreux sont les pays à fermer leurs frontières les uns après les autres. Dans ce contexte particulier, un groupe de l’école secondaire Louis-Philippe-Paré a dû planifier un départ d’urgence dès qu’ils ont mis le pied à Guatemala City, le 12 mars.

Une aventure pour les étudiants comme pour les parents, alors que le retour prévu le 23 mars devait être devancé à tout prix.

Lundi, après environ huit changements de plan impliquant des vols annulés, l’attente de carburant pour un avion et un séjour à l’hôtel, une véritable course contre la montre s’est amorcée. Le président guatémaltèque a annoncé la fermeture de l’aéroport pour les étrangers, qui aurait lieu le jour même à minuit. Il fallait arriver à temps.

Un véritable casse-tête pour la direction de l’établissement scolaire situé à Châteauguay. « Ils sont passés du plan A et ça, c’est le plan Z », a commenté Stéphane Caron, père d’un fils de 16 ans qu’il attendait de pied ferme à l’aéroport Pierre-Elliot-Trudeau au petit matin.

PHOTO COURTOISIE NOLINOR AVIATION

L'avion aux couleurs des Alouettes qui a ramené les élèves au pays.

En moins de 20 heures, la ligne aérienne privée Nolinor a reçu la demande de la Commission scolaire des Grandes-Seigneuries et a permis le rapatriement du groupe avant la fin du compte à rebours. Les étudiants avaient exactement deux heures pour se rendre dans l’avion. Le Boeing 737-200 aux couleurs des Alouettes de Montréal a atterri à Dorval à 8 h ce matin.

Retour compliqué et attendu

Au tout début, les voyageurs faisaient escale au Mexique, comme prévu. Quand le pays a fermé ses frontières, ils ont opté pour les États-Unis. « On nous a dit ensuite qu’on ne pouvait pas transiter par Miami, car un de nos élèves avait visité l’Europe au cours des deux dernières semaines », raconte Amélie Boulet, professeure qui a pris part au voyage.

Fébrilité et tension sont visibles chez les parents attroupés dans la zone d’arrivée des départs internationaux. La plupart ont passé plusieurs jours sans parler à leur enfant. Pour pouvoir s’immerger dans leur voyage, les adolescents étaient dépourvus de téléphones cellulaires et autres appareils électroniques.

On ne paniquait pas, car les enseignants accompagnateurs communiquaient avec nous constamment. On recevait des photos d’eux. Mais quand même ! », relate Stéphane Caron. Cet infirmier actuellement en vacances va prendre « très au sérieux » la quarantaine de son fils et compte s’assurer de ne pas contracter la COVID-19 si son jeune présente des symptômes.

« On voulait les ramener. On avait peur qu’ils restent pris, peur que quelqu’un tombe malade et ne puisse rentrer au Canada. » Ils sont partis il y a cinq jours, mais M.  Caron a l’impression que ça fait plus d’un mois.

Vers 8 h 30, les adolescents arrivent, valises à la main. Ils sont accueillis par des applaudissements, des sourires fendus jusqu’aux oreilles, des soupirs émus et quelques larmes. « On a eu des moments de panique, mais je la savais entre de bonnes mains », explique Sophie Monfils en serrant sa fille dans ses bras.

« On a su à 1 h 30 ce matin que leur avion avait bel et bien décollé. Ils avaient jusqu’à minuit pour trouver une solution », soupire Maryse Miller, dont le niveau de stress a chuté d’un coup en voyant arriver sa fille Noémie Beaudoin, en larmes.

Tous sont repartis heureux et soulagés, prêts à entamer 14 jours d’isolement volontaire même en l’absence de symptômes. « On prend toutes les mesures très au sérieux. Pas question de propager un virus », a insisté Mme Miller.