On n’est jamais mieux servi que par soi-même ! C’est sans doute ce que se sont dit la directrice de la santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin, et la mairesse Valérie Plante en installant un poste d’information à l’aéroport Montréal-Trudeau. Voilà tout un camouflet au gouvernement fédéral, accusé d’agir à retardement dans la lutte contre la COVID-19.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Imaginez un peu. L’annonce de la création de cette zone de sensibilisation aux passagers a été faite à 10 h lundi matin. Lorsque je suis débarqué dans la section des arrivées vers 12 h 15, on avait déjà installé des cordons de sécurité, des panneaux publicitaires et une table. À 13 h, des équipes étaient en place, prêtes à accueillir les passagers pour leur remettre des feuillets les invitant, notamment, à respecter une période de 14 jours d’isolement.

Parlez-moi d’efficacité ! Parlez-moi de promptitude ! Parlez-moi de nerfs !

Selon les informations que j’ai obtenues, la Ville de Montréal et la Direction régionale de santé publique du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de Montréal talonnaient le gouvernement fédéral depuis « une dizaine de jours » afin de connaître les mesures de sécurité qu’il souhaitait mettre en place à l’aéroport Montréal-Trudeau. Celles-ci ont tardé à venir. « On attendait de voir ce qu’Ottawa allait faire », m’a-t-on dit au cabinet de la mairesse Plante.

Parlez-moi de désolation ! Parlez-moi de perte de temps ! Parlez-moi de désastre !

L’annonce, le 12 mars, par le gouvernement de François Legault d’un isolement volontaire pour toutes les personnes qui reviennent d’un pays étranger a fait monter la pression. Et l’impatience des autorités montréalaises.

À partir d’échanges avec Aéroports de Montréal, on a convenu d’utiliser la zone réservée aux arrivées (après la douane) qui ne relève pas de la compétence fédérale.

Samedi, plusieurs échanges téléphoniques ont eu lieu entre les diverses parties impliquées. Tout a été ficelé rapidement. Dès dimanche, la DSP préparait le matériel qui est maintenant remis aux voyageurs.

Et maintenant, la question à un million de dollars : est-ce que la Ville de Montréal et la Direction de santé publique de Montréal ont fait le job qu’aurait dû faire Ottawa il y a plusieurs jours ? La réponse est oui.

En conférence de presse, lundi, Valérie Plante s’est abstenue de critiquer le gouvernement fédéral. Elle a plutôt salué la « bonne collaboration » d’Ottawa pour la mise sur pied de cette mesure de protection qui s’ajoute aux autres créées au cours des derniers jours au Québec.

Quelques heures plus tard, Justin Trudeau annonçait (enfin) qu’il fermerait à compter du 18 mars la frontière canadienne aux gens qui n’ont pas la citoyenneté ou la résidence permanente canadienne, à l’exception des citoyens américains. Il était grandement temps qu’il le fasse.

Que se passe-t-il à Ottawa ? Pourquoi un tel décalage entre l’inaction du fédéral et l’extrême célérité du gouvernement du Québec ? On a l’étrange impression que le véritable chef de ce pays n’a pas les mains sur le volant. Cela n’a rien de rassurant…

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Maintenant, est-ce que l’opération de communication mise en place à l’aéroport de Montréal convaincra tous les passagers de se mettre en isolement comme la Direction de santé publique de Montréal le recommande ? Bien sûr que non. Il y aura toujours des personnes insouciantes et irresponsables pour faire abstraction de ces conseils.

Un bon exemple de cela ? Le feuillet de la DSP dans une main, Sylas Labo, fraîchement arrivé de Francfort, a été accueilli par sa sœur. Quand des journalistes lui ont demandé s’il allait observer l’isolement recommandé par les spécialistes de la santé, il a dit : « Écoutez, je suis venu ici pour voir ma sœur. C’est une recommandation, pas une obligation. »

Aussitôt après avoir échangé avec les équipes du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de Montréal, un couple et sa fillette se sont rués sur une parente qui les attendait. La femme a pris la petite fille et l’a généreusement bécotée.Tout de même renversant ! On vient de dire à des adultes d’éviter les contacts avec les autres et, 10 secondes plus tard, on procède à une séance d’embrassades. Ça me dépasse !

Heureusement, d’autres gens prenaient très au sérieux les conseils de la DSP. Sylvain Bolduc attendait fébrilement sa fille et une amie. Les deux jeunes femmes rentraient d’Australie, où elles étaient allées faire un long voyage de plusieurs semaines. « Moi, ça me rassure de voir toutes ces mesures, m’a-t-il confié. Surtout que ma fille ne semble pas être très consciente de l’importance du confinement ici. »

Les retrouvailles entre le papa et sa fille ont été chaleureuses. En bon père, Sylvain Bolduc avait apporté un sac dans lequel se trouvait un manteau d’hiver. Sa femme, restée à Saint-Raymond-de-Portneuf, avait pris soin d’y ajouter un masque et du Purell.

L’annonce de Justin Trudeau concernant la fermeture des frontières aux non-résidents canadiens ne change rien à l’implantation de cette nouvelle mesure à l’aéroport de Montréal. Au cours des prochains jours, beaucoup de Canadiens rentreront au pays. Il y aura aussi des Américains qui ont encore le droit de venir chez nous.

Reste à clarifier certaines questions comme celle des membres d’équipage. Ceux-ci peuvent difficilement observer un isolement entre chaque vol.

Lundi, à l’aéroport de Montréal, j’ai tenté de parler à plusieurs agents de bord. Tous ont évité la question. Une employée d’Air Canada m’a toutefois confié qu’aucune recommandation ne lui avait été transmise par son employeur.

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Je ne fais pas partie de ceux dont l’angoisse augmente au fil des mesures créées par les dirigeants et les autorités. Au contraire, comme Sylvain Bolduc, tout cela me rassure. Comme citoyen, j’aime savoir que des gens solides s’occupent de moi. J’aime sentir que ceux que j’ai élus ont les choses bien en main.